"Oui ! Envahissez la Birmanie. Entrez-y avec votre bonne conscience et portez-là le front haut! Allez soutenir son peuple. Ecoutez-le parler, murmurer. il vous dira ce que vous voulez savoir, ce que vous voulez comprendre. Pas toujours avec des mots, mais souvent avec des regards, des sourires et une immense ferveur, silencieuse.
O voyageurs, allez jouer avec le diable. Ne le craignez pas. Il ne crèvera pas de faim sans vous, le diable. Il ne vit pas en Corée du Nord, le diable. Il n'a que faire de vos devises, le diable. Il est déjà repu, le diable!
Aung San Suu Kyi, l'ange de la liberté, s'est brûlée les ailes en prêchant l'auto-isolationnisme. Elle y a depuis renoncé, renvoyant chacun à sa bonne conscience. Comme il faut renoncer - et que ceux qui fustigent cette idée aillent au diable! - à l'isolationnisme économique, cette théorie qui prétend qu'en affamant un peuple, il se révoltera. Est-ce qu'un embargo a réussi à déloger Castro? Ou Saddam, avant la guerre? Non, que diable! Le diable ne dépend pas de l'Occident. Le diable est riche, le diable est fort, le diable a des amis, des grands frères qui le protègent, le nourrissent, l'arment. Le diable n'est pas seul en enfer!
Ne pas pactiser avec le diable, ne pas lui vendre d'armes, ne pas lui acheter son gaz, ni son bois, ni ses pierres précieuses, ne pas faire fructifier son argent est, pour l'Occident, un devoir. Les dirigeants chinois, russes, les militaires thaïlandais, les banquiers singapouriens... tout ce beau monde qui porte les droits de l'homme et les libertés fondamentales dans leur cœur, comme chacun sait, s'en frotte les mains! Mais risquer de bloquer l'aide humanitaire, si vitale, d'assécher les flux monétaires, d'aggraver l'inflation, la pénurie, la baisse du pouvoir d'achat, déjà si bas, de priver le petit peuple d'une ressource aussi précieuse que le tourisme, bref d'affamer les Birmans, leurs moines, pour les envoyer se faire massacrer dans la rue et torturer dans les prisons, est un crime. Non pas un crime contre l'humanité - ne nous trompons pas de camps - mais contre 50 millions de Birmans. Touristes-fantassins, inondez la Birmanie de vos devises, elles serviront peut-être à enrichir le diable, mais surtout à nourrir le peuple. "
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Gavroche magazine
01/11/2007
Société
Touristes, envahissez la Birmanie !
Faut-il, citoyens du monde, vous rendre en Birmanie? Manger, dormir, voyager, rêver dans un pays sous le joug d'une dictature féroce? Faut-il aller à la rencontre du diable ?
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