Olivia Corre | Gavroche | 15/03/2011
Culture  

L'homme à la boîte secrète

Programmée au menu du festival « La Fête », l’exposition du surprenant photographe Landry Dunand, dont les clichés sont réalisés à l’aide d’une camera Obscura, l’ancêtre des appareils actuels. Rencontre avec un artiste décalé qui joue de la boîte secrète.

  • Photo 1 (voir légende)
  • Photo 2 (voir légende)
  • Un chaokidor (gardien en afghan)
  • L'appareil à sténopé
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Prenez une boîte totalement hermétique à la lumière. Percez-y un trou. Ajoutez une simple lentille et du papier photo. Allez ensuite chercher un jeune graphiste français bourré d’idées. Posez-le durant deux ans à Kaboul derrière la boîte et vous obtiendrez ces photos. Les escrimeurs parlent de leur botte secrète quand ils exécutent un ancien coup à l’aide d’une nouvelle technique pour surprendre l’adversaire. Landry Dunand, lui, fait de même avec sa boîte secrète. Techniquement, il n’a rien inventé. Une caisse, un trou : pas de quoi casser trois pattes à un canard. Oui mais. L’animal a des chevaux sous le capot. L’amour de la rencontre, d’abord. Une dose suffisante de sensibilité, ensuite, pour figer avec âme un regard, une attitude, ou un état passager. Sur ses clichés, une foule d’émotions capturées dans l’instant, pour un autre regard posé sur Kaboul. Pas question de faire pleurer dans les chaumières. Sur ces photos, vous ne verrez ni soldats, ni bâtiments décrépis suite à des bombardements répétés. Non. Les maux de la désespérance et de la guerre ne l’intéressent pas. Son truc à lui, ce sont les effluves de vie. Toutes ces petites étincelles de bons moments qui signent la renaissance d’un peuple maintes fois meurtri, mais ne s’avouant pourtant jamais vaincu.

Instantanés
Un petit clown par ci, un vendeur de rue par là. Du regard fier d’un cavalier de buzkhashi au savoir faire des petites mains du pays, une foule de petits riens qui font pourtant toute l’essence de la ville. Des portraits, il en a fait des tonnes, mais il lui a fallu se torturer pour en sélectionner 25 dans le but d’être exposés à Bangkok. Pas facile de faire un choix lorsqu’on a eu une relation particulière avec chacun de ses modèles. A chaque visage son histoire de prise de vue et de complicité humaine. Car prendre une photo avec sa boîte à trou n’a pas grand chose à voir avec les modes de photographie actuels. Un simple clic ne suffit pas. « Chaque photo demande en moyenne vingt minutes. Dix pour parler et rassurer, puis dix autres pour faire la mise au point et prendre la photo. J’aime la relation particulière que ce laps de temps crée avec mon interlocuteur », avoue Landry. Sa photographie est réfléchie, pensée et élaborée. A des années lumière du numérique prêt à consommer. « Ce genre d’appareil permet de revenir à la source. On comprend ainsi vraiment comment tout ça fonctionne. » Après avoir pris le cliché, il faut aussi savoir se muer en petit chimiste façon castor junior. Un savant mélange chimique plus tard, les clichés apparaissent enfin. « Encore faut-il que les composant ne soient pas périmés. On a souvent des surprises lors du développement, bonnes ou moins bonnes », explique l’expert. Malgré ces difficultés, sa boîte ne cesse de l’amuser, et le jeune photographe continue chaque jour de découvrir tout le champ des possibles de cet outil si simple et si complexe à la fois.

Symbole culturel
Au regard de la qualité de ses clichés et de l’émotion qu’ils dégagent, on pourrait penser que Landry a fait ça toute sa vie. Pourtant, non. Quand il pose la première fois les pieds en Afghanistan en 2006, c’est pour y faire la promotion de l’armée au sein d’une agence de communication gouvernementale. Mais le jeune homme ne trouve pas vraiment son compte dans cette mission militariste et cherche alors d’autres sources d’intérêt pour rendre l’expérience un peu moins barbante. Il constate alors que la majorité des photos institutionnelles sont réalisées avec cette fameuse boîte, à défaut d’électricité dans le pays. Intrigué par l’objet et l’histoire qui va avec, il en achète une, juste comme ça, simplement pour s’amuser. « Aujourd’hui, tout ça a disparu, constate Landry. Kaboul s’est développé et les caméras Obscura ont aujourd’hui été recyclées en boîte à biscuits ». C’est l’une des raisons pour lesquelles il a décidé de réaliser cette exposition, « pour laisser une trace de ce que fut la photo là-bas mais surtout de toute une époque aujourd’hui révolue ». Lorsqu’il est retourné en Afghanistan en juin dernier, plus une boîte similaire à la sienne n’était disponible sur le marché. « J’ai dû faire des pieds et des mains pour en trouver une autre, dit-il. Même les produits de développement avaient disparu des étals, alors qu’avant c’était un produit de consommation courante, trouvable dans chaque petit magasin. » Balayé d’un coup d’un seul par la fée électricité, l’objet symbole de toute une culture se voit offrir, grâce à Landry Dunand, une seconde vie thaïlandaise. Le photographe a également pour projet de réaliser une autre série dédiée, cette fois-ci, aux visages du royaume.


OLIVIA CORRE


Du 15 au 29 mars, de 10h à 18h.
RMA Institute, Soi Sainamthip 2, Sukhumvit 22. BTS Promphong


Légende (voir photos ci-desous)
Photo 1 :
 Un cavalier de buzkhasi, sport similaire au polo, très populaire en Afghanistan. Le principe est simple : deux équipes de dix cavaliers chacune, et, au milieu, une carcasse de vachette ou de chèvre qu'il faut être le premier à attraper avant de lui faire franchir la ligne de marque.

Photo 2 :
Les petits artistes en herbe du Mobile Mini Circus for Children, une ONG fondée en 2002, dont l'objectif est de promouvoir l'éducation dans le pays, par le biais des arts du spectacle. L'association encadre jusqu'à 300 enfants, selon les saisons, et a déjà permis à certains d'entre eux de voyager via l'organisation de tournées à l'étranger.

L’APPAREIL À STENOPÉ
C’est l’ancêtre de l’appareil photographique. Il s’agit d’un dispositif optique très simple qui permet d'obtenir une série de photos en quelques minutes, sans utiliser d'électricité. Dérivé de la camera obscura (chambre noire), il se présente sous la forme d’une boîte. Sa construction est extrêmement simple. Il suffit d’une boîte suffisamment bien fermée pour être étanche à la lumière. Son intérieur doit être recouvert d’une substance noire et mate pour éviter toute réflexion optique des rayons lumineux. L’une des faces est percée d’un petit trou fait à l’aide d’une aiguille à coudre. Sur la surface opposée au trou vient se former l'image inversée de la réalité extérieure, que l'on peut capturer sur un support photosensible. Pour faire simple, on peut dire que le sténopé fonctionne de la même façon que l'œil, puisqu’il capture des images inversées du visible. Du fait de l’étroitesse de l’orifice permettant à la lumière de pénétrer à l’intérieur de la boîte, ainsi que de l'absence de focalisation, le temps nécessaire pour fixer l’image sur le papier photosensible est très long. Selon la taille de l’appareil, il peut se chiffrer en secondes ou en heures. Le trou du sténopé étant minuscule, il permet une grande latitude d’exposition et offre une profondeur de champ presque infinie. Bien que cela ne soit pas formellement établi, il est possible que la première photographie au monde, réalisée par Joseph Nicéphore Niepce en 1826, ait été prise à l’aide d’un sténopé.
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