...d’approcher du Piton de la fournaise et de ses coulées de lave qui plongent dans l’océan ; alors préparez de bonnes chaussures et sautez dans le premier avion d’Air Austral qui vous emmènera, en vol direct et en sept heures seulement, de Bangkok à Saint-Denis. Une aventure pédestre au cœur des volcans et des traditions créoles dont vous reviendrez, sans aucun doute, époustouflés.
L'appareil vient d’atterrir su le tarmac de l’aéroport Roland Garros. Il est 7 heures du matin et 4 heures de moins qu’à Bangkok. Sans perdre de temps, nous partons en direction de Salazie, dans la partie Est de l’île. Après un arrêt aux majestueuses chutes d’eau du Voile de la Mariée et voir fait quelques provisions, nous empruntons la route forestière du Grand îlet pour rejoindre le col des Bœufs, à 2000 mètres d’altitude, point de départ des chemins de randonnée qui rejoigent le cirque de Mafate, notre destination.
La tête dans la brouillard, nous devons enfiler nos imperméables et quelques vêtements chauds. La fine pluie qui tombe depuis Grand-îlet ne semble pas entamer la motivation des Réunionnais qui se pressent sur le parking, prêts à affronter les caprices du ciel. Il faut dire que la randonnée est un des passe-temps favoris des insulaires, une passion même, et ce n’est pas une pluie à vous tremper les os qui viendra gâcher leur week-end. Mais ils savent aussi que sur les Hauts, la météo peut changer en quelques minutes et le ciel s’éclaircir. Ce ne sera pas pour cette fois... Nous commençons notre marche avec une visibilité de quelques mètres. Les photos attendront. «Dans cette partie de l’île, il pleut 240 jours par an en raison des alizés qui s’engouffrent dans les cirques par l’Est», nous rassure Roby, notre guide... «C’est pour cela qu’on appelle Salazie le “poumon vert” de la Réunion.» Une forêt humide et des plantes qui n’ont plus aucun secret pour lui et qu’il décline avec beaucoup de poésie et de passion. Car Roby Soriano, nous aurons l’occasion de le vérifier plus tard, n’est pas un guide de montagne comme les autres. En plus de ses talents de botaniste éclairé, ce passionné de volcan est une mémoire vivante à lui tout seul. Un de ces hommes capables de vous faire oublier la pluie, le poids de votre sac et le décalage horaire en vous racontant l’histoire d’une fougère!
Nous profitons d’une acalmie pour déballer nos sandwiches au milieu d’une étrange forêt torturée par le passage d’un cyclone. Des filets d’épiphytes, ou barbes de Saint-Antoine, pendus aux branches, dégoulinent d’eau. La forêt est silencieuse. Un tec-tec peu craintif appelé l’oiseau du voyageur gonfle la poitrine en nous observant. On se croirait plongé dans un décor du Seigneur des Anneaux...
Une heure plus tard, nous atteignons l’îlet de la Nouvelle et ses 90 âmes. C’est le plus peuplé de Mafate. Le gîte où nous nous arrêtons pour la nuit est animé. Dehors, des marmailles venus randonner le temps d’un week-end avec leurs parents chahutent bruyamment. Sur l’îlet, la vie s’organise autour des gîtes, de quelques cases créoles, d’une petite épicerie ravitaillée par hélicoptère (seul moyen avec la marche à pied de rejoindre Mafate), d’une chapelle en bois et d’une école. Des parois majestueuses surplombent le cirque de toutes parts. Le mythique Piton des Neiges est là, quelque part au-dessus des nuages.
La fatigue commence à se faire sentir. Heureusement, les chambres sont confortables et la douche brûlante est un plaisir insoupçonné sous les tropiques. Ici, on fonctionne à l’énergie photo-voltaïque, une ressource inépuisable et propre qui procure un confort de vie appréciable dans un lieu aussi isolé. D’autant plus que les panneaux ont été subventionnés par le Conseil Général...
Autour de l’unique table de la salle à manger, deux couples de randonneurs attendent que la maîtresse des lieux serve les premiers plats. Au menu ce soir : rougail boucané, gratin de chouchou et gâteau à la patate douce. De quoi vous tenir l’estomac pendant deux jours! Chacun échange ses impressions de la journée, ses recommandations et son itinéraire du lendemain. On se sent très vite appartenir à la même famille... Après avoir avalé cul-sec le traditionnel verre de rhum arrangé servi à la fin du repas, nous regagnons nos chambres, plombés de fatigue.
Le lendemain, au réveil, malgré la fraîcheur, une bonne surprise nous attend: le haut des remparts est inondé par la lumière du soleil montant. Le ciel est d’un bleu pur. Vers l’Ouest du cirque, le plafond nuageux d’hier a glissé vers les Bas en s’enfilant dans une grande cassure. Il est encore tôt et les jeunes de la veille doivent encore être endormis sous leurs couettes. Mais très vite le bruit strident d’un moteur de mobylette à qui l’on aurait bloqué l’accélérateur vient percer le silence. Il nous faut quelques secondes avant de repérer haut dans le ciel un ULM triangulaire en train de lutter contre des tourbillons de vent. Puis c’est au tour d’un hélicoptère de surgir d’une crête avant de plonger sur un îlet. Utilisés pour transporter les gens, les touristes et les matériaux de construction, ils ravitaillent en même temps les habitants de Mafate et viennent porter secours aux randonneurs en cas de pépin. Un service sanitaire gratuit que les habitants de Hauts, diton, utilisent parfois pour se rendre à l’œil dans les Bas...
Bernard en est sûr, "les pirates montaient dans les Hauts cacher leur trésor!"
Ce matin, les sacs semblent plus légers. Nous avons prévu de faire escale aux Trois Roches, à trois heures de marche, avant de remonter vers l’îlet de Marla dans l’après-midi. Cette fois, nous grimpons le premier col de notre randonnée en empruntant un sentier
accidenté après avoir traversé une ravine. Le soleil commence à taper fort malgré l’heure matinale et il faut déjà penser à se protéger. Nous marchons depuis plus d’une heure à un bon rythme quand nous nousfaisons dépasser par deux... coureurs! «Ils s’entraînent pour le Grand Raid», rassure Roby devant notre air désabusé. «Ce sont des cabris marrons» sourit-il en évoquant ces natifs des cirques qui participent chaque année à l’un des raids les plus mythiques de la planète: «La diagonale des fous». Et les rois du Grand Raid, adulés ici, nous venons d’en voir passer deux. Imaginez, enfin essayez d’imaginer: les meilleurs d’entre eux mettent moins de 22 heures pour parcourir les 150 kilomètres de traversée à travers les trois cirques aux dénivelés impressionnants. Oui, des fous. Et ils seront encore plus de 2500 cette année, hommes et femmes, à s’aligner au départ. Roby sait de quoi il parle. Alors basé à Saint-Pierre, au 2eme RPIMa (il a fait toute sa carrière dans les paras), il a participé à la course suite à un pari avec le commandant de sa garnison. «J’ai dû puiser au fond de moi-même pour terminer», finira-t-il par nous avouer.
Nous atteignons (à notre rythme...) le site des Trois Roches en longeant le lit presque asséché d’un torrent qui plonge sans prévenir dans une gorge flanquée de deux parois étroites. Une chute vertigineuse de 100mètres que rien n’indique. En m’approchant, un piquotement de trouille me remonte le lond de l’échine. Je ne veux pas imaginer m’égarer par ici la nuit... Nous déballons saucisson, jambon, camembert et baguette pour le pique-nique. Après une courte sieste, Roby décide de nous emmener voir un de ses amis de l’autre côté du torrent. Bernard Adras, entouré de ses nombreux chiens, vit là comme un ermite. Il produit du miel et fait pousser du géranium, de la canne à citronnelle, de la lantana (appellée aussi corbeille d’or) pour en faire de l’huile essentielle et des tisanes qu’il vend aux randonneurs.
Au fond de la case qui sert de cuisine, trône un alambic «monté à dos d’homme». Bernard nous explique, dans un mélange de français et de créole, «avoir eu besoin de retrouver ses racines» après avoir longtemps vécu dans les Bas. Avant de le quitter, il nous montre non sans fierté un longue tige rouillée qu’il a trouvée en déblayant le terrain pour cultiver ses plantes: une lampe à l’huile qu’on accrochait sur les bateaux, du temps, Bernard en est sûr, «où les pirates montaient dans les Hauts cacher leur trésor...».
Nous atteignons l’îlet de Marla en fin d’après-midi. Un air de Sega nous guide vers une épicerie derrière l’école. Quelques «endémiques», comme les appelle affectueusement Roby, sont attablés autour d’une bouteille de rhum. L’un d’entre eux semble passablement éméché. Il finit par partir après avoir salué une demi-douzaine de fois l’assistance. Ses amis nous apprendrons plus tard qu’il habite à seulement trois heures de marche d’ici, à Cilaos, de l’autre côté du col. Une balade de santé pour un Mafatais...
Le col en question, nous le franchissons le lendemain matin. Le dénivelé de 400 mètres ne tarde pas à se fait sentir dans les jambes. Plus nous montons et plus la vue sur Mafate est à couper le souffle (qui commence à nous manquer...). Le ciel d’un bleu foncé annonce le soleil qui ne devrait pas tarder à irradier le cirque majestueusement encerclé par le Grand Benare, le Maïdo et le Gros Morne, ce dernier culminant à plus de 3000 mètres. A la Réunion, tout le monde attend avec impatience la réponse de l’Unesco qui devrait, en 2009, classer le site (pitons, cirques et remparts) au Patrimoine mondial de l’Humanité. Un enjeu considérable pour la préservation de l’île et la gestion des ressources naturelles, mais aussi pour la montée en puissance du développement durable, l’un des crédos touristiques de l’île.
Le développement durable, Ian Winkless en est l’un des plus grands experts sur l’île. Basé depuis 18 ans sur l’îlet des Trois Salazes, en bas du col du Taïbit, dans le cirque de Cilaos, cet Irlandais expert en énergies renouvelables, marié à une Créole et père de six enfants (bientôt sept!), a créé un espace botanique dont lui seul peut vous en expliquer tous les secrets. Classé comme «espace naturel sensible», il y cultive de la canne citronnelle, des fleurs jaunes, du géranium rosa... pour en faire des tisanes que son association les Trois Salazes vend dans sa boutique à Cilaos. Les recettes des tisanes et des visites guidées servent à faire vivre la petite communauté et à développer de nouveaux projets, comme la reconstitution d’un ancien village créole. Nous partageons un copieux cari et un plat de pois du Cap (de gros haricots mijotés pendant des heures par sa femme) avec des ouvriers de l’ONF venus lui prêter main forte et deux jeunes en difficulté que la tribu a adoptés.
Notre randonnée touche à sa fin. Nous quittons à regret les sentiers aux mille senteurs pour rejoindre la petite bourgade de Cilaos, au cœur du cirque. Nous pensons déjà à la randonnée de demain, sur le mythique Piton de la Fournaise, au cœur du volcan, au cœur de la Réunion.
|
Gavroche
14/07/2010
Tourisme
Rando à La Réunion, la magie d'un volcan
Dépaysant. Oxygénant. Revigorant. Exaltant. Si vous n’avez jamais eu la chance de randonner à La Réunion, de marcher au milieu de paysages spectaculaires, de dormir dans un gîte au pied du légendaire Piton des Neiges, de traverser des cirques aux forêts humides et des plaines désertiques...
Rando...pratique !
Ici, vous êtes en France, pays de l’exception mais pas de l’improvisation... Voici quelques conseils utiles pour bien préparer votre séjour.
Comment s'y rendre?
Air Austal (sur des avions d’Air Madagascar) propose tous les mardis et samedis des vols directs au départ de Bangkok (arrivée le soir à Saint Denis). Retour les lundis et vendredis (arrivée le matin à Bangkok). A partir de 29100 bahts sans les taxes. www.air-austral.com Préparer votre rando Difficile de s’y retrouver tellement il existe d’organismes officiels aussi spécialisés que compétents. Les Français ont cette particularité de rendre les choses simples... très compliquées! Voici une liste non exhaustive à consulter: www.la-reunion-tourisme.com : le site officiel de l’île de la Réunion tourisme (IRT). www.réunion-nauture.com: bourréd’infos et de liens. Le portail incontournable. www.reunion-parcnational.fr: pour tout connaître sur le neuvième parc national qui a vu le jour en mars 2007. www.villagescreoles.re: réseau de 15 villages qui favorisent le développement responsable. Beaucoup d’infos sur la culture et le patrimoine de la Réunion. Guide de montagne. Diplômé d’Etat, Roby Soriano vous enchantera, autant par son esprit jovial que par ses connaissances poussées de la montagne et sa passion des volcans. Guide, hôtelier, explorateur («2000 lieux sous les laves, c’est lui!), vice-président de l’Association Tourisme Sud-Réunion (reunionsudtourisme@ gmail.com), Roby est tout simplement indispensable. Tél: 06 92 16 20 90. hotel.aloes@wanadoo.fr Où dormir ? Pour réserver un gîte de randonnée, notamment à Mafate, il est fortement recommandé de passer par la Maison de la Montagne et de la Mer (www.réunion-nature.com) ou en réservant sur le site des gîtes de France (www.gitesdefrance.re). Les gîtes de La Nouvelle (Le relais de Mafate) et celui de Marla (chez Sylvio Begue) sont bien tenus et proposent une cuisine créole copieuse. A Cilaos l’hôtel Les Aloès offre des chambres confortables avec TV. Accueil personnalisé par Dany la propriétaire des lieux qui prépare des petits déjeuners délicieux! (www.hotel-aloes.com). Toujours à Cilaos, Les Chenets, le seul hôtel 3 étoiles. Charme créole. Piscine. Très bonne table, spécialités françaises. Demandez à rencontrer le directeur de l’hôtel, Didier Maroc, qui vous donnera plein de bons conseils (www.leschenets.fr). A la plaine des Cafres, gros coup de coeur pour le Crypto Sign, un gîte rural perdu au milieu des pâturages sur le chemin de Notre Dame de la Paix. Trois chalets en bois, de 4 à 12 personnes.Balades à cheval. Vue imprenable sur l’Océan Indien et Saint Pierre (Tél 06 92 82 33 26). Les incontournables La Maison du Volcan à Bourg- Murat, La Plaine des Cafres. Une visite ludique pour mieux comprendre la volcanologie avant d’aller observer de près à quoi ressemblent les entrailles de la Terre! Un arrêt sur la route montant au Piton de la Fournaise. (www.maisonduvolcan.fr) Les Thermes de Cilaos. Elles font parties du patrimoine de l’île, comme les non moins fameuses lentilles de Cilaos! Les Blancs des Bas s’y rendaient autrefois en chaise à porteur. Route de Bras-Sec, Cilaos. Les insolites «20000 lieux sous les laves» Le nom résume à lui seul l’une des excursions les plus originales de toute l’île. Plongez dans les entrailles du Piton de la Fournaise. Vous marcherez, en rampant parfois, dans des tunnels de lave, sous l’oeil d’un guide à l’imagination sans limite qui vous fera découvrir des formes fantasmagoriques sculptées ans le magma refroidi. Le lieu est encore un secret. A ne manquer sous aucun prétexte. Contactez Roby Soriano hotel.aloes@wanadoo.fr tél 06 92 16 20 90. Quadbike (ou Quad VTT). C’est l’activité sportive la plus en vogue du moment! Version écolo des Quad), ces vélos à quatre roues (inventés par un Français) vous procurent de super sensations. Confortables et faciles à manier, ils permettent, au choix, des randonnées en famille ou des descentes sportives sur les pentes du Maïdo. Le fun à l’état pur et en toute sécurité. A découvrir! www.quadbikerunners.free.fr Canyoning. Les torrents qui dévalent des montagnes vers la mer ont creusé dans la roche volcanique des sillons accidentés de toute beauté. Ils attirent les adeptes de canyoning du monde entier. Daniel Ducrot, ancien gendarme de secours en montagne basé à Cilaos, connaît comme sa poche les plus spectaculaires canyons de l’île (Fleurs Jaunes, Bras rouges, Takamaka..). Il vous emmènera pour une journée inoubliable. Sa bonne humeur communicative est à la hauteur de son professionnalisme. www.canyoning-cilaos-reunion.com Le sentier des senteurs. Ian Winkless, tisaneur, expert en développement durable, vous fera visiter son extraordinaire jardin botanique sur l’îlet des 3 Salazes. www.3salazes.com Dates à retenir Novembre : Open international de parente à Saint-Leu. Décembre : marche sur le feu (la Possession, Saint-Denis). Mégavalanche : descente de VTT à Saint-Leu. Presse en ligne awww.clicanoo.com : le journal de l’île de La Réunion. Très pro.
|
|














