Marie Normand | Gavroche | 06/08/2009
Tourisme  

Un paradis nommé Apo

Quelques huttes nichées dans une crique, des plages quasiment vierges, un corail presque intact, une eau poissonneuse idéale pour les amateurs de plongée… c’est encore possible de trouver un tel tableau sur la petite île Apo, au cœur de la région des Visayas, aux Philippines.
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  • Apo est située à l’extrémité sud de l’île Negros, à 30 km de sa capitale, Dumaguete.
  • Ronel Entia, instructeur de plongée et natif de l’île, veut préserver les fonds marins pour les prochaines générations.
  • Le récif corallien d'Apo est le plus grand des Philippines. Un véritable paradis pour plongeurs !
  • Enfant jouant à l’entrée du village de pêcheurs.
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«Welcome to Italia ! Bienvenue en Italie!» Devant les sourires vaguement inquiets des touristes, le douanier du petit aéroport de Dumaguete, sur l’île de Negros, ajoute dans un grand éclat de rire: «C’est une blague! C’est ça aussi les Philippines!» Ici, c’est sûr, il va falloir se détendre. Les Philippins ne sont pas en reste question rigolade et leur bonne maîtrise de l’anglais favorise les échanges. Dans le petit bus local appelé jeepney - une sorte de tracteur à la mode Bollywood décoré d’une multitude de chapelets et d’imageries de la Vierge - qui chemine de Dumaguete au minuscule embarcadère de la plage de Malatapay, les discussions s’engagent facilement entre les locaux et les quelques touristes.

Un caillou
Sous un soleil de plomb, les voyageurs embarquent ensuite sur un des bateaux de pêcheurs, des catamarans traditionnels en bois, pour trente minutes de traversée magique aux confins de la mer de Chine, tout au nord de la mer de Sulu. Au loin, Apo se dessine: un caillou de 3 kilomètres de diamètre recouvert de végétation. Des cailloux comme celui-là, on en trouve des centaines aux Philippines, “le pays aux 7000 îles”. Sauf qu’Apo, encore relativement difficile d’accès et beaucoup moins connue que sa cousine Palawan - un autre célèbre spot de plongée philippin -, a conservé des airs de petit paradis. Au-delà de ses plages aux eaux cristallines, l’île donne accès à un véritable sanctuaire marin de près de 16,000 hectares ; c'est tout simplement la plus grande formation corallienne des Philippines et aussi la mieux préservée.

De pères en fils
Ronel Entia est né sur l’île dans une famille de pêcheurs et se passionne pour ces fonds marins depuis que son grand-père les lui a fait découvrir. Il note qu’Apo revient de loin. Les habitants de la région n’ont pas échappé à la mode qui a suivi la Seconde Guerre mondiale: la pêche à la dynamite, avec les munitions abandonnées aux Philippines. Une technique qui a peu a peu amenuisé les réserves en poissons de la région. C’est seulement en 1982, avec le concours de plusieurs familles de l’île, que le récif corallien d’Apo a été transformé en réserve marine, avec des zones de pêche clairement délimitées. «Peu à peu, les poissons sont revenus et le corail s’est reconstitué», explique Ronel. Mais sa protection est une lutte quotidienne: «Aucun panneau “Interdiction de pêcher” n’arrête les familles qui ont faim», nuance l’instructeur. Depuis 11 ans, il travaille comme moniteur de plongée dans l’un des deux clubs d’Apo. «Nous apprenons très tôt à nos enfants à protéger les fonds marins. Chacun est conscient qu’il faut se préparer à un afflux plus important de touristes dans les années à venir», précise-t-il.

Sanctuaire marin
Depuis le milieu des années 90, l’île Apo (littéralement «petit-fils»), est en effet devenue célèbre pour les amateurs de plongée, qui en parlent comme l’un des plus jolis spots de la région. Dès la première sortie en mer, le néophyte comprend: pas besoin de chercher bien loin pour s’en mettre plein les mirettes. Les plateaux de corail, intacts, peuvent atteindre cinq mètres de diamètre et recèlent des petites merveilles. Plus de 350 espèces de poissons sont recensés autour de l’île. Sous une anémone se cachent des Doris de William. Un peu plus loin, les plongeurs croisent un requin renard, des raies mobula et quelques barracudas. Soudain, un serpent tricot rayé ondule dangereusement près de ces intrus qui se sont aventurés sur son territoire. Surtout, ne pas bouger et planquer le lobe de ses oreilles. «La morsure de ce serpent de mer est venimeuse et c’est le seul endroit où il peut vous atteindre», indiquera plus tard l’instructeur. Plus loin, après avoir croisé une ou deux grandes tortues de mer qui viennent ici pondre leurs oeufs, une expérience magique attend les plongeurs. Bien accrochés à une corde pour ne pas se laisser emporter par un fort courant, ils se retrouvent encerclés par un banc de plusieurs centaines de Jackfish, dont les écailles réfléchissent la lumière comme autant de petits miroirs. Chaque plongée apporte son lot de poésie. Les huit cents habitants d’Apo sont bien déterminés à la conserver intacte, pour assurer le gagne-pain des futures générations.
Repères
Monnaie
En juillet 2009, 1 euro équivaut à 68 pesos. Attention : une taxe s’applique à l’entrée de la réserve marine (200 pesos pour des plongées en dehors de la réserve marine, 300 pesos pour y pénétrer).

Comment s’y rendre ?
Les vols quotidiens Manille-Dumaguete (Negros) sont très abordables (environ 60 euros l’aller-retour en réservant tôt). On recommande Cebu Airlines. Solution (beaucoup) plus longue et surtout plus incertaine : le ferry.
Depuis l’aéroport de Dumaguete, la solution la moins onéreuse consiste à négocier un taxi pour vous rendre à la station de bus et prendre un jeepney pour Malatapay. Il y en a toutes les heures. Plus cher, mais plus rapide: le taxi privé. Une fois à Malatapay, affrétez un bateau pour rejoindre Apo (1700 pesos l’aller retour).

Où dormir ?
Le choix n’est pas difficile: il n’existe que deux solutions d’hébergement. La première est la plus sympa.
Kan Upi Hotel (autrement appelé Apo Island Beach Resort).
Contact (portable local) : Ronel Entia (appelez-le « Kikin ») : 09059301085
Autour de 500 pesos le bungalow. Neuf charmantes paillottes en dur, nichées dans une crique. Attention, malgré des salles de bains, ces chambres ne disposent pas de l’eau courante. On vous fournira simplement un seau d’eau de mer et un d’eau douce. L’électricité est assurée par générateur de 18h à 22h: pas d’air conditionné. Un conseil, réservez! A la saison haute, de novembre à avril, les places sont chères dans ce petit coin de paradis.
Liberty’s Lodge
Contact : (063) 035 4240888 (ligne fixe) ou 09209124593 (portable). De 330 à 3000 pesos, selon le confort. Toujours sans eau courante.
Autre solution moins chère: dormir à Malatapay. Des excursions « plongée » sont proposées tous les jours à la saison sèche. Mais vous vous gâchez la moitié du plaisir!

Que faire sur place ?

Apo est le paradis du plongeur... et c’est tout. Pas de bar, de disco, ni de télé. La baignade se révèle assez décevante (beaucoup de rochers). On vous proposera des plongées aux alentours de 1300 pesos (25 $), comprenant bateau, instructeur et bouteilles. Pour 200 pesos supplémentaires par jour et par personne, vous pouvez louer une combinaison, des masques et des palmes (pas très neufs). Autre option: ne rien faire. L’île s’y prête très bien. Si vous tenez absolument à quitter votre combinaison de plongée ou votre serviette de plage, il est possible de visiter le phare de 36 mètres qui domine Apo et le petit village de pêcheurs.
Pour plus d’infos : www.apoisland.com
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