Annonce-t-elle la fin du système de «money politics» (argent = pouvoir) qui a connu son apogée sous l’ère Thaksin (2001-2006)? Ou fait-elle pressentir un rééquilibrage des forces, un retour à l’Ordre établi qui prévaut depuis 1950 et dans lequel chaque groupe d’intérêt évite de marcher sur les plates-bandes de l’autre?
La Justice, qui tient une place centrale dans le fondement d’une démocratie désintéressée, a-t-elle été in-fluencée? Ou, au contraire, le coup d’Etat de 2006 lui a-t-elle permis de se libérer de l’emprise de Thaksin?
Quel rôle a joué le mouvement populaire d’opposition PAD, à l’origine des graves troubles politiques qui divisent le pays depuis trois ans? A-t-il été manipulé? Protégé? Représente-t-il l’émer-gence spontanée, au-delà des clivages sociaux, d’une nouvelle force politique basée sur la compétence, l’intérêt général et la lutte contre la corruption? Comment ce mouvement compte-t-il trouver sa place dans cette redistribution - encore hypothétique - du pouvoir autrement que par le coup de force?
Les classes pauvres qui viennent de voir «mourir» leur mentor vont-elles continuer à soutenir le PPP ou reporteront-elles leur vote - comme le font croire certains sondages - sur le parti Démo-crate, fantomatique tout au long de la crise? Les Thaïlandais accepteront-ils, comme le demande le PAD, qu’on leur retire le droit de choisir leurs représentants au suffrage direct? Le PPP ne se repose-t-il pas sur une base électorale suffisamment solide pour remporter de nouvelles élections anticipées? Que ferait alors le PAD en cas de victoire?
Le PPP peut-il survivre à la chute de Thaksin? Acceptera-t-il de composer avec le PAD et l’op-position parlementaire pour former un gouvernement d’unité nationa-le, sous la pression des militaires? L’armée, qui a finalement joué un rôle essentiel dans le déclin de l’ère Thakin en déclenchant le coup d’Etat de septembre 2006, va-t-elle continuer à influencer le débat politique sans devoir intervenir?
Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans les mois et les années à venir. L’histoire de la démocratie en Thaïlande et, à travers elle, l’éclosion d’un modèle de démocratie en Asie du Sud-Est, est en train de s’écrire. Qu’elle survienne à une période cruciale dans la vie du royaume n’est peut-être pas le fruit du hasard.
Philippe Plénacoste
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Gavroche
07/11/2008
Société
Un tournant de l'histoire?
Deux ans fermes. La condamnation d’un ancien chef de gouvernement pour abus de pouvoir va-t-elle consolider la jeune démocratie thaïlandaise ou, au contraire, la faire voler en éclats?
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