Mitterrand et Giscard, le débat télévisé (« l’homme du passif »), la fête à la Bastille, la cérémonie du Panthéon, et puis l’installation dans le costume du monarque, l’espoir puis l’espoir déçu, et Mitterrand à Washington, à l’Elysée, à l’Opéra Bastille, à la Pyramide du Louvre, à Solutré, en vacances, en smoking, en pantoufles à Latché, à sa table de travail, signant les notes, les lois, les ordonnances de Mauroy derrière ses grandes lunettes carrées, avec ses chiens, avec Attali, avec Roger Hanin, avec Rocard, avec Reagan, avec Thatcher, avec Kadhafi ou Helmut Kohl, Mazarine, le Rainbow Warrior, le sang contaminé, Urba-Gracco et Jack Lang toujours et partout, ouf ! Un peu plus et on ingurgitait Tonton en Amérique, Tonton au Tibet, et on a échappé de justesse à Tonton sur la Lune.
Seule véritable pépite de cet indigeste inventaire à la Prévert, cet entretien réalisé en septembre 1994 avec Jean-Pierre Elkabbach. Peu de temps avant sa mort, ravagé par le cancer, le monarque républicain avait rassemblé le peu de forces qu’il lui restait pour crever l’abcès sur les zones d’ombres de sa vie : les accointances d’avant-guerre avec l’extrême-droite, le passage à Vichy, l’entrée tardive dans la Résistance, son amitié avec Bousquet ou encore son ambigü refus de condamner l’État français pour la Collaboration. Lors de ce dialogue en toute liberté, sans complaisance, il livra sa part de vérité sur cette période controversée jusque dans les rangs de son propre camp. Loin du souci de se sculpter une statue pour l’Histoire, c’est un homme nu qui sait qu’il va mourir qui tente de s’expliquer, certes devant les hommes, mais aussi devant la Transcendance qu’il rencontrera bientôt. Toujours paré des attributs du pouvoir – il est encore en exercice –, c’est un puissant sans défense que l’on nous montre, égal des autres hommes devant l’imminence du destin commun. L’émotion palpable d’Elkabbach, sans doute conscient de réaliser une grande interview, mais surtout ému devant le vieil homme malade, transpire de l’écran, et ajoute au caractère dramatique de l’exercice. Allez, pour ce grand moment de télé et d’Histoire, ça valait le coup de se taper tout le reste.
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Gavroche
03/06/2011
France
/ Chronique
« Le tsunami de la Tonton mania »Sauf à prendre exemple sur les trois singes, impossible d’y échapper ! Il fallait un bandeau sur les yeux, du persil dans les oreilles et un bâillon sur la bouche pour ne pas être emporté par le tsunami de la Tonton mania. Ah, cet anniversaire des 10 ans du 10 mai, on en aura eu au petit déj, au déj, au dîner. Le doigt sur la couture du pantalon, les petits soldats de l’info auront récité leur partition. Jamais expression n’aura été aussi juste : lorsqu’on parle de Barnum médiatique, c’est toute la troupe qui investit un sujet comme une ville de foire, qui monte le chapiteau, déroule le spectacle, et remballe jusqu’à la prochaine ville, soit le prochain événement.
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