- On sait que le souverain du Bhoutan, petit pays perché sur les cimes de l’Himalaya, mesure le degré de félicité de son peuple en BNB, pour Bonheur National Brut. En France, petit pays dressé sur ses ergots tel un coq toujours prêt au combat, on mesure habituellement la satisfaction de ses habitants d’un point de vue matériel. Son actuel souverain, influencé par l’économiste Joseph Stiglitz, avait suggéré qu’on introduise la notion de bien-être dans l’évaluation du bonheur des Français. L’Insee s’est donc attelé à la tâche et vient de rendre sa copie. Son étude annuelle sur les ressources et les conditions de vie est donc agrémentée pour la première fois d’indicateurs subjectifs pour apprécier le ressenti de la notion de bien-être, en complément des habituelles mesures de la sacro sainte croissance économique. On a donc demandé aux 10 000 ménages interrogés de répondre à la question suivante : « Sur une échelle allant de 0 à 10, indiquez votre satisfaction concernant la vie que vous menez actuellement ».
- On peut s’interroger sur la pertinence de la question posée. En effet, deux personnes n'ont pas forcément les mêmes critères pour décider de leur satisfaction dans la vie. Toutefois, l’Insee nous rassure : en croisant les résultats obtenus avec des données plus objectives, on parvient à intégrer cet indicateur subjectif dans une estimation globale fiable. Bon. Que nous enseigne donc cette étude ? Ô surprise ! Nos concitoyens attribuent une note plutôt positive puisque si 92% déclarent un niveau de satisfaction supérieur ou égal à 5, ils sont plus de 60% à se donner une note entre 7 et 9. Ces Français que par paresse intellectuelle sans doute l’on dépeint comme jamais contents et toujours en grève ne seraient donc pas si mécontents de leur sort, tordant le cou à un cliché tenace. Cela dit, plus on a de l'argent, plus on est satisfait, et les difficultés matérielles pèsent fortement sur le ressenti du « bien-être ». On s’en serait quand même un peu douté… Par contre, si l’arrivée d’un enfant ne se traduit pas forcément par une hausse de la satisfaction, l’étude n’indique pas si elle peut induire une embellie dans les sondages. En résumé, si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue fortement. Merci, l’Insee.
- Et si vous n’êtes pas satisfait de votre vie, inscrivez-vous au Championnat de France des râleurs : huit étapes du 23 septembre au 15 novembre, un titre officiel de plus grand râleur de France et un prix de 5 000 euros, c’est du lourd. Face au jury, les prétendants ont deux minutes pour déverser leur colère en commençant leur performance par « Appelez-moi le directeur ! ». Tous les sujets sont bons à traiter, et chacun peut venir déverser son courroux devant un public amusé. Les sujets les plus fréquemment traités sont les scènes de ménage, la paye trop maigre, les vacances ratées et certains râlent même contre les râleurs. Dans un sondage commandé par la MAAF, qui organise ce concours, 93% des Français se disent râleurs. Conclusion croisée des deux études : Râlez, ça rend heureux.
Fred Salmon
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Gavroche
16/11/2011
France
/ Chronique
Les français, râleurs mais satisfaits !
Si le français se montre volontiers bougon, cela ne l'empêche pas d'apprécier son niveau de vie. Selon une étude récente, 92% de la population est contente de ses conditions de vie.
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