Trois ans. C’est la peine que devra purger Harry Nicolaides, incarcéré depuis le 31 août dernier à Bangkok. Cet Australien de 36 ans est accusé d’avoir diffamé un membre de la faille royale, dans un passage de Verisimilitude, une nouvelle autopubliée en 2005 à… sept exemplaires. L’auteur, qui enseignait dans une université thaïlandaise, avait pourtant pris soin avant la sortie du livre d’envoyer une copie pour relecture à la Librairie Nationale, au Ministère des affaires étrangères et au Bureau des Affaires royales. Mais il n’a reçu aucune réponse.
Nicolaides a été interpellé sans savoir qu’il était sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré en mars 2008. L’écrivain, qui a plaidé coupable à son procès pour bénéficier d’une déduction de peine (trois ans de prison au lieu de six), est dans un état de détresse «très inquiétant», selon des témoins qui ont pu lui rendre visite avant son procès. Son avocat a déposé une demande de grâce royale au Palais et espère le même dénouement que dans l’affaire Oliver Jufer, un retraité suisse condamné à 10 ans de prison début 2007 pour avoir tagué des portraits du roi. Il a été gracié quelques semaines plus tard.
Un autre étranger, Jonathan Head, correspondant de la BBC à Bangkok, est lui aussi menacé après avoir fait l’objet de trois plaintes successives pour crime de lèse-majesté, déposées en 2008 par un même lieutenant-colonel de police de Bangkok, célèbre pour avoir fait tomber pour les mêmes raisons un vice-Premier ministre pro-Thaksin.
L’une des accusations se réfère à un article publié sur le site de la BBC dans lequel la photo du roi n’a pas été placée en haut de page, comme le veut la coutume, mais au milieu... La dernière en date concerne un reportage couvrant la fermeture de l’aéroport et publié sur le même site le 3 décembre dernier. La loi sur le crime de lèse-majesté, destinée à protéger la famille royale thaïlandaise contre toute diffamation, insulte ou attaque qui représenterait une menace pour la monarchie, est l’une des plus sévères au monde mais aussi une arme politique redoutable...
Dès leur arrivée au pouvoir le mois dernier, les Démocrates ont mis le paquet en bloquant des centaines de sites Internet jugés critiques envers la monarchie. Des poursuites judicaires ont été engagées contre leurs auteurs tandis que les arrestations et plaintes pour crime de lèse-majesté s’intensifient.
Sulak Sivaraksa, 76 ans, vient d’être arrêté récemment à Chiang Mai suite à une plainte déposée en septembre dernier. Le critique social a déjà été poursuivi 14 fois pour le même crime, mais n’a jamais été condamné. Giles Ji Ungpakorn, professeur à la faculté des Sciences politiques de Chulalongkorn, s’est vu signifier par la police son inculpation pour crime de lèse-majesté suite à la publication, en 2007, de «A Coup for the Rich», une critique virulente du coup d’Etat militaire qui a chassé Thaksin en septembre 2006.
Après la condamnation d’Harry Nicolaides, Reporters Sans Frontières, qui défend la liberté de la presse dans le monde, évoque «une atteinte grave à la liberté d’expression» et craint une «politisation dangereuse du délit de lèse-majesté». Giles Ungpakorn a quant à lui lancé une pétition qui circule sur le Net. Elle vise à «s’opposer à l’utilisation du crime de lèse-majesté pour empêcher la liberté d’expression» et demande à ce que «le gouvernement cesse toute poursuite judiciaire».
Malto C.
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Gavroche magazine
17/02/2009
Société
Lèse-majesté : l’arme fatale
Toutes les semaines, Malto C. commente un événement du royaume. Toujours d'actualité, c'est ici que vous retrouverez les informations qui ne font pas les gros titres mais qui valent le détour...
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