Note de l'auteur : l'article ci-dessous a été publié le 8 novembre 2011. Aujourd'hui, mardi 27 décembre 2012, la page des inondations, les plus graves que le royaume ait jamais connues en cent ans a définitivement été tournée. Toutes les destinations de vacances, les lieux de visite historiques et la capitale, Bangkok, sont accessibles et au sec. L'ensemble du réseau de transports publics fonctionne normalement. Les ambassades étrangères ont définitivement levé leurs rmessages de recommandation concernant la Thaïlande.
Que se passe-t-il aujourd’hui ? Que se passera-t-il demain ? Dois-je confirmer mon voyage, le repousser, l'annuler ? A quoi dois-je m'attendre en atterrissant à Bangkok ? A quel danger suis-je exposé ? Risque-je de mettre ma santé en danger? Pourrai-je visiter le Palais royal, entrer et sortir de Bangkok ? Le quartier où j’ai réservé mon hôtel est-il inondé ? L’aéroport est-il protégé ? Tant de questions que tout voyageur sur le départ se pose, et pour lesquelles il ne trouve pas de réponses rassurantes. Et pourtant !
Mettez-vous votre santé ou votre vie en danger ?
Non. A moins de vous baigner dans les eaux putrides des khlongs (canaux) et des rues inondées, vous ne risquez ni de mettre votre santé en danger, ni de vous noyer ! Les risques sanitaires existent, mais aucune épidémie n’a été signalée depuis trois mois que durent les inondations (plus de 2 millions de personnes touchées). Les risques concernent essentiellement les habitants qui n’ont pas voulu partir des quartiers inondés, les secouristes qui y travaillent et tous ceux qui, pour une raison ou une autre, pataugent dans l’eau.
Quant aux crocodiles et aux serpents qui ont été signalés ci et là dans les provinces inondées, vous avez moins de chance de tomber dessus que de vous faire piquer par un moustique en hiver à Marseille ! Les médias étrangers, hypnotisés, ont traité un fait divers – des crocodiles échappés d’une ferme d’élevage privée dans la grande banlieue Nord de Bangkok et très vite capturés ou tués – comme un fait sensationnel, au point de laisser croire que ces charmantes bestioles et autres serpents vénéneux vous guettent à chaque coin de rue. Jurassic Park version thaïe, Spielberg se gausse.
Quant aux risques de vous faire emporter par un mur d’eau de deux mètres, version tsunami de rivière qui engloutirait Bangkok et ses habitants, là, on frôle le ridicule. Les masses d’eau qui ont noyé les plaines centrales avant de s’accumuler autour de la capitale inondent des quartiers, sans pour autant s'y déverser tel un torrent de boue.
La municipalité de Bangkok, aidée par la police et l’armée, ordonne et organise les évacuations des quartiers menacés de façon à laisser le temps aux habitants de partir. Et si vous n’avez pas écouté ou suivi les conseils d’évacuation, vous aurez toujours l’option de boucler vos valises où de rester dans votre chambre d’hôtel et de vous faire livrer les plateaux-repas de la Croix Rouge...
Il est aussi important de rappeler qu’aucune rue, aucun quartier, aucun village, aucune habitation n'est coupée du monde ou inaccessible, tout le pays s'étant mobilisé pour porter secours aux sinistrés.
Les inondations ont déjà fait plus de 500 victimes à travers le pays.
Vrai. Electrocutions, noyades ou manque de soins, le gouvernement publie régulièrement des chiffres sans pour autant donner les causes principales des décès. Les personnes âgées sont particulièrement exposées à de mauvaises conditions sanitaires dans les zones inondées. Mais selon les informations du ministère de la Santé thaïlandais publiées dans la presse locale, ni choléra, ni autre maladie contagieuse ne sont à déplorer.
On ne trouve plus d’eau potable ni de nourriture à Bangkok ?
Faux. En aucun cas, et quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez, fusse-t-elle la pire, vous ne risquez de mourir de soif ou de ne rien trouver à manger, même dans les quartiers inondés où les secours assurent l‘approvisionnement en eau potable et nourriture pour ceux qui sont restés.
Vrai. Il est difficile de trouver de l’eau en bouteille et certains produits alimentaires, principalement dans les grandes surfaces et les supermarchés, les premiers à avoir été dévalisés par des habitants paniqués.
Si les chaînes de distribution continuent de rencontrer des problèmes d’approvisionnement, de nombreux petits commerçants de Bangkok se sont organisés et vendent des bouteilles d’eau. Sans compter les dizaines de milliers de restaurants, échoppes et bars de la capitale qui proposent de l’eau en bouteille à leurs clients. Dans le pire des cas, vous pourrez toujours compter sur une marque française qui ne trouve pas preneur en raison de prix bien plus élevés que ceux de l’eau minérale locale.
Ce constat vaut également pour les produits alimentaires. Si certains sont difficiles à trouver (chips, nouilles instantanées, produits laitiers...), et si de nombreux produits de première nécessité se font rares, le lait en poudre pour bébé et les produits frais comme la viande, les œufs, le pain, le poisson et les légumes n’ont jamais manqué. Et comme pour l’eau minérale française, c’est la viande rouge que l’on trouve le plus facilement, la plus chère, les Thaïlandais mangeant principalement du porc et du poulet.
Près de la moitié de Bangkok est inondée ?
Oui. Environ 40% des arrondissements de la capitale sont touchés par les inondations. Ce qui ne veut pas dire que toutes les rues et avenues de chaque quartier sont concernées et encore barbotent sous deux mètres d’eau. Le niveau peut atteindre un mètre voire plus à certains endroits et trente centimètres à d’autres, permettant le passage des véhicules. Quant aux embarcations, elles servent principalement à transporter les habitants qui traversent les zones inondées pour se rendre chez eux. Pour information, les autorités estiment qu’environ un million de Bangkokois sont concernés, pour une population de 12 millions d’habitants.
Le centre-ville est-il menacé ?
Oui. Il n’y a pas de buttes Chaumont ou de Montmartre à Bangkok, aucun quartier de la capitale ne se trouvant à l’abri. Mais le cœur de la ville, qui représente une très importante superficie et loge des millions d’habitants, est le mieux protégé. Regroupant en même temps le centre des affaires, le cœur touristique, historique, commercial et résidentiel, le port, les plus importants marchés de grossistes et le plus grand bidonville du pays (Klong Toey), il est toujours resté au sec, à l’exception de quelques endroits où l’eau a pénétré, puis s’est retirée rapidement.
Le quartier chinois et le Palais royal (Wat Pra Kheo) sont-ils sous les eaux ?
Non. Ils font partie des lieux touchés pendant les grands coefficients de marée (Bangkok est proche de la mer), lorsque le fleuve Chao Praya, qui serpente sur le flanc Sud de la capitale, a débordé par endroits. Mais, depuis, l’eau s’est retirée, et tous les lieux touristiques du quartier historique (Palais royal, Musée national, Dusit Zoo, China Town, Bobae Market, marché aux fleurs, etc) sont ouverts au public. Les deux rives du fleuve où sont situés les grands hôtels comme l’Oriental sont également épargnées, à l’exception de certains quartiers rive droite (Thon Buri).
Khao San Road, le quartier des routards, est lui aussi resté au sec. Le marché du week-end (Chatuchak) se trouve dans un quartier partiellement inondé, mais est ouvert.
D’autres destinations touristiques sont-elles touchées ?
Oui. Même si l’eau s’est retirée d’Ayutthaya, l'accès reste difficile. Cette ville historique fait partie du circuit « classique » qui emmène les touristes vers le Nord, en passant par Lopburi (inondée), Sukhotai, Lampang, Chiang Mai et Chiang Rai. Ces quatre dernières destinations, tout comme les deux mille kilomètres de côtes, ne rencontrent pas de problèmes d’inondation.
Sous un grand ciel bleu qui s’est installé depuis une quinzaine de jours sur tout le royaume, annonçant le début de la haute saison touristique (de novembre à février), les hôtels – à Bangkok principalement _ enregistrent un taux d’occupation faible pour cette période de l’année. L’impact négatif des images des inondations et du catastrophisme exacerbé par les médias locaux et étrangers, le manque précis d’informations dû à une gestion de la crise par le gouvernement très controversée, ainsi que les recommandations préventives de certains pays de ne pas se rendre en Thaïlande, ont plombé ce début de saison pourtant très prometteur, après une année 2010 marquée par de graves événements politiques.
L’aéroport international de Bangkok fonctionne-t-il normalement ?
Oui. Les autorités aéroportuaires se veulent très rassurantes. Les systèmes de protection de l’aéroport Suvarnabhumi ont été prévus pour le protéger de toute inondation. L’accès à la capitale reste normal. Les images des avions piégés par les eaux qui ont tourné en boucles sur toutes les chaînes de télévision étrangères concernaient l’ancien aéroport international de Bangkok, Don Mueang, qui n’accueille habituellement que quelques vols domestiques, et les appareils montrés n’étaient plus en service.
Peut-on entrer et sortir facilement de Bangkok par la route et le train ?
Oui et non. L’accès à la côte Est (Pattaya, Chonburi, Rayong, Trat) ne pose aucun problème. La route vers le Nord et le Nord-est est plus difficile par la route et ne cause aucun problème par le train ou l'avion. L'axe de contournement par Chachoengsao est très encombré, doublant, voire triplant le temps de trajet. L’accès vers le Sud du pays (Cha-am, Hua Hin, Surat Thani, Krabi, Phuket…) par Rama II, un moment menacé, est lui aussi dégagé.
Il est recommandé à tous les voyageurs qui empruntent la route, les bus ou le train de se renseigner avant leur départ. Certaines gares routières situées dans des zones inondées ont dû provisoirement être déplacées et les chemins de fer thaïlandais transportent - si nécessaire - les passagers par bus depuis la guerre centrale de Hua Lonphong pour contourner une portion de voix inondée et rejoindre le départ du train.
Est-il préférable d’annuler son voyage ?
A moins de subir la politique du « risque zéro » des Tours Opérateurs, ou d’avoir la conviction de « risquer sa vie », ou d’être paralysé par la peur « d’attraper le choléra », ou de ne pas avoir envie de devoir, peut-être, modifier son itinéraire, ou de devoir, peut-être, passer un peu plus de temps dans un train ou un bus, ou de devoir, peut-être, changer d’hôtel à Bangkok, ou de se retrouver, au pire, les pieds dans l’eau, aucune raison, si ce n’est d’ajouter un peu plus au malheur des Thaïlandais, ne paraît suffisante pour annuler un si beau voyage.
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