Kao est en fin de peine. Il sort juste du “soï” (cachot), où il a passé une bonne partie de son temps pour divers motifs. Depuis toujours, c’est un amateur de «petites pilules aux jolies couleurs». Leur consommation lui permet d’être zen et lui évite de se laisser aller à la première ânerie venue.
De retour dans le «building», il est directement allé consulter le médecin de la prison dans le but avoué d’obtenir gracieusement les gélules «magiques». Malheureusement, nervosité et incompréhension aidant peut-être, l’entrevue s’est mal passée. Le toubib a renvoyé notre prisonnier les mains vides. Désespéré et bouillant de rage, Kao s’est procuré une sorte de pic à glace et s’est posté prés du grand portail. A la première occasion (la sortie du chariot des poubelles), il a franchi la porte et couru en direction de l’hôpital. Il a été facile pour les «blue shorts» (les kapos) de le rattraper et de le maîtriser. Essayez pour voir de piquer un sprint avec des chaînes aux pieds!
Amené devant le superviseur et sommé de s’expliquer, l’animal a déclaré de bonne grâce qu’il voulait se rendre à l’hôpital et embrocher le médecin pour lui apprendre à être plus compréhensif. Peu impressionné - il en a vu et entendu d’autres au cours de sa déjà longue carrière -, l’officier a tout de même voulu connaître les détails du plan d’action. Comment pensait-il franchir les check points entre le portail et l’hôpital? Notre «Superman» n’y avait même pas songé.
Devant tant d’imbécillité, le chef a éclaté de rire et, pour en remettre une couche, a posé la question ultime : «Quid de ta sortie dans trois mois si (par miracle) tu étais parvenu à tes fins?» Pas de réponse. Pour lui stimuler les neurones, il a envoyé notre samouraï réfléchir au cachot pour un petit mois.
Le toubib peut dormir tranquille: avec de telles stratégies, il ne finira pas en brochette. Mais que dire du détenu moyen qui aurait pu se trouver sur le chemin de Kao et finir à l’hôpital ou à la morgue sans même savoir pourquoi?
Maï pen raï. L’histoire de Kao a tout de même bien fait rire dans notre soï...
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Gavroche magazine
13/08/2008
Derrière les barreaux
/ Chronique
Homo Sapiens
Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.
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