Olivia Corre | Gavroche | 06/10/2009
Culture  

Un combat en faveur du patrimoine

Robert Bougrain-Dubourg est le fondateur de "Restaurateurs Sans Frontières". Aujourd'hui installé en Thaïlande, il se bat pour développer une vraie culture de la conservation en Asie du Sud-est. Un défi parfois difficile à relever...
  • Robert Bougrain-Dubourg
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La restauration, Robert Bougrain-Dubourg n’y est pas tombé à la manière d’Obélix. Sa rencontre avec ce monde relève même du plus pur des hasards. Après des études commerciales, il part en vacances dans un club et s’ennuie à mourir au bord de la piscine. Son voisin de transat ne lui semble guère plus emballé et la conversation s’engage. L’homme est restaurateur en Belgique et lui propose de visiter ses ateliers dès leur retour en Europe. Robert Bougrain-Dubourg y passera deux semaines, happé par la magie de la restauration. « Après avoir passé sept ans dans le monde de la grande distribution, j’ai tout quitté pour me consacrer entièrement à ma passion », explique-t-il. C’est là qu’il décide de fonder Restaurateurs Sans Frontières. Lors de sa création en 1981, l’association ne compte qu’un seul bureau, à Paris. Aujourd’hui, elle possède cinq antennes dont trois à l’étranger (Athos en Grèce, Istanbul et, depuis 2000, Bangkok). C’est dans la capitale thaïlandaise que Robert Bougrain-Dubourg a choisi d’exercer.

ADAPTER SON SAVOIR-FAIRE
Installée dans les locaux de la fondation Jim Thompson à Bangkok, l’association a réussi à s’attirer la confiance du roi de Thaïlande. Robert Bougrain-Dubourg et son équipe ont été chargés de la restauration des peintures du Grand Palais. Des travaux longs et minutieux qui nécessitent un véritable savoir-faire. « Nous ne sommes pas seulement un simple organisme de restauration, nous formons les Thaïlandais aux techniques de conservation. L’important est de transmettre cette culture de sauvegarde du patrimoine », insiste-t-il. Un challenge parfois difficile à relever. « En Asie, le bouddhisme veut que lorsque l’on meurt, on renaît. Et ce principe s’applique également au patrimoine. Lorsque ça s’écroule, on reconstruit… Ce qui explique pourquoi il n’est pas facile d’introduire le concept de conservation ! » Pourtant, les choses commencent à bouger. Constatant les effets positifs d’un patrimoine restauré sur l’industrie du tourisme, le gouvernement a revu sa copie. La notion de conservation commence donc doucement à percer.

TRANSMETTRE
Mais restaurer est une chose, former en est une autre. Le président fondateur de RSF a fait de la seconde sa priorité. Les ateliers de Bangkok comptent aujourd’hui quinze personnes, toutes de nationalité thaïlandaise. « Je les ai formées et elles ont aujourd’hui acquis un vrai savoir-faire. Ces connaissances-là, elles pourront ensuite les transmettre, c’est ça le but ! », insiste-t-il. Pourtant, les candidats à la carrière de restaurateur demeurent toujours trop peu nombreux au regard de ce passionné. Son équipe mise à part, la Thaïlande compte seulement cinq restaurateurs diplômés. Tous étrangers. Un chiffre dérisoire au regard des richesses patrimoniales du pays. Pas si étonnant pourtant si l’on considère l’absence totale d’un cursus digne de ce nom. Le diplôme de restaurateur n’existe tout simplement pas. Et il en est de même chez l’ensemble des voisins du Sud-est asiatique.« Il y a quelques temps déjà, j’ai présenté un projet d’ouverture d’une filière restauration à l’université Silpakorn. Mais nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d’accord sur le contenu de la formation. L’université proposait une formation au rabais à laquelle seuls quatre étudiants souhaitaient participer. Le projet a donc été abandonné »

La tâche n’est pas simple mais Bougrain-Dubourg persiste et signe. Il travaille aujourd’hui directement avec l’ordre supérieur des bonzes. « Ici, la majorité du patrimoine est religieux, il y a très peu de patrimoine civil. J’ai donc décidé de m’adresser directement aux premiers concernés », explique-t-il. Ce qui se relèvera être un bon choix. L’université bouddhique de Chiang Mai ouvre cette année une formation en restauration de patrimoine. Elle comprendra des cours d’art plastique mais aussi de conservation préventive. L’objectif est de recruter une quinzaine d’étudiants. « L’avancée est énorme. Cette université regroupe des gens venus de toute l’Asie. Cela va permettre de sensibiliser l’ensemble de la zone », se réjouit Robert Bougrain-Dubourg. Onze pays au total regroupés en un seul et même lieu. Le restaurateur ne pouvait rêver mieux.

DIFFICULTES BUDGETAIRES
Des projets comme celui-ci, il souhaiterait en voir fleurir un peu partout. Mais pour cela, il faut de l’argent. Et c’est là que le bât blesse. Son association est uniquement financée par les fonds du ministère de la Culture et du Conseil régional de la région PACA où se situe désormais son siège. Aucun fond privé. « Notre travail est un travail de longue haleine. Les résultats n’en sont pas immédiats, nous n’intéressons donc pas les investisseurs privés », regrette-t-il. Depuis deux ans, les budgets de l’association ont même été considérablement réduits. Volonté ministérielle oblige, Restaurateurs Sans Frontières s’est vu privée d’une partie de ses fonds et a dû se séparer de la moitié de son personnel. Son équipe de Bangkok, qui comptait trente-cinq personnes, n’en compte aujourd’hui plus que quinze. « Supprimez les budgets du cinéma et le lendemain vous aurez toute une batterie d’acteurs sur les plateaux télé pour dire que c’est criminel. Réduisez les fonds des restaurateurs, tout le monde s’en fiche et l’affaire ne fait aucun bruit ! », s’exclame-t-il. Il faut dire que le milieu est loin de représenter un lobby. Les restaurateurs français ne sont qu’un petit millier. Difficile dans ces conditions de se faire entendre de manière efficace. L’association doit donc faire appel aux dons pour combler ses amputations de budget et continuer à préserver le patrimoine culturel.
Un livre en préparation
Olivia Corre
Restaurateurs Sans Frontières travaille en ce moment à la réalisation d'un ouvrage sur l'ensemble des techniques patrimoniales de l'Asie du Sud-est. Il s'agit de dresser un portrait exhaustif des courants architecturaux. Mais pas seulement. Le but est également de recenser l'évolution des différents types de végétaux présents sur ces sites. Des plantes, qui, à elles seules, témoignent d'une grande partie de la culture asiatique. "Rien de similaire n'existe encore. Nous voulons que ce live serve, à terme, aux futurs étudiants en restauration. Un peu comme une base de travail.", souligne Robert Bougrain-Dubourg. L'ouvrage sera publié en thaï, mais également en hindi, birman et laotien. Réalisé en partenariat avec la fondation Jim Thomson, sa sortie est programmée fin 2009.
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