Manu, mon ami de Samui, est maintenant locataire à Klongprem, toujours vivant, toujours joueur et… un peu moins criblé de dettes: il travaille ! Un peu contraint et forcé au début par les créanciers, il est devenu « bookmaker ».
Tous les jours, ou presque, il propose à ses « clients et amis » de parier sur une liste dematches de football. Mais ici, pas d’amateurisme. Son patron (le banquier), qui dispose d’une cagnotte de plus ou moins cinquante mille bahts, fait fructifier celle-ci en dressant des listes dematches. Il la remet le matin à Manu ainsi qu’aux autres «books » et la cote est fixée.
Mais, avant de prendre les paris, la tâche de Manu est de payer les gains des gagnants et d’encaisser l’argent des perdants.Chaque bookmaker est responsable devant le banquier des paris qu’il a pris. Manu, lui, s’est bien débrouillé: il a choisi ses clients, éliminé les insolvables et parvient peu ou prou à assouvir sa passion du jeu, tout en remboursant petit à petit ses dettes car, perdant ou gagnant, le book garde un petit pourcentage de chaque mise (de dix à vingt bahts).
Le banquier, quant à lui, garde un pourcentage plus important mais il peut arriver qu’il fasse faillite (si tous les clients sont gagnants par exemple), à lui alors de proposer une liste de matches variés et de fermer les paris sur un match donné si les paris sont tous dans le même sens. Il fait « vivre » les bookmakers certes, mais d’autres « petits boulots » viennent ensuite se greffer: les journalistes, qui disposent d’une radio et sont chargés de faire connaître les résultats chaque matin ; les exécuteurs de basses oeuvres, chargés de faire payer les joueurs les plus endettés par tous les moyens; et enfin les surveillants qui profitent du système. Ils font par exemple entrer les radios, l’argent liquide ou encore les cigarettes qui servent de monnaie d’échange.
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Gavroche magazine
03/09/2008
Derrière les barreaux
/ Chronique
Bookmakers et Eurofoot
Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.
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