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Société

GAVROCHE THAïLANDE Raymond Vergé 01/08/2007

Koh Chang: l'Eden à l'Est

Lentement mais sûrement, cette grande île située au large de Trat, près du Cambodge, à seulement 335 kilomètres de Bangkok, devient une destination privilégiée par les visiteurs en quête de nouveaux horizons.
"Il y a encore une dizaine d'années, Koh Chang n'attirait que des routards coltinant leur sac à dos sur des chemins de terre menant à des bungalows rustiques, sans eau ni électricité, au bord de plages aussi désertes qu'à l'aube de l'Humanité. En 1997, seuls quelques “clubs” luxueux recevaient des touristes dignes de ce nom dans leurs campus aménagés pour le farniente.
Aujourd'hui, la tendance s'est inversée. Le “baba cool” est toujours le bienvenu mais, pour jouer les Robinson, il lui faut descendre toujours plus au sud de l'île, ou s'isoler sur un des nombreux îlots satellites - une bonne cinquantaine - qui constituent l'archipel et font partie du Parc National Maritime de Koh Chang, officialisé en 1982.
Ce regain d'intérêt pour Koh Chang est facile à comprendre quand on se rend sur place. L'enchantement commence sur le ferry: à Laem Ngop (17 km au sud de Trat), on quitte le continent pour passer dans une autre réalité, moins figée, plus mystérieuse. Sous la brise, l'île encore insondable s'approche en verdoyant. Après une traversée d'une demi-heure, on accoste, au nord-est, sur un morceau de terra incognita où la nature s'exhibe avec une virulence qui semble incoercible. Débarquement au pied d'une falaise, sans aménagements urbains. Les pick-up prennent en charge les voyageurs qui n'ont pas leur propre véhicule, médusés par ce premier contact.
La plupart des arrivants se rendent de l'autre côté, sur les plages radieuses de l'Ouest, par une petite bande d'asphalte qui, ayant dû s'adapter aux fantaisies très diverses des collines, a souvent l'allure d'une route de montagne... russe, dans un tunnel de chlorophylle. Les montées, et donc les descentes, sont parfois vertigineuses, d'autant plus que l'on ressent simultanément l'oppression d'une végétation fort envahissante. Les services municipaux sont d'ailleurs régulièrement en train de repousser les attaques des tentacules végétales. Des deux côtés de la chaussée défile un mur continu de verdure, avec ici et là quelques percées qui laissent apercevoir la grande bleue, tout en bas. Et puis, après avoir survolé la canopée et sillonné le relief, on atterrit sur du plat, en rejoignant le littoral ouest: la civilisation!
A Koh Chang, il y a plusieurs types de balises qui rassurent tout de suite l'homo citadinus provisoirement “ex-îlé”: tout d'abord, l'enseigne familière d'un 7-Eleven - en moins de 5 ans, il y en a déjà sept entre Hat Sai Khao (White Sands Beach) au nord, et Kai Bae Beach, 15 km plus bas. La plupart des grandes banques ont leur succursale et leurs ATM dans les villages du bord de mer: jusqu'ici tout va bien. Côté médical, aucun souci non plus, on y trouve les meilleures antennes médicales et les pharmacies abondent. Il est désormais possible d'utiliser son téléphone portable sur tous chemins, en tous lieux. Les cafés-Internet sont maintenant partout, et à 1 baht la minute de connection. On peut, pour s'y rendre, louer toutes sortes de motocyclettes ou de véhicules à quatre roues, ou simplement utiliser les taxis collectifs. Question ravitaillement, il y a bien sûr quelques stations-service modernes mais on trouve encore au bord de la route de simples bidons de 200 litres surmontés d'un cylindre gradué. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait le bon mélange. Enfin, un symptôme qui ne trompe pas et qui est en quelque sorte un gage de rentabilité commerciale: après le tsunami de décembre 2004, plusieurs tailleurs et restaurateurs indiens de Phuket se sont installés sur la côte Est du golfe du Siam, proposant des costards Smalto et du poulet au curry, comme de bien entendu.
Autre signe éloquent: plus de la moitié des vacanciers sont des Thaïlandais (de Bangkok, pour beaucoup) qui viennent en famille passer quelques jours à l'occasion de longs week-ends ou de congés scolaires. Les visiteurs étrangers de Koh Chang sont plutôt jeunes (pas mal de Russes et de Scandinaves) et y séjournent une semaine en moyenne, selon les statistiques hôtelières. Il y a relativement peu de séniors. La configuration de l'île et ses infrastructures pour l'instant insuffisantes supposent une certaine capacité d’adaptation. Au contraire de Hua Hin, Pattaya, Phuket ou Koh Samui, Koh Chang n'offre pas encore de facilités pour les retraités occidentaux.
Quelques Français actifs sont venus s'établir et font figure de pionniers, à commencer par Frédéric de Nice, plus connu sous le sobriquet “Kai Bae Fredo”, du nom de son restaurant au bord du petit gave de Kai Bae Beach. Désormais enraciné, avec deux enfants nés sur l'île, il représente une mine de renseignements pour les profanes. «J'ai découvert Koh Chang en 1999. Ce fut l'envoûtement, un coup de foudre qui me décida à tout plaquer en France et à m'installer ici. A Kai Bae Beach, j'ai trouvé un bout de terrain à louer avec une petite baraque: quatre murs en planches. Al'époque, c'était le Far-East: il n'y avait ni route, ni ponts, tout au plus un chemin de terre et des passages à gué pour les ruisseaux. Les rares pick-up disponibles allaient jusqu'à Kai Bae, et encore, c'était toute une expédition. En ce temps-là, on s'éclairait à la bougie, il y avait très peu de générateurs, encore moins de banques ou de supérettes! Le premier hôpital, celui de Salak Phet, était en construction. A Lonely Beach, il n'y avait vraiment personne et le village de Bang Bao, tout au sud, n'avait pas encore vu la couleur du ciment. Pour passer d'une plage à l'autre, on louait les bateaux de pêcheurs...» , raconte, un brin nostalgique, le Niçois.
Tout a vraiment commencé en 2001-2002 avec le boom de White Sands Beach. Le lancement des travaux de la route a fait venir des nouveaux immigrants, décidés à faire fortune. Certains sont vite repartis, déçus, car des acteurs importants sont entrés en scène en modifiant les enjeux financiers. En effet, quelque temps après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre Thaksin Shinawatra a déclaré vouloir faire de Koh Chang la nouvelle «perle» du Golfe du Siam (après Phuket). Ce qui a eu pour effet de voir le prix des terrains rapidement multiplié par trois. Conséquence néanmoins positive de cette manoeuvre: les autorités ont procédé à un «nettoyage » en règle de tous les resorts et autres commerces qui empiétaient illégalement sur le domaine du Parc National maritime, délimité par des bornes blanches et bleues, protégeant ainsi l'île du danger d'un urbanisme sauvage et incontrôlé. Aujourd'hui, tout en respectant ces investisseurs sont en train de faire du très luxueux.
Il ne faut pas oublier non plus que, bientôt, les Chinois aussi auront leurs congés payés, et ils ne sont qu'à trois heures d'avion de Trat (capitale de la province)...
Fred, de Marseille, a ouvert son “A-Lee-Bar-Bar” il y a un an et demi, à quelques dizaines de mètres en face de chez Fredo. Il est plutôt content de son sort et a même un projet de guest-house. «Il vaut mieux se diversifier ici car les autorités ne veulent pas d'un Pattaya-bis. Les go-go sont interdits et les bars très réglementés. De toute façon, l'île attire beaucoup plus de couples étrangers et de familles en vacances que de célibataires en goguette». Derrière chez Fredo, Nicolas et Bruno ont fait construire une douzaine de chambres-bungalows (le Saint-Tropez). Ils sont aussi sereins: «Cela fait deux ans à peine et nous pensons avoir bientôt un retour sur investissement. Ce n'était pas évident car pour ce qui est des matériaux de construction, comme le bois et le sable, il faut tout importer du continent et c'est donc forcément plus cher. La législation est très stricte ici: il est interdit de toucher à la forêt et aux plages, parc national oblige! En outre, pour faire ses courses, il n'y a pas grand-chose à Trat non plus et nous devons nous rendre au Lotus ou au Makro de Chanthaburi, à 65 kilomètres du port de Laem Ngop...»
Toujours à Kai Bae Beach (un territoire francophone, décidément), Eric et Wilfrid tiennent le Mango Guest-House. Ils apportent un petit bémol: «Koh Chang est en passe de devenir un lieu de villégiature idéal pour petits et grands, mais, on compte malheureusement en moyenne un mort par jour dans des accidents de moto. La plupart sont des Occidentaux inexpérimentés, car les Thaïlandais, eux, pratiquent la mobylette avant de savoir marcher. Et il y a pas mal de noyés aussi parmi les baigneurs, il faut se méfier des courants traîtres qui emportent les imprudents...»
A quelques kilomètres plus au sud, Lonely Beach (Hat Tha Nam) reste le rendez-vous des amoureux de la nature. Nicolas et sa femme thaïlandaise y louent des bungalows (P&Nico Guest-House), proposant des pizzas et de la gastronomie franco-thaïe. Tout en défournant une Margarita, il s'explique: «J'étais cuisinier dans les croisières de luxe. Je suis passé ici en vacances il y a 5 ans. Il n'y avait rien, c'était la jungle, il fallait avancer au coupecoupe. Pourtant, l'idée de m'installer dans ce coin sauvage a fait son chemin. Je suis revenu plusieurs fois. Et puis j'ai rencontré ma femme. Nous avons inauguré l'établissement il y a moins de deux ans. Maintenant, devant chez nous, il y a des boutiques, des petits hôtels et des bars-restaurants sur plus de 500 mètres. Mais la plage est à un jet de pierre et notre qualité de vie est toujours intacte. Heureusement aussi, il y a de plus en plus de solidarité entre Français à Koh Chang, plus qu'au début en tout cas...»
En quelques années, il s'est ouvert sur la côte ouest de l'île un nombre important d'écoles de plongée, rien d'étonnant quand on voit les eaux cristallines, la beauté de la faune et la richesse des fonds sous-marins. Michel, encore un Français, fut l'un des premiers à créer son centre Eco-Divers, affilié TDA (Thailand Diving Association) et CMAS (Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques), non loin de la plage de Khlong Phrao. «Notre démarche est de proposer aux amateurs de plongée une alternative à Phuket et nous sommes en train de faire des convertis», se réjouit-il.
Pour finir la tournée des popotes francophones, il faut remonter vers le nord, entre Khlong Phrao et White Sands (Hat Sai Khao), non loin du Laem (Cap) Chai-Ya-Chet, afin d'y rencontrer Stéphane Brisard, un Français de La Rochelle, qui gère avec sa femme Jane, depuis trois ans, le Jane Chalet Resort, un ensemble d'un vingtaine de pavillons en bord de mer. Malgré ses activités de musicien - il chante, joue du piano et de la guitare - Stéphane ne se contente pas de la routine et mise sur l'avenir de Koh Chang: «Nous projetons avec des partenaires thaïlandais la construction d'un petit immeuble de seize appartements de luxe et de deux villas de grand standing. Il y a pour l'instant pénurie d'appartements sur l'île, et nous pensons lancer une dynamique de la copropriété. La seule contrainte est que les bâtiments ne doivent pas dépasser quatre niveaux (trois étages), la taille d'un palmier royal, mais tant mieux pour l'esthétique du littoral.» Car les autorités veillent à la protection de l'environnement et le résultat est là: malgré sa transformation, Koh Chang conserve une véritable authenticité. Seul l'avenir dira si cette politique de «développement durable» sera... durablement appliquée."
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