Pascal P. | Gavroche | 08/12/2008
Derrière les barreaux / Chronique  

Combien de doigts?

Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.
Qu’est-ce que j’en fais maintenant ? -Vends-les ! -Pas question. J’ai payé 3000 bahts et je ne trouve personne qui m’en offre plus de 150...»
De rage, Patou balance étui et lunettes dans la poubelle la plus proche. Et pourtant, il en avait rêvé de ces «nouveaux yeux», qui devaient lui permettre de lire sans migraine.

Un mois auparavant, il avait rempli le fameux formulaire pour se rendre à la consultation «ophtalmo» de l’hôpital pénitentiaire. Dix jours plus tard, à 9 heures du matin, il s’était rendu à l’hôpital avec les 112 consultants du jour. Son tour venu, on l’avait mesuré, pesé et on lui avait pris sa tension. A 11 heures, il avait commencé à s’impatienter. Il en avait assez mais l’arrivée d’un groupe de femmes avait retenu son attention et occupé un moment! Il allait attendre jusqu’à 14h30 que le médecin daigne l’examiner.

Après avoir testé sa vue grâce à différents appareils, celui-ci lui remit une ordonnance: «Passez-la aux amis qui vous rendent visite, ils feront faire les lunettes à l’extérieur et vous les remettront à leur prochaine venue». Trois semaines plus tard, on apportait à Patou ses précieuses lunettes.

Il ne lui fallut que trois minutes pour se rendre compte qu’il y avait un problème. Outre le fait que les montures étaient horribles, il se trouvait plongé dans le brouillard dès qu’il les chaussait. Quelques semaines plus tard, il retourna consulter le même médecin qui lui refit une ordonnance après un nouvel examen. En comparant les deux prescriptions, Patou se rendit compte que les verres recommandés n’avaient pas la même correction. Miracle, cette fois il pu se remettre à lire! Mais uniquement en cellule, les montures n’étant toujours pas à son goût.

Pendant une semaine, il maudit le praticien qui, pour une raison inconnue, s’était trompé lors de la première consultation. Pourtant, s’il avait été incarcéré dans une prison de province, il n’aurait jamais eu le possibilité de consulter un ophtalmo. A Koh Samui par exemple, pas de médecin pénitentiaire. On n’envoie les tuberculeux et les malades du sida à l’hôpital de la prison de Surat Thani que pour y mourir...
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