Philippe Plénacoste | Gavroche | 08/02/2010
Société  

Clair-obscur

À la question : Que va-t-il se passer en 2010 en Thaïlande sur la scène politique ? Bien futé celui qui pourrait aujourd’hui prédire ce qui arrivera demain, ou n’arrivera pas. Je fais partie de ces observateurs optimistes qui pensaient, avant le coup d’État de septembre 2006, que les militaires, à défaut de perdre le contrôle de la politique locale, resteraient dans leurs casernes. Manqué !
Je fais encore partie de ces optimistes qui pensent que le pays va continuer, en 2010, sur le chemin de la stabilité politique aperçue en 2009, aussi fragile soit-elle, mais suffisante pour que le royaume amorce sa sortie de crise.

Certes, cette idée peut faire grincer quelques dents, tellement les signes annonciateurs prédisent l’inverse. Les « rouges » menacent, vitupèrent, s’organisent et continuent de chercher comment renvoyer Abhisit à ses études.

Mais ce que l'on redoute par dessus tout, de nouvelles manifestations violentes et leur impact calamiteux sur l’activité économique, n’arrivera pas. Probablement pas. Les pro-Thaksin, contrairement aux « jaunes », n’ont pas remporté l’été dernier, au moment où ils auraient pu y croire, la victoire de la rue, malgré leurs faits d’armes à Pattaya lorsqu'ils ont réussi à faire annuler le sommet de l'Asean.

Faits d’armes qui ont d’ailleurs précipité leur débâcle à Bangkok, quand l’armée est intervenue là où elle s’était retenue lors de la prise de l’aéroport par les supporters du PAD. Plus prudente que par le passé, cette intervention « en douceur » n’a pas déclenché une révolte populaire antimilitaire. Fait marquant. Ceci expliquant cela, les chances qu’ont les « rouges » de provoquer des élections en 2010 − leur but avoué − sont ailleurs.

L’épouvantail brandi par les leaders de l’opposition de mobiliser « un million de personnes » si la fortune de Thaksin est saisie par la justice le mois prochain sert avant tout à garder leur puissante base électorale mobilisée et toujours très sensible au sort réservé à l’ancien Premier ministre.

Les "rouges" contrairement aux "jaunes", n'ont pas remporté la victoire de la rue.

Pour cela, ils tenteront de déstabiliser la coalition au pouvoir. Une coalition aux pieds d’argile, faite d’alliances d’intérêts, qui a tenu le choc en 2009, contrairement au sort qu’on lui prédisait.

Abhisit et les Démocrates y ont contribué, en acceptant de nombreux compromis avec leurs ennemis d’hier. L’enjeu, en 2010, se trouve bien là. Les Démocrates vont-ils pouvoir brandir la carotte et le bâton sans provoquer de crise de gouvernance aux conséquences fâcheuses ?

Personne n’y a pour le moment intérêt, même si l’amendement de la Constitution, porté par les petits partis politiques, est le premier vrai test pour des Démocrates très divisés sur la question mais qui ont fini par s'y opposer.

Quant aux « rouges », ils continueront leur travail de sape, avec Thaksin à la baguette, qui fait trembler, à lui seul, les institutions. Sans pour autant les faire vaciller.

Lire aussi : Rebond : "2010, l'année de tous les tourments", par Richard Werly
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