Il est 16 heures, les détenus regagnent leurs cages. Une fois les portes verrouillées, chacun tue le temps comme il le peut : lecture, jeux, télévision, sieste, repas. Comme souvent, Noi s’en contrefout. Il a réussi à trouver de quoi passer une bonne soirée: de petits «smarties» de toutes les couleurs l’emmèneront droit vers les paradis artificiels. Il est raide «stone».
Vers 20h, son voisin de chambre réalise que Noi n’est pas si bien que ça: respiration difficile, impossible de le sortir des bras de Morphée. Les 24 «locataires» de la cage font ce qu’ils peuvent -eau, gifles - pour le ramener à la vie. Le surveillant de garde est alerté par des cris relayés de cellule en cellule. Plus personne ne dort, les paris vont bon train: est-il mort, agonisant, malade? Et puis Noi entrouvre un œil… Le calme revient. Une demi-heure plus tard, il sombre de nouveau. Les cris reprennent: plus désespérés, plus pressants. «Die leo»: mort annoncée. Dans ce cas, il n’y a plus d’urgence.
Au bout d’une heure, les surveillants arrivent mais ils n’ouvrent pas la cage («règlement!»); les occupants de la cellule doivent passer la nuit avec le cadavre. Encore un fantôme qui hantera les murs de Klong Prem. La police ne récupèrera le corps que tard le lendemain.
«Cela devait arriver, Noi était un habitué!», déclarent la plupart de ses codétenus lors de leur interrogatoire. Selon les rumeurs, il aurait ingurgité une soixantaine de gélules. Moralité: diabétiques, cardiaques et toxicomanes, ne faîtes pas vos malaises la nuit si vous n’êtes pas suicidaires… Seule consolation, la famille est venue récupérer son corps: Noi demeure maintenant parmi les siens.
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Gavroche
26/12/2008
Derrière les barreaux
/ Chronique
Malaise
Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.
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