Le conflit, et la façon dont il a dégénéré, laisse pour le moins perplexe sur l’avenir politique du pays, dans les prochains mois, voire les prochaines années. Une chose est sûre : pour l’instant, il est sombre. Terriblement sombre. Le pays semble avoir perdu son sourire pour un long moment. Les divers attentats à la grenade qui endeuillent les manifestations politiques depuis le coup d’Etat de 2006, quelle que soit la couleur des maillots dans la rue, laissent présager le pire : « une lutte à mort pour le pouvoir » que se livrent, comme l’explique Richard Werly dans sa chronique Rebond, les « forces de l’ombre » (lire page 40).
En écartant Thaksin du jeu, mais aussi tous ceux qui lui avaient fait allégeance, dans son parti, au Parlement, dans l’armée ou dans la police, la junte militaire qui a fomenté le coup d’Etat a cru s’être débarrassé d’un homme qui menaçait de déstabiliser l’Ordre établi. Or il en est rien. Elle est aujourd’hui confrontée au même « ennemi », qui s’est servi de sa forte popularité parmi les classes défavorisées pour déclencher le mouvement populaire qui a mené au blocus actuel.
Mais n’est-ce pas justement sur ce terrain qu’il faut lire l’avenir ? Est-il possible que ces cinq années de lutte, de manifestations, aient, par la force des choses, éveillé la conscience d’une population jusqu’alors spectatrice de cette lutte de pouvoir réservée aux riches et aux tout-puissants ? Va-t-elle, cette population, briser la « démocratie-miroir » qu’on lui sert depuis trois décennies et qui lui renvoie une image tronquée, un leurre destiné à récupérer ses bulletins de vote lors des élections ? N’ont-ils pas gagné, les uns et les autres, pendant ces jours, ces semaines de lutte dans la rue, du temps vers une certaine forme de conscience politique qui, par contagion, s’est propagée dans tout le royaume ? Les Jaunes, les Rouges et aujourd’hui les « Sans couleur », ne symbolisent-ils pas, après tout, l’éclosion d’une Gauche, d’une Droite et d’un Centre avec leurs idéaux, leurs programmes et leurs ambitions ? Espérons, en tout cas, que toute cette violence, ces morts, ce sang versé puissent servir le peuple thaïlandais. Et seulement lui.
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Gavroche
06/05/2010
Société
Vers quel avenir ?
Quelle que soit l’issue du violent conflit qui oppose toujours, dans les rues de Bangkok, le gouvernement et les Rouges (au moment où nous mettons sous presse, le Premier ministre a refusé de se plier aux conditions des leaders de l’UDD), il aura provoqué, à tous points de vue, une onde de choc dont on devine encore mal les répercussions futures sur la société et ses institutions.
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