Après la condamnation de Pojaman à trois ans de prison, Thaksin a préféré filer à l’anglaise avec sa famille que de risquer, lui aussi, la prison. Le milliardaire dénonce une conspiration fomentée par «ses ennemis politiques» qui «veulent le détruire» et remet en question «l’impartialité de la justice» de son pays. Accusations qu’il n’avait jamais proférées auparavant.
Ce n’est sûrement pas le destin que Thaksin s’était imaginé en accédant au pouvoir en 2001. Lui qui a régné sans partage sur le pays pendant plus de cinq ans; lui qui a collectionné les succès économiques, dynamisé la croissance et les investissements, fait bondir la consommation interne; lui qui a renforcé la place du royaume sur l’échiquier régional; lui qui pensait pouvoir diriger le pays «pendant encore 20 ans»; lui qui voulait tout acheter, tout contrôler: les électeurs à coups de promesses populistes, ses ennemis politiques à coups de millions, l’armée, la justice... ; lui qui voyait dans la Constitution de 1997 - la «Constitution du peuple» - un rempart solide contre toute tentative de renversement; lui qui venait d’inventer la première dictature démocratique du royaume... Non, il ne pensait vraiment pas finir président en exil d’un club de foot anglais!
Son arrogance, son autoritarisme, son népotisme dans la gestion des affaires du pays, sa guerre - terrible - contre la drogue (trois mille morts), sa gestion ‘musclée’ du conflit dans le Sud musulman gênait, dérangeait). Un mouvement de protestation, le PAD (People Alliance for Democracy), accuse publiquement le Premier ministre d’utiliser sa position pour faire fructifier les intérêts de son clan. Corruption, abus de pouvoir..., les manifestations de rue d’une classe moyenne écœurée et déterminée serviront à légitimer le coup d’Etat militaire de septembre 2006. Thaksin, qui s’exile une première fois à Londres, contre-attaque. Il jouit toujours d’une forte popularité auprès des classes défavorisées - le gros des électeurs - à qui on vient de retirer le droit d’être représentées au Parlement.
Malgré tous les efforts des putschistes pour détruire les bases de Thaksin - nouvelle constitution, dissolution de son parti le Thai Rak Thai, inéligibilité de l’ensemble de son bureau exécutif pour cinq ans, création de commissions spéciales chargées de monter les dossiers d’accusation contre lui..., il reprend les commandes du pouvoir après le départ de l’armée, fin 2007, sous la forme du PPP (People Power Party) qui remporte haut la main les élections. A sa tête, Samak Sundaravej, qui ne cesse de crier haut et fort son allégeance au «Big Boss». Ce dernier tentera d’amender la constitution votée sous le régime militaire pour faciliter le retour de Thaksin et de ses lieutenants. Mais ce geste déclenche de nouvelles manifestations du PAD, plus radicales. Peu suivi, le mouvement contribue toutefois à faire reculer le gouvernement qui retire son projet. Thaksin revient quand même. Mais le premier verdict tombe: trois ans de prison pour sa femme Pojaman. Il a perdu.
Le siège du patron vacant, la bagarre va être sans pitié entre les différentes factions du PPP qui vont chercher à prendre le contrôle du parti. D’autant que celui-ci fait aussi l’objet d’une procédure de dissolution pour fraude électorale de l’un de ses principaux cadres, procédure qui a toutes les chances d’aboutir. Qu’importe! Un nouveau parti, le Pheu Thai, est déjà prêt à le remplacer...
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Gavroche magazine
08/09/2008
Société
Le goudron et les plumes
Son portrait et celui de sa femme ont été placardés dans tous les postes de police du royaume, tels de dangereux criminels de droit commun. Exilé à Londres, Thaksin a mordu la poussière. Humilié. Politiquement mort. L’ancien Premier ministre ne devrait pas s’en relever.
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