Il est encore moins surprenant de voir avec quelle indolence ces dinosaures, une fois confortablement installés dans leur fauteuil de ministre, se fichent éperdument de l'opinion publique. Proposer à Wam Yoonbamrung et Chonsawat Asavahame des postes dans des ministères, il fallait oser. Ils l'ont fait! Condamnées à plusieurs reprises pour avoir provoqué des bagarres, les «terreurs des discothèques», comme étaient surnommés alors Wam et son frère Duang, ont été impliquées en 2001 dans le meurtre d'un policier dans un pub de la capitale. Le procès avait tenu en haleine tout le pays jusqu'à ce que la Cour prononce un non-lieu. Chonsawat, lui, risque trois ans de prison pour avoir agressé un policier lors d'un contrôle alcootest. En 1999, il avait déjà été condamné à une peine de prison pour fraude électorale. Le jugement en appel n'a pas encore été prononcé.
Mais ces deux charmants garçons n'appartiennent-ils pas après tout à la grande lignée des «fils de politiciens (très) influents»? Le père de Wam n'est autre que Chalerm, l'actuel ministre de l'Intérieur. Celui de Chonsawat, Vatana, est l'un des dirigeants du Puea Pandin, parti rallié au PPP. Intouchables? Chalerm, le plus emblématique des patriarches, a toujours volé au secours de ses fils sans craindre que leurs agissements ne nuisent à sa carrière politique. Aujourd'hui ministre de l'Intérieur, son fils Wan appelé à «diriger la campagne publique de lutte contre la consommation d'alcool et de cigarettes» au ministère de la Santé, l'honneur de la famille est rétabli. Chonsawat, lui, a fini par battre en retraite. Il a décliné l'invitation du… ministre de l'Intérieur à rejoindre son cabinet, le temps de «blanchir son nom», a-t-il expliqué.
Mais en politique, nul besoin d'avoir un fils pour se tailler une réputation. Samak, le Premier ministre, avec son franc-parler teinté d'arrogance et d'un brin de mépris qui n'est pas sans rappeler celui de son prédécesseur, après avoir déclaré sur CNN qu'«un seul» étudiant avait été tué lors des massacres de 1976 à l'université Thammasat, a envoyé balader ceux qui l'accusent de «détourner l'histoire». Les chiffres officiels font pourtant état d'«au moins 41 morts»… Un «détail» qui ne semble pas inquiéter cet ancien militant d'extrême droite, soupçonné d'avoir «incité à la violence» lors de l'un des événements les plus noirs de l'histoire récente du royaume. Le Premier ministre a réfuté en bloc ces dénonciations et a juré devant le Parlement de se faire «damner» s'il mentait.
Samak, politicien d'expérience, catapulté à la tête du gouvernement suite au 'départ' de Thaksin, poursuivi par la Commission nationale anti-corruption (NCCC) pour abus de pouvoir alors qu'il était gouverneur de Bangkok, est à l'image de cette vieille garde politique et de ses descendants: sûr de pouvoir toujours rebondir entre deux scandales.
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Gavroche magazine
01/03/2008
Société
Question de pedigree
Quoi de plus naturel pour les dinosaures de la politique que de parachuter femmes, enfants, beaux-frères, belles-mères… dans l'arène électorale? Et de plus utile pour conserver leur influence lorsqu'ils ont été bannis du jeu politique, comme les 111 cadres du feu parti Thai Rak Thai? Quoi de plus paternaliste que de 'placer' l'un de ses rejetons dans le ministère d'un collègue quand on est soi-même un ministre ou un cador du parti au pouvoir ? Les politiciens ne suivent-ils pas après tout une bonne vieille tradition, très répandue dans la police, l'armée et l'administration dans son ensemble, selon laquelle l'avancement s'obtient rarement au mérite?
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