A moins qu'il n'ait voulu dévoiler ce qu'aucun Etat n'ose plus regarder : le vrai visage d'un régime totalitaire qui emprisonne et torture des milliers de dissidents et qui réprime dans le sang toute velléité démocratique? Le visage d'une dictature qui se fout des droits de l'Homme? Alors il ne pouvait pas mieux s'y prendre. Muet depuis les événements à Lhassa, il lui serait malvenu de reprocher aux moines tibétains d'avoir “pris en otage” leurs Jeux Olympiques.
«Notre pays est occupé. Notre culture, notre religion sont sur le point de disparaître. Aidez-nous!». Le message de détresse envoyé par le peuple tibétain au monde entier a provoqué, comme il fallait s'y attendre, une riposte terrible: plus d'une centaine de morts probablement et des milliers jetés en prison. Comme leurs copains généraux birmans avant elles, les autorités chinoises, prises à défaut par la rapidité avec laquelle les images des émeutes se sont propagées, ont vite bouclé la région pour pouvoir mater la rébellion -
«JO ou pas, le Tibet est une province chinoise et le dalaï-lama un voyou.» Ceux qui ont osé critiquer cette position - les Français, Dieu merci!, en font partie - pourraient le regretter. S'immiscer dans les affaires intérieures de la Chine, même à reculons, c'est risquer de se voir fermer les portes d'un gigantesque eldorado en train de mettre l'économie mondiale à ses pieds. Les enjeux sont énormes. Trop peut-être pour des pays dans la croissance est à l'agonie. A moins que la Chine ait franchi la ligne rouge, comme le suggère Richard Werly dans sa chronique «Rebond» (page 37)?
Après le passage mouvementé de la flamme olympique à Paris et les manifestations qui ont suivi en Chine, orchestrées contre les intérêts français, Sarkozy va-t-il devoir présenter, au nom de l'amitié franco-chinoise, ses plus plates excuses au grand dragon? C'est à craindre. Les deux pointures - dont Raffarin - envoyées d'urgence par le Président français pour tenter de calmer la colère des Chinois, n'y ont pas été pour réitérer «une demande d'ouverture d'un dialogue avec le dalaï-lama». D'autant que L'Union européenne, divisée comme jamais, ne soutiendra pas la France d'une seule voix. La politique - et le sport - sont passés depuis bien longtemps au service des enjeux économiques. Or la Chine détient aujourd'hui la clé de la salle des coffres.
Après la leçon de Pékin, les Jeux Olympiques ne seront plus jamais comme avant. Les valeurs qu'ils véhiculent ne trouvent plus leur place dans la marche de ce monde. Ils auront pourtant contribué - et n'est-ce pas là l’essentiel?- à ce que la «flamme de la liberté» qui s'est allumée à Lhassa et qui parcourt aujourd'hui le monde - ironiquement sous bonne escorte chinoise - ne s'éteigne, elle, jamais.
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Gavroche magazine
01/05/2008
Société
La flamme de la liberté
En attribuant les Jeux à Pékin, en espérant que les valeurs universelles de tolérance et d'amitié entre les peuples véhiculées par l'esprit olympique allaient apporter, au mieux, un souffle de démocratie en Chine ou, au pire, être laissées en marge de la politique, le Comité International Olympique a fait preuve d'une dangereuse naïveté.
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