Le départ précipité de Samak et la levée de l’état d’urgence ont, pour le moment, calmé des esprits chauffés à blanc par trois semaines de conflit. Mais on voit mal le PAD prendre un virage à 180 degrés après avoir provoqué la chute de Samak et de Thaksin avant elle.
L’arrivée au pouvoir de Somchai Wongsawat - le beau-frère de ce dernier - ne devrait pas inciter les leaders du mouvement de contestation à relâcher leur pression sur un gouvernement toujours contrôlé par le PPP. Mais si leur action semble cimentée par une détermination à toute épreuve, leurs chances de parvenir à leur fin - chasser «Thaksin et sa clique» du pouvoir - sont compromises. L’armée, qui leur avait donné un coup de main heureux en provoquant le coup d’Etat de septembre 2006, et le Palais, sont restés à l’écart, même au plus fort de la crise, début septembre. C’est finalement la justice qui a eu raison des deux ex-Premiers en les poursuivant pour corruption et abus de pouvoir. L’un a fui, l’autre a perdu son poste pour une comique affaire d”émission de cuisine. Une justice dont l’impartialité est toutefois «discutable», comme le pense Panitan Wattanayagorn, professeur de Sciences Politiques à l’université Chulalongkorn.
Il est peu probable que le PAD accepte de négocier un compromis avec Somchai; son cabinet, comme le précédent, étant truffé de proches du milliardaire exilé. Bien au contraire, l’organisation pourrait reprendre son «combat final» au moindre faux-pas et il n’est pas exclu qu’elle ne tente pas de nouveau de bloquer des aéroports dans le Sud du pays, où le PAD compte le plus de sympathisants après Bangkok.
On est pourtant bien loin de la guerre civile! Mais les annulations de voyage «conséquentes» enregistrées le mois dernier tendent à montrer qu’un conflit - même sans danger pour les touristes - peut avoir un impact très négatif sur l’économie du secteur, du moment où il est couvert par les médias étrangers.
C’est ainsi. La perception d’un conflit - vu de l’intérieur - diffère ostensiblement du message reçu à dix mille kilomètres de là. Les images en boucle de touristes bloqués dans un aéroport suffisent à classer le pays «destination à risque». C’est le fameux principe de précaution cher aux ambassades.
Les journalistes rapportent des faits. L’instauration de l’état d’urgence à Bangkok en est un. Au même rang que la fermeture d’un aéroport bloqué par une manifestation. Mais la réception de l’image est souvent en décalage avec la perception de l’information. Les avions cloués au sol ont fortement perturbé les passagers, certes, mais leur sécurité n’a jamais été menacée. Et les fermetures ont été sporadiques. Que dire de l’état d’urgence à Bangkok qui n’a jamais été appliqué? Tel le zapping de l’horreur, les journaux télévisés donnent la nausée. Un cyclone succède à un tremblement de terre, une guerre civile à un coup d’Etat, un attentat à une embuscade... On retient les images et on change ses plans de voyage. Le bon côté de la médaille, car il y en a un, c’est que coup d’Etat ou pas, dictature ou pas, PAD ou pas, les touristes finissent toujours par revenir...
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Gavroche magazine
07/10/2008
Société
Une saison "foutue" ?
Le conflit politique qui fait rage est bien parti pour durer. De quoi donner des frissons aux hôteliers et à l’ensemble du secteur touristique. A quelques semaines du début de la haute saison, difficile d’affirmer en effet que le pays retrouvera sa quiétude habituelle, celle qui plait tant aux touristes.
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