Alors qui ? Une nouvelle mère Teresa, œuvrant sans relâche auprès d’une armée de déguenillés toujours plus nombreux en ces temps de vaches maigres ? Une Marie Curie du XXIème siècle, dont le génie inspiré délivrerait l’humanité d’un des graves problèmes qui se posent à elle ? Une sportive performante et gracieuse, qui rapporterait des médailles d’or comme certains descendent acheter le pain ? Niet.
Chez nous en France, pour fêter dignement la journée de la femme on a eu droit à Marine Le Pen. Trois sondages l’ont placée en tête au premier tour de la présidentielle, quel que soit l’adversaire qui lui était opposé. Elle fait du petit bois de Strauss-Kahn, la Martine est renvoyée à ses chères études lilloises, quant au sortant, il sort par la petite porte… Aïe ! Certains réveils risquent d’être douloureux, avec gueule de bois et Alka Seltzer. Certes, on n’est encore qu’à quatorze mois du scrutin, et d’aucuns prétendent que la méthode utilisée pour sonder n’est pas tout à fait fiable. Certes, elle a édulcoré le discours de papa, mais allez savoir pourquoi au prononcé de son nom, j’ai toujours un petit frisson qui me remonte l’échine. Quelques gouttes de sueur perlent sur mon front et bien qu’ayant cessé de fumer, je surprends ma main qui s’agite fébrilement à la recherche d’un clope. Une peur ancestrale qui remonte des bas-fonds du XXe siècle me glace les sangs et, dans une sorte de reflexe atavique, je me mets à chercher une cachette, croyant entendre des bruits de bottes dans l’escalier. C’est l’effet Le Pen et Fille, maison de confiance, vieille tradition familiale, et vedette française de la journée de la femme.
Pour ajouter une couche, comme si ça ne suffisait pas, la députée Chantal Brunel a eu son petit quart d’heure de gloire en déclarant dans un élan d’humanité sans pareil qu’il fallait « remettre dans les bateaux » les immigrés qui débarquaient sur les côtes de Lampedusa. Qu’on y songe un instant : on parle là d’hommes qui ont traversé la Méditerranée sur des chaloupes de fortune, risquant leur pauvre vie pour un eldorado de travail au noir dans un pays de regards hostiles. La France ne peut accueillir toutes les détresses du monde, on le sait. Mais c’est la folie de l’immédiateté dans laquelle nous baignons, que d’accorder de si vastes tribunes à de telles sorties.
N’y a-t-il rien d’autre à faire de ces frères humains, que de les remettre dans leur bateau, et vogue la galère ? S’il faut les renvoyer chez eux, pourquoi ne pas le dire de façon sereine et apaisée, et choisir ses mots dans le vocabulaire de la compassion plutôt que dans celui de la brutalité ? De tels propos sont indignes d’une élue de la République, cette République dont la toge dans laquelle elle se drape part jour après jour en lambeaux, à coups de Marine Le Pen et de Chantal Brunel. Au final, cette journée de la femme aura eu du bon. On se rapproche de la fameuse parité que l’on a l’impression de toucher du doigt, mais qui toujours se dérobe. Dans l’adoration qu’elles vouent aux dieux lares de la bêtise et de la méchanceté, ces dames-là valent bien les hommes.
FRED SALMON
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Gavroche
05/04/2011
France
/ Chronique
Journée de la femme ?
Le 8 mars dernier, c’était la Journée internationale de la femme. En France, pour fêter ça, on a élevé au pinacle un spécimen féminin dont l’ascension est annonciatrice, peut-être, de triomphes futurs.
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