Le projet « Primitive » ré-imagine une région de Thaïlande nommée Nabua, dans le Nakhon Phanom, une ville où les souvenirs et les idéologies ont disparu, suite aux conflits idéologiques et politiques qui s’y sont déroulés pendant la Guerre Froide.
« Des années 60 au début des années 80, Nabua fut une base de l’armée thaïlandaise qui menait des opérations contre les insurgés communistes de la région, explique le cinéaste. A priori, il n’y a aucune relation entre Boonmee (ndlr : personnage fictif qui se souvient de ses vies antérieures) et ce lieu, si ce n’est que ce village est hanté d’innombrables souvenirs refoulés. J’ai donc décidé d’y travailler, de filmer ses paysages et d’enquêter sur son histoire. »
L’armée a infligé de nombreuses violences et mauvais traitements aux habitants de Nabua pour obtenir d’eux des informations. Accusés d’être communistes (un mot dont la plupart d’entre eux ignorait le sens), ils se sont réfugiés dans la jungle. Après la guerre, le pouvoir public a minimisé les crimes commis et oubliés les morts. « Pour la jeune génération thaïlandaise, Nabua ne signifie plus rien », explique Apichatpong Weerasethakul.
Le cinéaste fait un lien entre ces événements et les troubles que connaît actuellement son pays à cause de la politique désastreuse menée par le gouvernement de Thaksin et sa famille. « Diverses institutions, autrefois impliquées à Nabua, jouent un rôle de premier plan dans le chaos qui règne aujourd’hui. Comme avant, l’opinion publique oscille entre espoir et crainte. Le projet Primitive ré-imagine ce petit village ; je filme les adolescents, descendants des fermiers, dans leur vie quotidienne. À travers de micro scénarios, j’essaie de réactiver leur mémoire, de redonner vie à leurs souvenirs. »
Primitive
The Jim Thompson Art Center
Kasemsan soi 2, Rama 1 Road, Patumwan, Bangkok
Jusqu’au 29 fev 2012
Contact : 02 612 6741, 02 219 2911 ou 084.709.3440













