Ne vous attendez pas à pousser la porte d'une froide et clinquante galerie comme il y en a tant à Sukhumvit. La façade affiche d'ailleurs immédiatement la couleur. Une fois la porte de cette bicoque rouge sur les quais du Chao Praya poussée, on trouve un atelier où l'on peaufine les dernières pièces pensées par Jean-Jacques Argueyrolles. Valérie, elle, a préféré installer ses quartiers au bien plus silencieux premier étage, au coeur des oeuvres exposées. Ici, tout n'est que béton brut et humilité. « Nous ne voulions pas d'un lieu sans vie ni âme. Notre but n'est pas non plus de philosopher pompeusement sur nos oeuvres. Nous aimons juste ce que l'on fait et souhaitons le montrer, c'est tout », explique-t-elle. Autant dire que, dans le très élitiste milieu de l'art, le discours dénote.
Ces deux ovnis de la sculpture voient aussi rouge lorsqu'ils entendent dire que sans passage obligé par la case école d'art, talent il n'y a pas. Autodidacte, lui a abandonné la photographie au profit de la sculpture en 1994. Dix petites années de travail plus tard, il avait déjà atteint le statut d'artiste de renommée mondiale grâce, notamment, à une ligne de mobilier design en bronze sculpté aux allures aussi minimalistes que baroques. « Il a une énergie incroyable et rien ne l'effraie. Dès qu'il a une nouvelle idée, peu lui importe de savoir si elle sera difficile à réaliser, il fonce », commente sa femme. Décorateur de l’hôtel Alpha et du célèbre restaurant 1728 à Paris un jour, sculpteur de pièces monumentales le lendemain, créateur de fontaines le jeudi suivant : Jean-Jacques Argueyrolles jongle avec le bronze comme d’autre avec les langues. Ses mots à lui sont nourris par ses expériences de vie un peu partout sur le globe. « J’ai toujours aimé voyager et la vie en France à plein temps a commencé à me lasser, raconte-t-il. J’avais besoin d’autre chose. Nous avons donc décidé de partir, d'abord pour l'Inde, avant de poser nos valises à Bangkok. » « C'est à ce momentlà que j'ai découvert la sculpture, par hasard, au détour d'un cours donné par Patricia Lasquier. Je suis à mon tour tombée dedans », poursuit modestement Valérie en riant. Avant de jouer les Obélix en tombant dans la marmitte de bronze, la future artiste passait sont temps sur les tapis pour enseigner l'art du yoga. Impossible pourtant d'imaginer, au regard de ses personnages de bronze, qu’elle a goûté si récemment à la potion.
Déjà auteur d’une série de sculptures monumentales et de fontaines en granit réalisées à Pondichéry en 2007, Jean-Jacques, lui, ambitionne désormais d'imposer l'« Argueyrolles touch » en Asie du Sud-est et en Chine. « L'ouverture de cette galerie est pour nous le moyen de poser une première pierre afin de créer une dynamique et encourager les synergies », dit-il. « Ce lieu, nous en rêvions depuis 2008, mais nous avons préféré prendre le temps de construire notre projet, de poser des bases solides pour développer les activités artistiques. Car notre but est aussi d'encourager, à terme, les artistes locaux », ajoute Valérie.
En bref, quatre mains pour une partition jouée sur le ton de l'échange constant. à chaque jour son lot d'étonnements, de nouveaux visages et de découvertes de matériaux venant nourrir leur travail. « Cela nous permet d'essayer des choses, de rester dans un mouvement d'innovation perpétuelle », explique-t-elle. Deux artistes à visage humain qui posent un regard ancré dans le présent et ouvert sur le monde, un peu à l'image de ce que faisait avant eux le peintre sculpteur espagnol Antoni Tàpies, dont ils admirent tous deux le travail. Sublimer leur environnement immédiat, voilà le seul leitmotiv de ce couple sans faux discours ni masturbation mentale sur le pourquoi du comment de leurs envies créatives. Une vraie bouffée d'air pur !
Beside Gallery, Rama III soï 56, building 95/118 argueyrolles.com
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Gavroche
01/02/2012
Culture
BANGKOK Sculpteurs de l'instantLe sculpteur designer Jean-Jacques Argueyrolles et son épouse Valérie ont choisi Bangkok pour ouvrir leur dernière galerie. Installés depuis 2008 dans le pays, ils ont souhaité faire passer leur message artistique en s'implantant en Asie pour enclencher une nouvelle dynamique de création. Rencontre avec deux électons libres de l'art version ferraille, au talent atypique et décalé !
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