Philippe Plénacoste | Gavroche | 14/01/2010
Société  

Comme un symbole

Un accord non contraignant : voilà ce dont a accouché le sommet sur le climat de Copenhague. Autant dire d'une souris alors qu'on espérait un mammouth. Le différend fondamental, lui, entre les pays riches et les pays pauvres est resté au même point, à défaut de s'être creusé.
Ces derniers repartent sans engagement irréversible des premiers à payer leur protection contre le réchauffement, même si des progrès ont été faits dans ce sens, sous la pression de l'Europe notamment.

Quant aux pays en voie de développement, la Chine et l'Inde en tête, ils n'ont jamais eu l'intention de signer un engagement politique global les obligeant à rendre des comptes. Ils ont, au contraire, formé un quartet de gros pollueurs avec l'Afrique du Sud et les États-Unis, méprisant les pays pauvres et la plupart des autres pays en développement, pour se fendre d'une déclaration d'engagement à lutter contre les gaz à effet de serre. "Une fuite en avant", a estimé Oxfam France Agir-ici.

"Un fiasco", a asséné le porte-parole des verts, Djamila Sonzogni, qui fustige une Europe "désunie" devant la puissance des trois monstres. L'objectif de maintenir l'augmentation des températures sous la barre des 2 degrés centigrades reste de plus en plus hypothétique car aucun accord équitable n'est envisageable aujourd'hui, pas plus que demain, tant la divergence entre les blocs est insondable.

"La justice a rendu une décision historique en ordonnant la suspension de leur activité de production "

La planète et l'humanité sont menacées, croit-on, sans que cet enjeu, le plus grand peut-être de l'Histoire, puisse dépasser les intérêts et les responsabilités de nos dirigeants. L'Asean, petit bloc parmi les petits, n'a pas eu son mot à dire. "[Le problème] du changement de climat sera résolu si, dans chaque pays, les gens prennent la mesure de la gravité du défi, et qu'il requiert des remèdes d'urgence", a déclaré Abhisit Vejjajiva, en marge du sommet.

Encore faut-il que la conscience collective sur le réchauffement climatique soit une priorité absolue. Et que le sacrifice de l'environnement (et des populations) sur l'autel du développement et de la croissance soit reconsidéré. Ce n'est pas ce qu'Abhisit, de retour de Copenhague, a transmis comme message aux Thaïlandais.

L'énergie que son gouvernement dépense pour aider les usines pollueuses de Ma Ta Put à sauver leurs investissements - la justice a rendu une décision historique en ordonnant la suspension de leur activité de production -, est le symbole de ce grand dilemme des pays en développement : peuvent-ils réduire l'impact de leur pollution industrielle sur l'environnement et protéger leurs populations, au risque de freiner leur croissance ? La Chine a dit non. La sentence a résonné comme une seule voix parmi les 192 autres délégations.

Lire également Rebond : "Le bras d'honneur de Pékin".
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