Incarcéré à Koh Samui, je souffrais, comme la majorité de mes co-détenus, de rougeurs qui me démangeaient et devenaient de petits furoncles biens purulents qui ne guérissaient jamais.
La compétence des services de santé n’était pas en cause car ils étaient inexistants: une fois par mois, un «infirmier» venait distribuer du paracétamol, remède souverain… pour tout.
La seule solution était d’acheter des cachets de pénicilline (hacen) à un surveillant qui les fournissait, ou bien voler ou mendier le remède miracle pour les indigents. Autant dire que nombreux étaient ceux qui continuaient à se gratter.
A mon arrivée à Klong Prem, j’ai (horreur !) de nouveau été atteint. Ici, on dispose d’un centre hospitalier. Il suffisait, me suis-je dit, de consulter. Pourtant, rien n’est simple. Il faut penser à écrire le vendredi pour la consultation du lundi suivant. Le matin, on se rend en troupeau à l’hôpital voisin en passant par les divers points de contrôle. Une fois parvenus dans le hall de l’hôpital, il faut s’armer de patience: on est mesuré, pesé, on nous prend la tension artérielle et la température. Pour passer le temps, on bavarde - c’est l’occasion de voir des gens de divers bâtiments - et, de temps à autres, des détenus amènent une urgence en fauteuil roulant. A tour de rôle, nous sommes individuellement interrogés par une infirmière; c’est un passage obligé car la dame est chargée d’estimer la gravité du cas. Elle choisira ensuite de présenter le patient au médecin, de faire elle-même le diagnostic ou de virer le supposé simulateur ou amateur de «cachets qui font oublier». Un filtrage, il faut l’avouer, nécessaire.
La gendarme en blouse blanche m’a, par trois fois, prescrit diverses crèmes et gélules, sans succès. Ce n’est qu’à la quatrième tentative que j’ai enfin pu rencontrer le docteur. En trois minutes, il a diagnostiqué le mal - le soleil plus l’effet de serre provoquaient ces irritations - et m’a dit que les crèmes dont je me tartinais la peau, à l’instigation des infirmières, ne pouvaient qu’aggraver le problème. Il m’a fait une belle ordonnance et j’ai eu la chance de pouvoir faire acheter les produits par une association qui visite les prisonniers. Problème résolu !
Mais que ce serait-il passé si je n’avais pas eu la chance d’être aidé par ces bénévoles ? L’adage se vérifie… mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade.
|
Gavroche magazine
06/10/2008
Derrière les barreaux
/ Chronique
Furoncle
Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.
|
|













