A mon arrivée, tôt le matin, par un bus de nuit direct de Bangkok, je m’arrête à un adorable café, ancien cinéma qui affiche encore les horaires de projections de films thaïlandais des années 60 en technicolor. Le cinéma n'est plus qu’un musée, les affiches et les bobines de film servent de décor, et vous êtes accueilli par un vieux coq perché sur son arbre ! Les moines défilent pour leur quête du matin le long de devantures en bois encore closes. Des dames âgées tissent à la main des couvertures et édredons, tout en échangeant des potins.
Alors que la ville s’éveille. petit à petit, j'enfourche une vieille bicyclette chinoise aux suspensions antiques. Direction le bout du village où une plage accueille les pêcheurs. Ceux-ci tissent et réparent leurs filets, en attendant sans doute que le niveau du Mékong remonte. L’hiver a été très sec cette année, et les poissons-chats, spécialement grands dans cette région, sont plutôt rares pour le moment. Je m'en vais, pour ma part, me recueillir au temple, d’architecture Lanna. En effet le Laos n’est pas loin. Les belles peintures sur les murs me donnent un avant-goût du talent des artistes locaux.
Artistes, personnes âgées, citadins en exil, tous partagent ce goût pour une Thaïlande des années passées. Chacun à sa façon. Pour mieux le comprendre, il suffit de se promener dans les boutiques, cafés et galeries de la ville. L'ambiance est bon enfant, exactement comme dans les chansons de l'artiste « sweet nuj » qu'on entend un peu partout. Une Thaïlande des années 60, chantée par des voix enfantines, sur des textes plus contemporains. Tout en couleur avec un petit goût acidulé.
Le soir, la promenade le long du Mékong est le rendez-vous parfait pour le coucher du soleil avant le dîner.
Le lendemain, après avoir fait mes mérites aux moines, je visite l’exposition « Regards intérieurs » dans une galerie de photos, une série de portraits par un artiste contemporain indien. Ce n'est pas un hasard s'il se retrouve à Chiang Khan. En y regardant de plus près, je me rends compte que tout le village affirme un goût certain pour la photo. De la carte postale souvenir à la boîte d’allumettes au café du coin, tout est prétexte pour diffuser des images d'un Chiang Khan suranné et contemporain à la fois.
Souhaitons à ces petites boîtes d’allumettes d’enrichir les foyers d'un patrimoine précieux, plutôt qu’il ne parte en cendres.
Chi PHAN –Exotissimo
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