Frédéric Amat | Gavroche magazine | 23/09/2008
Tourisme  

Retour en gaule !

Un séjour en France après de longues années passées en Asie peut être parfois plein de surprises... C’est ce qu’à constaté notre collaborateur Frédéric Amat dès sa descente d’avion. Un plongeon dans la France que l’on aime... ou que l’on déteste.
Vous devez trouver du changement en France, non, si vous n’êtes pas venu depuis deux ans?» La dame, une amie de ma mère, me pose la question. Nous sommes dans un hypermarché de la périphérie de Narbonne, dans un de ces ignobles et immenses cubes de tôles qui enlaidissent, depuis plus de vingt ans, les pourtours des villes. Edifiés à la gloire de la consommation, ces hangars sont les lieux où l’on vend à des millions de gens qui n’en ont pas les moyens, des choses dont ils n’ont pas besoin. Sans réfléchir, je lui lance que je trouve davantage de changements sur l’avenue Sukhumvit de Bangkok en trois semaines qu’en deux ans en France. J’ai dit cela sans trop réfléchir. Et ce n’est qu’après que je me suis mis à penser à cette question d’évolution. Un peu comme Darwin, mais en moins compliqué.

Au départ, c’est vrai, je n’avais pas vu de changements. L’arrivée à Roissy, l’aéroport le plus compliqué du monde, s’était déroulée comme à chaque fois. Un bordel sans nom à l’immigration. Une queue sans fin, et une pagaille très française. Des gens qui râlent et qui tentent d’expliquer à des pauvres types qui ont le malheur d’arborer un badge ADP sur leur uniforme, qu’ils pourraient s’organiser différemment. Ce à quoi le badgé répond: «Si vous n’êtes pas content, fallait rester chez vous.» Rien que de très normal somme toute. Puis il y a le gaulois douanier, cet homme vendu aux marques de luxe, qui s’acharne à découvrir dans votre linge sale LA fausse paire de lunettes Rayban made in Thailand. Lui, il est là pour faire la promotion de la vraie paire de lunettes, beaucoup plus chère, la véritable Rayban made in China. Je me suis toujours demandé si les marques reversent un pourcentage de leurs bénéfices au service des douanes. Je crois que ce n’est même pas le cas. Quel dévouement!

«Monsieur, votre carte d’embarquement et votre passeport, s’il vous plaît.» Je ne me fais pas de soucis. Mon sac ne contient que des souvenirs quelconques et mes T-shirts Jeep sont tous des vrais. J’ai bien quelques vieux jeans achetés à Jatujak et je ne sais même pas s’ils sont de marque ou pas. Quand j’achète un pantalon, la seule chose que je regarde c’est qu’il m’aille…

«Veuillez ouvrir votre sac. Qu’est ce qui ne va pas?», me dit l’uniforme. «Rien», je réponds. «Si, vous avez soupiré», constate la moustache. «Je suis fatigué, c’est tout», j’argumente. «Vous n’êtes pas fatigué puisque vous revenez de vacances», coupe l’autorité. Sans appel, avec cette certitude qu’ont les gens qu’on invite généralement dans des dîners entre amis, les mercredis soir, afin qu’ils nous parlent de leur passion.

J’avais oublié, en France quand vous êtes un homme seul en provenance de Thaïlande, vous revenez forcément de vacances. Et vous êtes certainement doublé d’un détraqué sexuel... Le ventripotent en bleu sombre est surpris et très déçu que je ne dispose pas d’appareil photo. Il insiste. Comment peut-on revenir de vacances sans appareil photo? «On vous l’a volé?», tente l’homme. «Non je n’en ai pas», tranche-je. Le gradé pensait peut-être y trouver des photos d’enfants nus. Ce qui serait logique puisque je reviens de Bangkok... La visière devient alors suspicieuse, d’autant qu’au milieu de mes caleçons troués, pas un seul Tintin au Tibet. Encore moins de Lacoste! Je sens le besoin de m’expliquer: «Je ne suis pas un touriste, je réside en Asie et je ne reviens que quelques semaines voir mes parents.»

«Ha, vous êtes un fuyeur d’impôts!», me réplique le képi. C’est donc comme ça qu’on désigne les expatriés. Des petits malins qui ne veulent pas payer d’impôts. J’aurai au moins appris quelque chose… Mais, pour l’instant, je reste coi, la voix m’en tombe et les bras se coupent net. «Circulez!», mâche la moustache, accompagnant son verbe d’un geste qui signifie à peu près la même chose.

Puis il y a le quai de la gare. Et une voix de jeune fille dans le haut-parleur: «La législation sur le tabac est entrée en vigueur en juillet 2007. Nous vous rappelons qu’il est interdit de fumer dans la gare et sur les quais.» Nous sommes en juin 2008. Le gars, juste à côté de moi, doit être sourd ou étranger, puisqu’il sort une cigarette de son paquet à cinq euros, et l’allume. Une cheftaine de gare passe. Sur son badge SNCF: «Catherine, à votre service». Du haut de son mètre cinquante-deux, elle dévisage le fumeur et poursuit son chemin. Le mégot de la cheminée en infraction atterrira quelques minutes plus tard sur le quai, au milieu d’autres déchets urbains. Peut-on imaginer une telle situation sur le quai d’une station du Skytrain de Bangkok? C’est la question bête qui me vient à l’esprit. Le décalage horaire sans doute. Les pieds sous la grisaille de Paris, ma tête est encore dans le soleil de l’Asie. Mais, est-il possible de comparer l’incomparable? La France est un pays de liberté après tout. D’égalité aussi.

Plus tard, lors d’un changement à Montpellier, je constate que trois personnes sur quatre fument. C’est un minimum. A cinq euros le paquet, c’est la preuve que la France est aussi un pays riche. Au bistrot, sur la place de la gare, tout le monde a la clope au bec. La cendre et les mégots atterrissent à terre. Vu qu’il est interdit de fumer ici aussi (on est toujours dans la gare, voir la loi de juillet 2007 citée plus haut), les tables ne sont pas équipées de cendriers. Logique. A 2,60 euros le demi-panaché, servi par un garçon débordé et aimable comme un douanier, je me dis que si j’étais fumeur, moi aussi je ferai comme tout le monde. Non mais! Par amour de liberté et aussi par fraternité avec les fumeurs!

Au fait, pourquoi un demi-panaché ? Parce que j’ai fait l’erreur de demander le menu des boissons. Le garçon me répond qu’il n’en a point. Alors, bêtement, je demande un jus de citron vert. Le serveur lève les sourcils, écarquille ses yeux de mérou, forme un «o» avec sa bouche et reste comme cela quelques secondes, l’air con et le plateau en équilibre sur la paume de sa main. C’est le temps qu’il me faut pour me rappeler une des boissons que je dégustais au temps de mes études en terrasse d’identiques cafés, où les gens fumaient tout autant, mais où il y avait des cendriers. Donc, un demi-panaché, je commande. Ouf, voilà mon serveur rassuré.

Dans le train, première classe, il y a des vieux. Apparemment, les seuls à pouvoir se payer un billet première classe en France sont les vieux. Et l’un d’eux a eu la bonne idée d’amener son toutou à sa maman! Le chien ne ressemble à rien, mais il pue de la gueule et il chiera dans le couloir entre Nîmes et Montpellier. La SNCF, non contente d’accepter les animaux, fait payer leur voyage à leurs propriétaires. Ainsi, un enseignant qui emmenait à son école quelques escargots dans une boîte plastique pour une leçon de choses, a dû payer un billet pour animaux. Après tout, SNCF, c’est possible. Et ils le prouvent!

Ainsi donc, les choses bougent en Gaule. Pour preuve, PPDA, notre indémodable présentateur du JT de la chaîne préparatrice de temps de cerveau disponible, a été viré. Il déménage en septembre. Allez, ouste! Comme quoi, rien n’est éternel. Les mauvaises langues disent, sur d’autres chaînes, qu’il déplait au démiurge de l’Elysée. Car l’affaire fait grand bruit dans le PAF! Et comme cet Elysée-là est en passe d’assassiner le service public télévisuel en interdisant la publicité sur les chaînes publiques, TF1 pouvait bien, en échange de ce cadeau (on estime à 800 millions d’euros de pub que devront se partager TF1, M6 et la TNT), virer le gourou des ménagères de moins de 50 ans.

Qui a dit que rien ne bougeait? Même les vieilles institutions démocratiques sont chamboulées. Désormais, le fait qu’une épouse ne soit pas neuve est une cause de répudiation. Depuis le Moyen-âge, on n’avait pas vu cela. Mais, comme disait Cavana dans une émission nocturne d’une chaîne obscure, «quelle idée, aussi, non mais, quelle idée ont eue les hommes d’aller placer leur honneur dans le cul de leurs femmes?» Il faut dire qu’avec Ségolène Royal photographiée en train de prier, la France retrouve un beau visage de cul béni qu’elle avait perdu depuis longtemps. Les valeurs sont en plein renouveau. La liberté et l’égalité dussent-elles en prendre un coup. C’est le prix à payer pour le changement. Et moi qui croyait que rien ne changeait…
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Syned 2008-12-04 15:10:00
Un bon vieux ronchon franchouillard bien de chez nous
Entièrement d'accord avec l'article de F. Amat. Je m'étais déjà fait les mêmes reflexions à mon retour au pays après plusieur longs séjours en Thailande. Rien de changé, en apparence, mais à y regarder de plus près, tout était différent. Paris était certe toujours Paris au niveau architectural, mais les gens, les mentalités,etc. rien n'était plus comme avant. Bon,c'est le progrès, innevitable parait-il...Ok, mais la qualité de vie n'est plus ce qu'elle était. Pas du tout d'accord, par contre avec Marcopolo. La France est belle, oui, mais il n'y a pas de quoi en être fier, et ce n'est au aucun cas le pays de la liberté, et chaque jour qui passe restraint un peu plus nos libertés (y'a pas la place pour lister). Janus33 ne raconte pas un "tissus d'inepties", mais il donne son opinion qui est respectable. Pas plus Janus que Amat ne comparent la France à la Thailande, qui sont bien sur très differentes. Amat, ne fait que décrire ses premières impressions en rentrant au pays. Je passe sur le reste de votre texte qui est un ramasis d'amalgames nauséeux et hors sujet, et je ne vois pas de signe d'irrespect du pays dans le texte de Amat. Mon pays, la France est en train de mal tourner, et comme j'aime mon pays, je le réprimande; ou est le mal ? Vous, Parcomolo, si vous êtes satisfait de la situation actuelle de la France, grand bien vous en fasse !
janus33 2008-12-03 11:03:49
la France que j'ai aimée
la france que j'ai aimée n'existe plus et n'est profitable qu'à certains privilégiés ou parasites, je reconnais mon exaspération dans votre article et rêve de foutre le camp, quand à marcopolo il ne doit pas avoir le minimum retraite pour survivre sinon il ne serait pas aussi satisfait de sa vie, j'ai moi aussi servi mon pays et été bléssé plusieurs fois tout ça pour survivre dans un mépris total de nos gouvernants, quand à dire que la France est un pays de liberté, marcopolo se fout de la gueule du monde !
Marcopolo1949 2008-11-09 14:08:05
A l'attention de Mr Frédéric Amat
Bonjour Monsieur, Suite à la réception d'une "fulltitude" de mails souvent sans grand intéret que j'ai malheureusement transféré, je tiens à prendre position et accréditer la réaction d'un jeune homme qui aime son pays, comme moi-meme pour voir servi son drapeau pendant 32 ans... En quelques mots -puisque le droit de réponse est très limité en mots.. (Extrait - Sic) La France est un beau pays dont je suis fier,pas d'accord avec ce ramassis d'inépties et d'idées préconcues: la France des culs-bénis? Il se prend pour qui? S'il n'aime pas la France qu'il reste où il est. Les Thailandais plus sympa? mais normal quand on est Français et que l'on a de l'argent.. S'est-il posé la question de savoir s'il aimerait autant ce pays s'il n'était pas Français mais Thailandais ? Sauf erreur beaucoup de gens viennent en France pour la liberté que l'on y trouve et le cadre de vie alors qu'en Asie se sont soit les entreprises pour exploiter la population et produire à moindre coût... Tu pourras lui dire que ton fils n'a pas apprécié et qu'il faudrait qu'il apprenne à respecter son pays ! Hé bien voilà c'est fait, bien à vous
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