Malto C | Gavroche magazine | 15/09/2008
Tourisme  

La réunion : l’île spectaculaire

Depuis fin novembre 2006, Air Austral propose une liaison directe deux fois par semaine avec Saint- Denis de La Réunion. La France à seulement 7 heures 30 de vol de Bangkok, c'est une main tendue vers une île belle et sauvage qui devrait séduire les Français vivant en Asie du Sud-Est.
  • (photo Malto C./Gavroche)
  • L’impressionnant Trou de fer vu d’hélicoptère ( photo Malto C./Gavroche)
  •  Les rastas du village de Hell-Bourg, cirque de Salazie. (photo Malto C./Gavroche)
  • Entrée de la maison Folio, dans le village de Hell-Bourg (photo Malto C./Gavroche)
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A La Réunion, il y a un Avant et un Après, comme il y a les Hauts et les Bas, les Marrons et les Blancs. «Avant», pour se rendre de Bangkok à Saint-Denis, il fallait transiter par Kuala Lumpur et l'île Maurice. Autant dire que vous deviez avoir une bonne raison pour mettre les pieds dans ce département français d'Outre-Mer perdu au milieu de l'Océan indien. Puis vint l'«Après» avec le premier vol direct entre Bangkok et La Réunion...
Ne bénéficiant pas de la popularité de sa petite soeur mauricienne aux lagons à l'eau turquoise, ni de l'immense diversité naturelle de sa grande soeur malgache, La Réunion, avec son volcan en activité culminant à plus de 2000 mètres, ses paysages grandioses et sauvages, sa culture et ses traditions créoles, son développement aussi, est un joyau. Mais La Réunion, destination touristique traditionnellement tournée vers la France (85% des visiteurs - 360,000 par an), a longtemps tourné le dos à l'Asie. Son isolement aérien en est pour beaucoup. Vexée peut être aussi de ne pas être classée comme destination «exotique», qui plaît tant aux touristes?
Handicapée sûrement par un euro fort qui la range dans les destinations peu bon marché.
L'arrivée d'Air Madagascar en Thaïlande, il y a deux ans, allait pourtant finir par la rapprocher de l'Extrême-Orient. Deux vols par semaine reliaient dorénavant la cité des Anges avec la capitale de la Grande Ile. Pour optimiser le trafic, Air Austral et Thai Airways partagent dorénavant le même vol (code sharing) sur les avions d'Air Madagascar, qui fait escale à Saint- Denis avant de rejoindre Antanarive. Une porte s'est enfin ouverte... La Réunion reste cependant quasiment inconnue de ce côté de la planète. Et si aujourd'hui les Réunionnais se réjouissent de pouvoir venir dépenser leurs euros en Thaïlande, il faudra un certain temps pour que les Thaïlandais puissent situer l'île sur une carte. Cela a incité Air Austral et le comité du tourisme de la Réunion à multiplier les initiatives pour promouvoir la destination dans le royaume. «C'est un marché niche. Nous cherchons à attirer une clientèle locale aisée avide de nouvelles découvertes et qui a l'habitude de voyager à l'étranger. Le savoir faire français, ses spécialités culinaires, la culture créole et le sentiment de se sentir en France sont autant d'atouts que nous voulons mettre en avant. Mais les touristes à la recherche de nature sauvage, d'aventure et de sensations trouveront aussi un grand intérêt à venir à La Réunion», estime Michèle Benard, responsable des relations extérieures au Comité du tourisme de La Réunion. Il va sans dire qu'Air Austral et le département ont aussi un œil rivé sur les quelque 20,000 Français résidant en Asie du Sud-Est. Surf, plongée, cayoning, voile, randonnées, sports extrêmes en tout genre sont autant d'activités entre mer et montagne qui passionnent les Français.

Une histoire aussi riche que tourmentée

L'ancienne île Bourbon, ce volcan sorti des entrailles de la terre il y a trois millions d'années, a été découverte par les Arabes, puis les portugais, probablement entre 1528 et 1538 (1). Les Français furent les premiers à s'y établir, au milieu du 17ème siècle. Mais le peuplement de l'île commencera vraiment au siècle suivant, avec l'arrivée des premiers colons et leurs cortèges d'esclaves. La culture du café est introduite (elle sera remplacée à la fin du18ème siècle par la canne à sucre, plus rentable).
La vie est dure sur l'île, rythmée par les éruptions volcaniques, les cyclones dévastateurs, les épidémies et l'isolement, entrecoupé par l'arrivée des navires venus de Madagascar décharger vivres, hommes, femmes et enfants et leurs lots d'esclaves. L'île Bourbon, escale des navires marchands sur la route des Indes, attire aussi de nombreux forbans et pirates, dont le plus célèbre d'entre eux, Olivier Le Vasseur, dit La Buse, fut pendu à Saint-Paul le 7 juillet 1730.
C'est à cette époque que les premiers «marrons» s'échappent des plantations pour se cacher dans les Hauts inaccessibles de l'île, traqués- et parfois massacrés - par des chasseurs de tête à la solde de leurs maîtres. Ces esclaves en fuite laisseront d'ailleurs leurs noms aux pitons et aux cimes des cirques où ils se sont réfugiés (Mafate, Cilaos, Salazie). Quand le décret d'abolition de l'esclavage est appliqué sur l'île le 20 décembre 1848, soixante mille esclaves recouvrent la liberté. Bientôt, les Marrons des Hauts sont rejoints par des «petits Blancs» ruinés ou dépossédés par de riches planteurs. Une économie vivrière voit le jour. On fait pousser la vigne, des lentilles à Cilaos, le «chouchou » dans le cirque de Salazie, dont la célèbre paille servait au début du 20ème siècle en Europe à fabriquer des canotiers, ou encore des palmistes. Des sources d'eau chaude donnent naissance dès le milieu du 19ème siècle à des stations thermales. Les curistes, à la recherche d'un climat plus frais que
celui du littoral, commencent à affluer.
Dans les «Bas», des travailleurs libres (Indiens tamoul, indiens musulmans, Chinois, Malgaches et Africains) arrivent sur l'île où ils sont embauchés pour travailler aux durs travaux des champs. Beaucoup décideront de rester et cesont eux qui donneront à La Réunion son brassage culturel, multi-ethnique et, finalement, son identité créole. La lointaine colonie française prend son essor et n'en finira plus de se développer au cours du siècle à venir.

Les deux pieds en France !

Un touriste thaïlandais qui atterrit à La Réunion pour la première fois va s'apercevoir très vite qu'il a bien posé les deux pieds sur le sol français, aussi éloigné soit-il du Vieux Continent! Dès sa sortie d'avion, les signes ne trompent pas: l'accueil des douaniers est chaleureux et poli mais on lui fait sentir qu'on ne plaisante pas avec l'immigration et... la langue! Ici, on parle français Monsieur, ou le créole, même pour dire “yes”! Après la vérification pointilleuse de l'authenticité de ses documents de voyage et le “reniflage” en règle de ses bagages, voilà notre clinquant touriste dans le hall d'arrivée de l'aéroport Rolland Garros (l'enfant du pays) de Saint-Denis de La Réunion, la plus grande ville française outremer, avec ses 130000 habitants. Capitale administrative du Département, siège du Conseil régional, Saint-Denis ressemble fortement à une ville de la métropole, avec son centre piétonnier et ses commerçants, ses bâtiments historiques investis par différents services administratifs, ses vieux monuments et maisons du 19ème siècle, mais aussi ses quartiers résidentiels et ses centres commerciaux (Carrefour est incontournable pour l'approvisionnement en saucisson et autres délicatesses bien françaises...)

Paradis des randonneurs...et des voitures !

Ile de contrastes, La Réunion, comme un peu partout ailleurs, vit avec ses contradictions. Avec plus de mille kilomètres de randonnées pédestres, elle a tout d'abord su mettre en valeur, tout en la protégeant, une nature sauvage de toute beauté. Des sentiers très variés au départ des grandes villes côtières emmènent les randonneurs pour quelques heures ou plusieurs jours explorer les cirques, découvrir la faune et la flore, traverser les calderas et leurs paysages lunaires sous lesquels respirent les entrailles d'une terre que le marcheur sentira peut-être vibrer sous ses pieds. Si l'homme a su partager avec la nature ce trésor inestimable, la grande majorité des 780,000 habitants de l'île, dont la superficie ne dépasse pas un tiers de la Corse, vit sur l'étroit littoral en proie à un urbanisme galopant.
Notre quidam thaïlandais, en provenance de l'une des capitales les plus embouteillées au monde, aura du mal à croire que La Réunion peut avoir par moments une circulation aussi dense que Bangkok!
Avec 300,000 véhicules qui se partagent un bout de terre de 70 Km de long par 50 Km de large et circulant sur un seul axe routier le long des côtes escarpées, certaines agglomérations sont au bord de l'asphyxie. Car les Réunionnais, dont l'une des traditions les plus ancrées est de pique-niquer en famille dans les Hauts, vénèrent la voiture au moins autant que les Thaïlandais, sans compter qu'ils utilisent peu les transports en commun, eux-mêmes limités. De voies rapides et un viaduc sont en cours de construction sur la crête et devraient toutefois permettre de soulager les automobilistes, tandis qu'une nouvelle ligne de chemin de fer partant de l'aéroport (la précédente, ouverte en 1882 pour le transport de la canne à sucre, a été abandonnée en 1973), est en chantier.
Les touristes ont heureusement le temps de fuir les embouteillages en évitant les heures de pointe et les retours des plages le dimanche soir... Car le littoral, c'est avant tout l'occasion de découvrir les plages de La Réunion: Boucan-canot la renommée, Saint-Gilles les Bains la coquette, L'Hermittage et son lagon, Saint-Leu, paradis des surfeurs avec sa célèbre «vague à gauche », l'Etang-Salé plus au Sud et son immense plage de sable noir battue par de puissants rouleaux, Grande Anse, réputée comme la lus belle plage de l'île... Autant de noms familiers pour les Réunionnais et imprononçables pour notre ami thaïlandais. Tout aussi fascinante, la roche volcanique frappée par les vagues entre Saint-Joseph, Saint-Philippe et Saint-Rose, et au-dessus, le terrifiant Piton de la Fournaise dont les anciennes coulées de lave viennent se jeter de façon spectaculaire dans la mer en coupant la Nationale 2, cordon ombilical reliant le Sud sauvage et la «côte au vent», à l'Est. Cap Méchant, Grand Brûlé, Puits des Anglais, Anse des cascades... la liste est longue de ces noms qui sonnent comme une invitation au voyage.
Verte et luxuriante à l'Est, l'Ouest, du côté de Saint-Paul, ressemble plus à une savane africaine éclatante de couleurs pendant l'hiver austral. Admirer un coucher de soleil au cap La Houssaye, visiter Saint-Paul la nonchalante, ancien bastion de La Compagnie des Indes françaises et point de départ du peuplement de l'île, flâner au marché du samedi matin devant la baie, c'est plonger dans les origines de La Réunion, retrouver son authenticité, ses racines.
Partir à la découverte du littoral, c'est aussi faire étape dans les nombreux villages qui bordent l'île et que l'on dirait mués par un besoin de dévoiler aux visiteurs leurs plus beaux atouts, de s'habiller de leurs plus belles parures. Car le charme des villages de France est unique au monde et La Réunion, malgré son éloignement, ne déroge pas à ce goût prononcé pour l'esthétisme, l'authenticité, que l'on retrouve rarement en Asie par ailleurs, où les agglomérations se ressemblent pour le moins toutes.
Charmé par tant de grâce, notre touriste thaïlandais, qui a rapidement acquis quelques rudiments de français..., a vite oublié les quelques désagréments du premier jour et a fini par comprendre ce que signifiait la fameuse «exception française», qui veut par exemple qu'on ne trouve pas un seul bureau de change sur toute l'île! Dépaysant La Réunion? Pas autant que cela, pensera- t-il en souriant quand son guide lui demande s'il apprécie la nourriture créole. Epices, curries et riz blanc comme base de l'alimentation ne sont pas pour lui déplaire, bien au contraire! Et quand l'heure est venue de parler des dangers devivre sur l'un des volcans les plus actifs de la planète, d'être sous la menace de cyclones qui viennent frapper La Réunion, de la houle imprévisible qui peut provoquer des vagues destructrices comme récemment, ou de l'épidémie de chikunbunya qui a frappé la Réunion en 2006, faisant fuir les touristes hexagonaux, il comprendra bien sûr que la nature et ses caprices sont indissociables du patrimoine de La Réunion.

(1) «Contemplation, l'île de La Réunion», de Serge Gélabert, photographe et cinéaste le plus célèbre de l'île, avec de très beaux textes de Françoise Churlet et Bernard Leveneur.

Pour approfondir le sujet:Supplément dossier: La Réunion- Ca peut toujours servir !
Piton de la fournaise : volcan en colère
Malto C.
De mémoire de Réunionnais, l'éruption du Piton de la fournaise le 2 avril dernier restera comme l'une des plus grandes éruptions jamais observées sur l'île. Pendant un mois - la coulée s'est arrêtée officiellement le 2 mai - 120 millions de mètres cubes de magma se sont déversés, dont une partie dans l'océan, donnant lieu à un spectacle extraordinaire. Pressentie plusieurs jours à l'avance par l'observatoire volcanologique, l'éruption a provoqué l'effondrement massif du cratère du volcan, ouvrant un gouffre de plus de 300 mètres.
Les Réunionnais ont pu observer un autre spectacle à couper le souffle: la formation d'immenses panaches de fumée, résultat du choc thermique provoqué par l'arrivée dans une mer à 28 degrés des coulées de lave en fusion à 1200 degrés! Autre conséquence, celle là plus inattendue: à leur grande surprise, les scientifiques ont repêché des poissons morts remontés des profondeurs de l'océan, plus monstrueux les uns que les autres et dont certains spécimens n'avaient jamais été observés auparavant.
Si l'accès aux abords du cratère Dolomieu est interdit au public depuis 1992, une route sinueuse (la route des volcans) rejoint le Pas de Bellecombe, situé à 2311 mètres d'altitude, observatoire privilégié du Piton de la fournaise et point de départ des circuits de randonnée qui rejoignent le littoral en traversant des paysages lunaires. Les anciennes coulées de lave (classées par année) peuvent être observées au bord du littoral, le long de la RN2, entre Saint-Rose et Saint-Philippe.
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