Toutes les chaînes de télévision retransmettent en direct les événements depuis la veille, tandis que le reporter de CNN, au milieu de la vague rouge, alimente les « breaking news ». Plusieurs groupes d’agitateurs chauffés à blanc, foulards rouges sur la bouche, viennent provoquer les policiers anti-émeutes, leur lançant toutes sortes de projectiles. Cette fois, le pire est à craindre…
Tout ce que le pays compte d’éditorialistes, de chroniqueurs, d’experts, de reporters aux allures d’automates sont sur le pied de guerre et pondent leurs analyses et autres commentaires longuement préparés, imaginés, rêvés même, depuis que dans les rédactions, on ne parle plus que de ça.
Du « Jugement Day », le jour où le le destin du pays a changé, ce jour que les médias servent à toutes les sauces depuis que les « rouges » ont annoncé qu’ils allaient mobiliser « un million de supporters » en soutien à leur leader maximo Thaksin. Le gouvernement par la voix de son jeune chef, en répétant les menaces de répression en cas de débordement, n’a eu cesse d‘alimenter cette grande paranoïa collective, signes d’un Etat faible qui, a la moindre annonce de manif, semble sous la menace d’une révolution ! Au point où de nombreuses chancelleries, plombées par leur
psychopathique principe de précaution, ont dû déconseiller de voyager en Thaïlande, au cas où...
Au cas où quoi ? Où les juges de la Cour Suprême confisquent la fortune de Thaksin ? Où des millions de supporters que compte le mouvement de l’ancien Premier ministre en exil convergent verts l’aéroport ? Où ce 26 février 2010 marque le jour où le royaume a basculé dans la période la plus sombre de son histoire ?
Jeudi 25 février 2010, 9h30. Ce soir, en attendant demain, le jour du Jugement, j’irai au ciné revoir Avatar…
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Gavroche
29/03/2010
Société
Avatar siamois
Bangkok, 26 février 2010. 16 heures. L’armée vient de boucler le quartier menant à l’esplanade Sanam Luang. Des chars, positionnés depuis le matin dans une rue jouxtant le Palais Royal, sont près à intervenir. Devant le Palais de justice, la tension est à son comble. Les forces de l’ordre ont du mal à contenir les centaines de milliers de chemises rouges qui protestent depuis que la Cour Suprême vient de geler la fortune du clan Shinawatra. Sur la plate-forme d’un camion, la sono crache les insultes des leaders du mouvement qui s’en prennent à Abhisit «l’imposteur» et au général Prem, le président du Conseil privé du Roi. Depuis que l’Etat d’urgence a été décrété dans Bangkok, le chef des Armées, le général Anupong, n’a fait aucune déclaration.
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