Certes, le bon peuple de France ne va pas se lever comme un seul homme, tels ses homologues d'Egypte ou de Tunisie, pour réclamer le départ de Sarkozy, une fois expédiée la prière du vendredi. Mais une majorité de Français se méfient comme de la peste de ses politiques, accusés de ne pas se préoccuper des vrais problèmes des gens, et pour 23 % d’entre eux, ils leur inspirent même du dégoût ! Il est vrai que le marigot politique actuel n’est guère reluisant. Voila pourquoi des de Gaulle ou des Mendès France, dans un élan de nostalgie collective, sont portés aux nues par nos compatriotes. C’était mieux avant, c’est bien connu, et le grand Charles payait sa consommation d’électricité à l’Elysée sur ses deniers persos. Ainsi que ses vacances à Colombey.
Mais nos politiques ne sont pas les seuls à susciter la défiance. C’est même la tendance lourde de cette collection de fin d’hiver. Les Français se méfient des médicaments, accusés de provoquer des maladies, voire des morts, plutôt que de guérir. Et ce n’est pas l’édifiante affaire du Médiator qui va les rassurer. A quel saint de la pharmacopée se vouer pour se faire une religion ? D’autant que la Faculté se déchire : Hippocrate dit oui, c’est un conflit d’intérêt, et Galien dit non, c’est de la corruption. A l’arrivée, ça fait au moins 500 morts et quelques milliards de profit.
On se méfie aussi de l'étranger
Quatre Français sur dix estiment que la France doit se protéger davantage du monde d’aujourd'hui et ils sont 59% à se déclarer tout à fait ou plutôt d’accord avec l’opinion selon laquelle « il y a trop d’immigrés en France ». Un Dany Boon, avec son cinéma régional pas subversif pour un sou, surfe sur cette vague rassurante du terroir. Rien à déclarer, son dernier film, exploite la nostalgie d’une Europe des frontières et du chacun chez soi, paradis débarrassé de l’invasion de l’autre et des nuisances qui vont avec, une sorte de fantasme de la moule frite enfermée et tranquille dans sa coquille de sous-préfecture. On veut bien importer des smart phones à la tonne, mais pas question de voir débarquer ceux qui les fabriquent…
Et tout particulièrement les Chinois !
Ces derniers sont sous les feux de la rampe depuis l’affaire d’espionnage chez Renault, et les brigades financières de tout le pays sont invitées à passer au crible les commerces de la diaspora en France. Gageons que cette exposition médiatique tonitruante ne fera pas les affaires d’une communauté d’ordinaire si discrète, dont chaque représentant est perçu comme un espion en puissance, membre d’une cinquième colonne aussi redoutable qu’énigmatique.
Défiance envers les banques, mais cet accès de lucidité est planétaire, et ne saurait se réduire aux seuls pigeons de l’Hexagone, plumés comme leurs congénères du monde entier ;méfiance envers des juges taxés de laxisme, accusés de remettre en liberté des récidivistes en puissance ; on se méfie enfin d’une hypothétique réaction d’on ne sait qui à propos d’une éventuelle commémoration de l’écrivain antisémite Céline, contraignant le ministre de la Culture à déguster un chapeau de plus.
Bref, on est un tantinet frileux, et l’hiver interminable qui, à la défiance ambiante, ajoute la cohorte de ces silhouettes frigorifiées qui pressent le pas dans la nuit du petit matin et se hâtent dans la pénombre du soir. « La France a peur ! » assénait, anxiogène, Roger Gicquel en ouverture de son 20 heures en 1976. En 2011, la France n’a plus peur, elle se méfie. On progresse.
Par FRED SALMON
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Gavroche
08/03/2011
France
/ Chronique
Méfiance...Le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) a, pour la deuxième année consécutive, livré son baromètre de la confiance que les Français placent dans leur personnel politique. La tendance est à l’avis de tempête, pour le moins.
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