Les spécialistes du marketing, avec leurs yeux froids et perçants derrière leurs lunettes d’acier, l’ont bien compris. Si l’avenir se pare d’incertitude, voyageons dans le passé. Ainsi, sont sortis au cinéma deux adaptations du roman de Louis Pergaud, La Guerre des Boutons, dont Yves Robert avait fait un carton à 10 millions d’entrées dans les années 60. Et si le bouquin date de 1912, on peut penser sans grande crainte de se tromper que ce que les Français de 2011 vont aller chercher dans les salles obscures, c’est d’abord la peinture d’un monde à jamais évanoui : ces années 60 de lait et de miel, cette France surannée des campagnes où la guerre n’est qu’un jeu d’enfant et où le mot chômage n’est pas encore dans le dictionnaire du quotidien. Alors, en route pour les instits en blouse grise, les plumes Sergent Major, les maximes de morale, les bonnes bouilles de gosses qui sortent des mots d’enfants bien dialogués, et adieu la crise ! Du moins, jusqu’à ce que les lumières se rallument. Un succédané d’ennui, à savourer en famille, noyés sous les bons sentiments.
Mais ce que l’on croyait n’être que du cinoche nous rattrape dans la vraie vie ! Le ministre de l’Education nationale entame une réflexion pour réintroduire les leçons de morale à l’école. Saine volonté certes, mais à l’heure où un Robert Bourgy lève un coin de voile sur la valse des mallettes africaines, où un ministre de l’Intérieur justifie l’espionnage de journalistes, où des financiers sans foi ni loi spéculent sur la faillite des états, et où un DSK fait un retour triomphal d’empereur romain après ses galipettes new-yorkaises, on souhaite bien du plaisir à Luc Chatel. Franchement, vous voyez les petits Français de 2011 réciter en choeur « bien mal acquis ne profite jamais » après tout ça ? Sans compter que nombre d’entre eux, une fois la cloche sonnée, rangeront leurs cahiers pour aller faire le chouf pour les dealers de la cité…
On prône aussi le retour de l’uniforme à l’école, sous prétexte de gommer les disparités sociales ou de fortune et qui a l’avantage non négligeable aux yeux de certains de limiter le charme dont les jeunes filles modernes savent jouer. Il est même un ancien ministre pour qui manifester des signes de suggestion sexuelle est « contraire à l’idéal républicain ». Outre que le ridicule ne tue pas, c’est un aspect de cette lame de fond qui nous entraîne vers un passé où les femmes n’étaient respectables que parce que soumises, cantonnées au rôle de mère aimante, épouse fidèle et ménagère assidue. La femme idéale selon Pétain. Dernier avatar de ce rétropédalage tout azimut, il parait que dans le choix des prénoms par les futurs parents, les noms issus de l’Ancien Testament se taillent la part du lion. Sous peu les cours de récré seront donc pleines de Nathan, Raphael, Noah ou Adam. Allez, encore un effort et c’est bientôt les cavernes. Rahan, range ta chambre et fais tes devoirs !
Fred Salmon
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Gavroche
10/10/2011
France
/ Chronique
Quand la France regrette le temps de la guerre des boutonsUne fin d’été dans le rétroviseur. C’était prévisible : quiconque se hasarde à se tenir informé des soubresauts de ce bas monde, à se prendre en pleine gueule les règles d’or, dettes grecques, récessions et promesses de vaches maigres en route vers l’abattoir n’aura qu’une envie, celle de jeter un oeil dans le rétro.
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