Que reprochent, cette fois, Sonthi et consorts au gouvernement? De n’être qu’un «gouvernement fantoche» dirigé par des «marionnettes» dont les ficelles sont tirées par Thaksin et ses lieutenants. Ils dénoncent notamment la tentative de Samak d’amender la nouvelle Constitution et de vouloir interférer dans le processus judiciaire engagé contre l’ancien Premier ministre dans des affaires de corruption. Autre raison assénée en catimini: la tentative d’affaiblissement des institutions.
De son côté, le PPP accuse le PAD de ne pas respecter le choix des Thaïlandais qui l’ont porté au pouvoir via un processus électoral légitime et démocratique, et de n’avoir qu’un objectif: faire tomber le gouvernement coûte que coûte, sans revendication précise, et par tous les moyens – fussent-ils en marge de la Constitution. Preuve de cet acharnement, explique Kuthep Saikrajiang, le porte-parole du PPP dans une interview accordée à Gavroche (page 36), les manifestations n’ont pas cessé après que le gouvernement a mis «en stand-by» le projet d’amendement de la Constitution, principale revendication du PAD.
Personne n’est dupe: le PAD veut profiter de la crise actuelle pour forcer le gouvernement à démissionner. Or lever le siège de la rue lui ferait perdre son arme principale, la seule peut-être capable d’abattre son «ennemi», celle qui avait permis de chasser Thaksin. Le général Chamlong, l’un des leaders du PAD, le sait mieux que quiconque. C’est lui qui avait mené en 1992 les protestations de rue qui avaient renversé la dictature militaire après que cette dernière eut donné l’ordre de tirer sur la foule. Aucun gouvernement n’a osé depuis utiliser le recours à la force pour déloger des manifestants, ni appeler à des contre-manifestations pro-gouvernementales, de peur de provoquer «une guerre civile» ; le mot est fort mais symbolise bien la rupture entre la classe moyenne urbaine, représentée par le PAD, et les classes pauvres, sous contrôle du PPP et des ses alliés.
Le bras de fer risque donc de durer, d’autant que le commandant en chef des Armées, le général Anupong Paochinda, a affirmé soutenir le gouvernement et a répété que les militaires n’interviendraient plus dans les affaires politiques du pays. Si ce genre de promesse n’a jamais été tenue par le passé, l’armée ne devrait plus se risquer à un nouveau coup d’Etat. Sa gestion désastreuse des affaires du pays pendant sa dictature et son échec pour écarter Thaksin et sa clique ont peut-être marqué la pose de la pierre qui manquait au fondement d’une démocratie solide en Thaïlande.
|
Gavroche magazine
03/07/2008
Société
De guerre lasse
La crise politique qui ébranle une fois de plus les institutions du pays arrive au plus mauvais moment. Alors que le gouvernement a besoin de stabilité pour faire face à une situation sociale explosive provoquée par la flambée des prix, Le PAD (People’s Alliance for Democracy), profitant des mouvements de protestation des syndicats ouvriers, intensifie son action dans la rue. Son objectif: se payer la tête du Premier ministre Samak Sundaravej. Un bras de fer intense qui a bien failli tourner, au moment où nous mettons sous presse, en faveur du PAD. Mais Samak, au sortir d’une réunion tendue avec les chefs de l’armée et de la police, s’est résigné à lever l’impression-nant cordon de sécurité dressé autour de la Maison du gouvernement, assiégée par des milliers manifestants. C’est sur ce même théâtre d’opération que les leaders du mouvement civil de protestation avaient installé leurs troupes avant le coup d’Etat de septembre 2006.
|
|












