Malto C | Gavroche | 08/10/2008
Politique  

THAILANDE Conflit politique: Le mauvais jeu du chat et de la souris

Bangkok, 8/10/08, 16h30: Après l’intervention des forces de l’ordre suite au verrouillage du Parlement, mardi matin, par les partisans du PAD, et la rupture des négociations , le pays s’enfonce un peu plus dans la crise.
Retranchés autour du siège du gouvernement, les leaders des manifestations semblent toujours autant déterminés à faire tomber le PPP, le parti au pouvoir.

Les affrontements d’hier entre la police anti-émeute et les partisans pro-PAD (People Alliance for Democracy) ont fait «au moins un mort», et plus de 400 blessés dans la capitale thaïlandaise (lire aussi www.lepetitjournal.com).
Du côté des forces de l’ordre, plusieurs policiers ont été blessés par balle et à l’arme blanche (lire aussi www.nationmultimedia.com). L’armée n’est intervenue à aucun moment, mais a positionné des troupes anti-émeutes (sans armes) devant certains points stratégiques (ministères, administrations royales) à proximité de la zone de conflit située dans le quartier historique de Bangkok. Les affrontements sont restés confinés toute la journée et jusque tard dans la soirée autour du Parlement, à environ deux cents mètres du siège du gouvernement, occupé depuis bientôt six semaines par les partisans pro-PAD. Aucune autre manifestation ou incident n’ont eu lieu dans le reste du pays où tout fonctionne normalement.

Après s’être échappé, hier, en sautant par-dessus une grille du Parlement bloqué par les partisans anti-gouvernementaux, Somchai Wongsawat, le Premier ministre thaïlandais, a dû prendre la poudre d’escampette ce matin, alors que des manifestants se dirigeaient vers le ministère des Affaires étrangères où il était venu briefer un parterre de diplomates étrangers sur les événements de lundi et mardi. Le Premier ministre, qui a pris son poste il y a quelques jours, n’a pas encore clairement indiqué – ou n’en a pas eu le temps - de quelle façon il comptait «appliquer et faire respecter la loi». Contrairement à son prédécesseur, il n’a pas décrété l’état d’urgence et n’a pas, non plus, l’intention de démissionner.

Cette nouvelle «rupture» de dialogue intervient suite à l’arrestation par la police de deux leaders du PAD alors que des discussions étaient en cours pour trouver une sortie au conflit. Ces arrestations et l’assaut du Parlement qui a suivi ont provoqué la démission immédiate du général Chavalit Yongjaiyuth de son poste de vice-Premier ministre. Politicien d’envergure, respecté par tous les milieux politiques, il avait été chargé de diriger les discussions avec les dirigeants du PAD. Mais après avoir été «court-circuité» suite à l’arrestation des deux leaders, il a préféré jeter l’éponge.

Hier, des milliers de partisans pro-PAD, certains fraîchement débarqués de province, étaient venus gonfler les rangs du mouvement suite à l’arrestation de Chamlong Srimuang, dimanche, alors qu’il sortait d’un bureau de vote. Elle suit l’arrestation vendredi dernier d’un autre dirigeant, Chaiwat Sinsuwong.

Lundi matin, après que le PAD a rompu tout dialogue avec le gouvernement, des milliers de manifestants ont bloqué les députés de la majorité à l’intérieur du Parlement où ils étaient réunis pour écouter le discours d’ouverture du Premier ministre. Les députés de l’opposition, quant à eux, avaient boycotté la séance.

Ce n’est qu’après la folle escapade du Premier ministre par-dessus les grilles du jardin, que la police est intervenue pour libérer les députés. Se servant de puissantes bombes lacrymogènes, les forces de l’ordre ont fait fuir les manifestants surpris par cette réaction rapide et les moyens utilisés pour les chasser. La foule s’est alors regroupée dans les rues adjacentes au Parlement où les affrontements ont duré toute la journée et une partie de la soirée.

Alors que la police a continué - jusqu’à environ 23 heures - d’arroser de gaz lacrymogènes les 1000 à 2000 irréductibles qui tentaient de bloquer des accès proche de la statue de Rama V, le reste des manifestants s’est retranché dans la Maison du gouvernement et aux alentours, où des discours enflammés ont tenu la foule en éveil une bonne partie de la nuit. Des écrans géants ont passé en boucle les images difficilement soutenables de jambe, pied, ou main déchiquetés par des explosions de bombes. Des images filmées par la chaîne câblée indépendante ASTV TOC (elle appartient à Sondhi Limthongkul, le riche leader du PAD) qui n’ont pas été diffusées par les chaînes nationales et sur lesquelles on peut voir un policier non casqué sortir des rangs pour jeter ce qui ressemble à une grenade. Une arme qui, selon le PAD, serait la cause des graves blessures infligées aux manifestants qui ont eu les membres arrachés. Information qui aurait été confirmée par les chirurgiens des hôpitaux où sont soignés les blessés. «Une bombe lacrymogène ne peut infliger de telles blessures», a déclaré l’un d’entre eux à la presse. Malgré la présence de nombreuses femmes et même d’enfants, la tension dans les rangs des supporters du PAD n’a jamais été aussi palpable qu’hier soir, où chaque apparition sur les écrans d’un responsable de la police où du gouvernement a provoqué de vives réactions de colère et insultes, inhabituelles en Thaïlande.

La situation dans l’ensemble du pays reste toutefois normale et n’affecte pas les touristes, ni Bangkok, en dehors du périmètre autour du quartier historique. A quelques centaines de mètres du Parlement, sur l’esplanade Sanam Luang, en face du Palais royal, les préparatifs pour la cérémonie de crémation de la défunte princesse Galyani, sœur aînée du roi, continuent, sans être perturbés.

Si certains observateurs ont estimé que le PAD a provoqué les affrontements en «planifiant l’arrestation du charismatique Chamlong», cette arrestation a en tout cas été perçue comme un affront pour les sympathisants du mouvement qui veulent chasser du pouvoir le PPP (Power People Party) proche de Thaksin Shinawatra, aujourd’hui réfugié à Londres.

Les événements tragiques de ce «mardi noir» enfoncent un peu plus le royaume dans la pire crise politique qu’il ait connue depuis les événements de 1992, lorsque le général Suchinda Kraprayoon avait été chassé du pouvoir suite à une révolte populaire emmenée par le même Chamlong aujourd’hui en prison !

La fin du conflit ne semble pas à l’ordre du jour. Le jeu du chat et de la souris entre le gouvernement et les leaders du PAD risque de s’amplifier. Si le gouvernement a justifié l’intervention des forces de l’ordre, hier, afin de «libérer» le premier Ministre et les députés de la majorité, la décision encore peu probable de chasser par la force les manifestants de la Maison du gouvernement, le fort Knox du PAD, pourrait provoquer des violences encore plus graves que ce que l’on a pu constater hier. Une situation instable pour le Premier ministre en plein baptême du feu, qui ne devrait pas recevoir - du moins si le PAD en reste là – le soutien de l’armée. Une intervention du Roi, qui avait permis la fin du conflit en 1992, n’a jamais été évoquée.

De plus en plus déterminés, les stratèges du PAD ont peut-être trouvé hier ce qui leur manquait : une légitimité de plus grande envergure. Les leaders du mouvement le savent mieux que quiconque : la répression de manifestations populaires par la violence a toujours fait tomber les gouvernements et les dictatures.

Malto C. (à Bangkok)
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