Un début d’année sans rien à se mettre sous la dent, un vrai cauchemar de chroniqueur tenu malgré tout de pisser copie. Et puis soudain, deux tsunamis médiatiques sont venus réveiller les ardeurs des rédactions de l’Hexagone, sonnant un branle-bas de combat du plus bel effet, digne d’une guerre du Golfe à la CNN, ou plus modestement d’une révolution tunisienne avec LCI. Bon, j’exagère un brin, mais il faut bien que je me fasse la plume, comme d’autres se font la voix. Toujours est-il qu’un sondage réalisé par BVA dans cinquante-trois pays nous apprend que les Français sont les champions du monde du pessimisme, contrairement aux habitants des pays émergents qui, eux, voient l’avenir en rose.
Des grèves, des grèves, des grèves, rien d’inhabituel. J’entends d’ici vos commentaires, lecteurs jaloux expatriés dans une Asie ultralibérale dont « Marche ou crève » est le credo, où la sécurité sociale n’est qu’un gros mot, où c’est chacun pour soi et les buffles seront bien gardés : comment ? Ces Français élevés au lait des 35 heures et pourris de RTT ; gavés de protection sociale, qui ont le meilleur système de santé, et qui n’en finissent plus de toucher leurs Assedic, RMI, RSA, PAJE, APE, APL généreusement distribués par des CAF et Pôle Emploi dispendieux ? Ces Français donc, osent encore se plaindre, et vomir leur pessimisme de nantis à la face d’un monde à l’avenir par ailleurs si radieux ? L’inévitable Jacques Séguéla, qui n’en est pas à une bêtise près et n’a pas précisément une tête d’optimisme, l’a bien dit : les Chinois sont heureux avec un dixième de SMIC ; que les Français prennent exemple sur eux, au lieu de passer leurs RTT à lire les courbes des chiffres du chômage !
Et c’est dans ce marasme ambiant qu’est apparu Stéphane Hessel. Ce beau vieillard de 93 ans, à l’œil vif et pétillant, au sourire espiègle et généreux, a promené sa malice juvénile dans tout ce que la France compte d’écrans et de magazines, et réussi un des plus jolis coups dans l’histoire de l’édition. Combattant de la France Libre, déporté à Buchenwald, membre du Conseil National de la Résistance puis diplomate, il a contribué à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est vous dire que ce n’est pas le premier vendeur de lessive venu ! Son petit texte de vingt pages, Indignez-vous !, s’est déjà vendu à 600 000 exemplaires, et son éditeur ne compte plus les rééditions. Les Français se l’arrachent, se l’offrent, se le prêtent et boivent ces lignes dans lesquelles Hessel enjoint chacun d’entre nous de s’indigner sans haine ni colère, car l’indignation est le moteur qui pousse à l’action. N’en déplaise aux sondages à 30 sous, les Français ne seraient donc pas si pessimistes, qui font un triomphe au vieil homme qui les pousse à se lever et à agir !
Mais le comble de l’optimisme trouve sans doute à s’illustrer dans cette jolie histoire que nous contait Romain Gary : un vénérable vieillard hors d’âge consulte toutes les semaines sa voyante. Celle-ci se plaint à la gouvernante du vieil homme. « A son âge, que voulez-vous qu’il lui arrive ? Je ne sais plus quoi inventer ! » se lamente-t-elle. Et un beau jour, la gouvernante trouve le vénérable, de retour de chez la cartomancienne, assis sur son lit une valise sur les genoux et un grand sourire aux lèvres : « Il paraît que je vais faire un grand voyage » ...
PAR FRED SALMON
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Gavroche
14/02/2011
France
/ Chronique
Les Français pessimistes ?
Il faut bien se rendre à l’évidence, le mois de janvier débutait pépère dans les renvois gastriques de dinde et de bûche d’hypermarché, arrosés de mauvais champagne, mais je ne vais pas vous faire un dessin...
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