En accolant identité nationale et immigration à l’entête d’un ministère, en assimilant immigration et insécurité, la vision du village Gaulois assiégé de hordes barbares doit guider le choix du bulletin de vote. Tel est le vœu des instigateurs du débat, et la recette est tant éprouvée, la méthode tellement connue qu’elle saute aux yeux et ne mérite pas, pour le coup, d’en débattre.
Alors quoi ? Il est amusant de constater l’engouffrement généralisé dans la brèche ouverte. Telle une émulsion savonneuse, la mousse des penseurs de tout poil accroît son volume à la manière d’un blob incontrôlable qui se répand dans le moindre interstice. Chacun y va allègrement de son avis et tente la définition de cette fameuse identité qui serait menacée.
Les reportages incessants sur la délinquance en banlieue mettant en scène des bandes de jeunes noirs laissent à penser que le territoire national est un no man’s land livré aux mains des hors-la-loi, de la même manière qu’il est de notoriété mondiale que la Thaïlande tout entière est bâtie sur le modèle des quelques rues brûlantes de Pattaya. La victoire de l’Algérie sur l’Egypte dans les qualifications pour la Coupe du Monde a achevé d’inquiéter : on a vu des drapeaux algériens sur les Champs Elysées, prémices d’une invasion imminente. Même nos voisins suisses, d’ordinaire si placides, y vont de leur petite votation pour interdire la construction des minarets.
Bref, on nous ressort Charles Martel, et le risque est suffisamment grand d’un rejet de l’islam dans sa globalité pour ne pas organiser des débats qui peuvent conduire à une fracture encore plus grande entre les Français et la religion musulmane, dont la grande majorité de pratiquants n’aspire qu’à vivre sa foi tranquillement, en dépit de la frange d’excités qui pourrissent la vie des habitants de quelques cités de banlieue, ou des imams qui prêchent un islam radical. Preuve de l’hostilité grandissante envers cette religion, un récent sondage nous indique que 41 % des personnes interrogées s'opposent à l'édification de lieux de culte musulmans alors qu’ils n’étaient que 22 % en 2001.
Nos concitoyens sont-ils dupes ? Même s’il est inquiétant de constater que c’est aux préfets – ceux-là même qui sont chargés des expulsions – qu’a été confié le soin d’organiser les rencontres, les locaux sont à moitié pleins, ou à moitié vides. L’assistance est composée de sympathisants UMP - on n’est jamais mieux servi que par soi-même -, de Français issus de l’immigration venus aux nouvelles et de curieux. On y débat sous les ors de la République dans une ambiance un peu compassée, à mille lieux du think tank géant espéré par Eric Besson.
Mais dans le fond, n’est-ce pas au final le formidable aveu d’un manque de confiance en la nation française, et les merveilles dont elle a fait don au reste du monde ? Douter à ce point de la supériorité du bœuf bourguignon sur le couscous brochettes ou de l’espadrille sur la babouche témoigne d’une amnésie collective surprenante, quand l’histoire de notre beau pays nous enseigne qu’il s’est précisément construit sur le socle de vagues de flux migratoires toujours recommencés, et toujours stigmatisés.
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Gavroche
16/12/2009
France
/ Chronique
OPINION France, Identité nationale : une amnésie collective ?
On ne s’attardera pas sur les motivations électoralistes qui se cachent derrière le lancement du grand raout sur l’identité de notre nation. A quelques mois des régionales, ce débat et ce qu’il sous-entend auront le mérite pour le gouvernement de provoquer chez l’électeur le vieux réflexe qui depuis toujours est la carte maîtresse des droites de ce pays.
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