Philippe Plénacoste | Gavroche magazine | 01/01/2008
Société  

Sauve qui pourra

Les plus grands pollueurs de la planète sont repartis de la conférence de Bali avec les mêmes certitudes: Il y a urgence à combattre le réchauffement climatique qui menace, de façon alarmante, l’humanité toute entière. Ils ont aussi gardé les mêmes divisions: ils ne s’entendent ni sur les objectifs, ni sur les moyens, les Etats-Unis faisant figure encore une fois de grand épouvantail.
Les négociateurs des 190 pays présents en Indonésie étaient venus chercher un accord sur la mise en place d’un nouveau traité d’ici à 2009, avec des objectifs précis de réduction des gaz à effet de serre après 2012, date à laquelle le protocole de Kyoto prendra fin. Ils ont accouché, aux forceps, d’une souris: une déclaration finale sans substance, sans avancée significative. Les Etats-Unis, l’Australie et le Japon ne veulent pas entendre parler d’objectifs chiffrés, quand l’Europe préconise une réduction de 25 à 40% des émissions par rapport à 1990, d’ici à 2020, pour les pays riches. Les pays émergents gros émetteurs, Chine, Inde, Indonésie, Brésil en tête, veulent, quant à eux, que leurs objectifs de réduction soient soutenus financièrement, en rapport avec leur niveau de développement.
C’était donc cela Bali : une déclaration à six milliards de Terriens que le destin de l’humanité est un enjeu géopolitique avant d’être un enjeu scientifique. Qu’il repose entre les mains d’une poignée de dirigeants qui s’affrontent pour défendre les intérêts de leur pays avant ceux de la Planète. Des pays qui ne sont pas prêts à se sacrifier pour les autres, sans que les autres ne se sacrifient pour eux. Rien d’anormal, ni de très choquant, si ces foutus gaz ne risquaient pas de nous étouffer!
Les rapports scientifiques sont pourtant tous unanimes, même si les chiffres diffèrent selon les études: la planète se réchauffe trop vite. Ce réchauffement, on le sait aujourd’hui, est inéluctable et va provoquer des catastrophes humanitaires sans précédent (manque d’eau potable, famine, sécheresse, inondations, épidémies, migrations...). L’Asie, qui abrite 60% de l’humanité, sera la plus touchée. Bangkok a toutes les chances de ressembler à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. Le Bangladesh et les Maldives vont être rayés de la carte. L’Antarctique ne sera bientôt plus qu’un vague souvenir dans les livres scolaires. La Camargue, une mer morte… Cette litanie de menaces, qui pourrait noircir plusieurs pages, ne sort pas du chapeau de Nostradamus ou d’un complot de la France pour vendre ses centrales nucléaires à l’étranger! Elle est le fruit d’études scientifiques reconnues, acceptées, et commandées par ces mêmes dirigeants qui n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’urgence à trouver, quelles que soient les divergences d’intérêt, la genèse d’une réponse juste, équilibrée, en rapport avec la menace! Tout le monde en est aujourd’hui convaincu: seules des mesures globales peuvent contrer une menace globale. Une menace de plus en plus précise, de plus en plus visible, et de plus en plus pressante.
Or si l’Homme a provoqué le réchauffement de la planète, il a aussi les moyens de le ralentir. N’ayons pas peur des mots. La lutte contre le réchauffement climatique est une lutte pour la survie de l’espèce humaine sur Terre. C’est en tout cas le plus grand défi de cette grande société des «Nations Unies», celle qui n’a jamais été capable de s’entendre pour éviter une guerre ou une famine, mais qui doit aujourd’hui remporter cette lutte à tout prix. Celle qui empêchera peut-être, dans 20, 50 ou 100 ans, de faire face à la plus terrible menace que l‘homme n’ait jamais connue: le manque d’eau!
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