Anonyme | Gavroche | 06/09/2011
France / Chronique  

« Maman, on dort où ce soir ? »

Voila la question que posent les enfants d’une de ces familles fracassées, jetées à la rue à la suite d’un accident de la vie, divorce, chômage ou expulsion. C’est le médecin chef de l’Hôpital pour enfants Robert Debré qui le dit : autrefois, il recevait cinq ou six familles tous les six mois, puis tous les mois ; désormais, c’est cinq ou six familles tous les soirs qui demandent à s’abriter dans cet hôpital de l’Est parisien.

« S’il y a de la place, ce sera dans une chambre, sinon ils passeront la nuit dans le couloir, sur la banquette », que le médecin désigne d’un mouvement de menton désabusé.

C’est que les crédits alloués à l’hébergement d’urgence
ont fondu comme neige au soleil. Pourtant, ça partait d’une bonne idée. Jugeons plutôt : on a considéré qu’au lieu d’héberger les sans-abri dans des structures provisoires sur de longues périodes, mieux valait construire des logements pérennes où il est plus facile de se reconstruire une vraie vie. Sauf que, sans attendre que les fameux logements soient sortis de terre, on a sabré le budget de l’hébergement d’urgence. Gouverner c’est prévoir, certes, mais l’exercice consiste surtout à gagner quelques centaines de millions d’euros dans les lignes budgétaires. Et voila ce qui fait que quand papa, maman et deux ou trois gosses composent le numéro du Samu social, au mieux on leur répond qu’il n’y a pas de place, et au pire, comme dans la chanson de Nino Ferrer, y’a person qui répond.

Fort de ce désolant résultat, Xavier Emmanuelli, le respecté fondateur du Samu social, a donné sa démission avec pertes et fracas, livrant ce constat terrible : « Les technos, les mecs qui pensent structure, budget, n’ont pas le souci de l’autre ». Ce coup de gueule de ce proche d’Alain Juppé a eu pour effet de sensibiliser une opinion pourtant en vacances, et de faire descendre dans la rue les intervenants du Samu social. Si ces derniers n’ont plus assez de sous pour accomplir leur mission, il leur reste le sens de l’humour. Sur leurs pancartes, on pouvait lire « avec Apparu(1), les crédits ont disparu ». Tout ça prêterait à sourire si la réalité ne recouvrait de très concrètes détresses : les urgences sont amenées à trier les personnes sans abri, à refuser d'accueillir des familles et à réduire leurs services ; le Samu social de Paris a fermé son centre d'hébergement et a supprimé 5 000 nuits d'hôtel par jour, 65% des demandes d'hébergements transmises au 115 ne peuvent être satisfaites, et ce sont en priorité les familles avec des enfants qui en font les frais. Bref, c’est Zola.

Des mètres carrés libres en plein Paris, il y en a pourtant : il suffit de chercher. Le ramadan tombant cette année en plein mois d’août, les palaces parisiens souffrent de la désertion des riches clients du Golfe et de leurs comptes en banque débordants de pétrodollars. En effet, nos amis saoudiens ou qataris, quand ils ne rachètent pas le PSG, ont pour habitude de fuir les terribles chaleurs de leur pays en prenant leurs quartiers d’été dans le fleuron de l’hôtellerie de luxe à la française. Ainsi, au Plaza Athénée, tel un médecin chef d’hôpital surchargé, le directeur se plaint d’un taux d’occupation de 65% et d’un prix moyen de la nuit descendu à 800 €. Et la cloche sonne de la même façon au Ritz ou au George V. Qu’on se rassure toutefois : une fois le ramadan passé, la riche clientèle du Moyen-Orient devrait revenir plus fort en septembre. Ouf ! Halal est grand.

* Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du Logement

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