Richard Werly | Gavroche magazine | 05/11/2008
Société  

SURIN PITSUWAN, L'AUTRE LEADER DEMOCRATE

Le secrétaire général de l’Asean a gagné en crédibilité sur la scène internationale grâce à sa médiation après le passage du cyclone Nargis en Birmanie. Sa stature pourrait faire de lui un recours possible à la tête d’un gouvernement thaïlandais de renouveau. Par exemple, après de nouvelles élections générales.
Semaine d’automne ensoleillée à Bruxelles, fin septembre. Descendu de sa limousine prétée par l’ambassadeur de Thaïlande auprès de l’UE, Surin Pitsuwan se dirige vers nous d’un pas décidé. Depuis deux jours, le secrétaire général de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) est l’invité des institutions européennes qui - preuve d’un manque d’égard mal placé - ont appelé les diplomates asiatiques à la rescousse pour le véhiculer entre la Commission, le Conseil des ministres et l’Europarlement.
Intéressante personnalité que Surin. L’ancien ministre des affaires Etrangères thaïlandais et ténor du parti Démocrate est l’un des rares politiciens siamois à voir, à l’étranger, sa crédibilité s’étoffer depuis sa prise de fonction, début 2008, à la tête de l’organisation régionale du sud-est asiatique. A Genève, l’ancien vice-Premier ministre Supachai Panitchpakdi n’a pas autant profité de son long mandat à la tête de la Cnuced, la commission des Nations Unies pour le commerce et le développement. S’il demeure un recours possible pour un gouvernement thaïlandais de transition, personne ne le perçoit aujourd’hui comme l’homme capable de dénouer l’écheveau de la crise.
Le cas de Surin Pitsuwan est différent. Son profil, tout d’abord, demeure atypique. Enfant de Nakhon Si Thammarat et donc pur produit du sud thaïlandais cher au conseiller royal Prem Tinsulanonda (lui-même originaire de Songkhla), le secrétaire général de l’Asean, est un musulman ouvert, éduqué aux Etats-Unis, parfaitement anglophone et relativement multiculturel. Mieux: l’organisation qu’il dirige est en forme. Sans le crier sur les toits, l’Asean - dont nous avions souligné les limites en terme d’intégration régionale dans cette colonne - a réussi à ouvrir la porte de la Birmanie à environ 500 travailleurs humanitaires étrangers après le passage dévastateur du cyclone Nargis au mois de mai dernier. Même les experts d’Echo, le service humanitaire de la Commission Européenne, le reconnaissent: bien que tardive, l’intervention de l’Asean a permis de répondre au défi posé par la catastrophe. J’y reviendrai dans cette chronique le mois prochain avec plus de détails. Mais l’on peut dire, sans prendre de risques, que Surin Pitsuwan a gagné, face à la junte birmane, ses galons d’intermédiaire entre le huis clos du Myanmar et le reste du monde.
Comment donc ne pas se poser la question de son avenir politique en Thaïlande? Voilà une personnalité encore jeune, à la stature internationale prometteuse et à la réputation d’indépendance potentiellement fort utile pour les différents épicentres du pouvoir Thaïlandais: le sommet de la monarchie bien sûr, mais aussi l’armée, la haute administration, le parlement, les cercles académiques et les milieux d’affaires. Mieux: voilà un homme bien équipé, du fait de son origine sociale, de ses compétences et de ses réseaux, pour incarner une vraie relève à la tête du parti démocrate thaïlandais dont le leader actuel, Abhisit Vejajiva, apparaît incapable de desserrer l’étreinte conjointe des militaires et des manifestants du PAD. Voilà en somme un leader politique relégué pour l’heure aux marges d’un pays qui en manque cruellement.
Je lui ai posé cette question à Bruxelles. Et la réponse, évidemment, n’est pas venue. L’homme est trop fin politique pour se livrer en pleine convulsion politique thaïlandaise. Mais au fil de mes entretiens avec des diplomates thaïlandais et asiatiques basés en Europe, quelques débuts de réponse ont émergé, révélateurs des graves problèmes que traversent le pays. Je les cite sans les commenter. Pour alimenter le débat auquel cette page mensuelle veut aussi contribuer.
Premier élément: Surin est perçu comme trop «sudiste» pour forger autour de lui un consensus national, d’autant que la crise politique engendrée par les années «Thaksin» a aggravé les fractures régionales. Le parti démocrate lui-même, pourtant traditionnellement leader dans le sud du pays, est traversé par ces divisions. Lesquelles expliquent largement le maintien d’Abhisit à sa tête.
Second point: Surin n’a pas le soutien de la bureaucratie, de l’armée et de la haute administration qui, en lien direct avec l’entourage du roi, cherchent à reprendre le pays en mains. Les mandarins du pouvoir thaïlandais voient toujours en lui un parlementaire manipulable comme les autres. Autant, par conséquent, le «satelliser» dans des fonctions internationales.
Troisième argument: la violence dans laquelle reste enlisée l’extrême-sud musulman du pays est pour lui un boulet. Malgré plusieurs tentatives de médiation, Surin n’a pas réussi à s’imposer comme l’homme capable de trouver le point d’équilibre entre les communautés. La radicalisation des deux camps, au fur et à mesure des violences, est devenue un obstacle insurmontable.
Dernier point enfin: l’homme a perdu confiance dans le système politique et institutionnel thaïlandais actuel. Il sait qu’un retour prématuré, dans un pays où la crise prolongée est aussi le résultat des interrogations croissantes sur la succession du souverain, risquerait de le broyer. Seules de nouvelles élections générales, acceptées par tous, pourraient le convaincre de relancer sa carrière politique nationale.
Toutes ces raisons, en filigrane, se lisent comme un constat préoccupant de la dégradation du dialogue politique et de la solidité démocratique en Thaïlande. Plus que jamais, pour Surin Pitsuwan comme pour beaucoup d’autres, l’héritage des années Thaksin n’en finit pas d’être empoisonné.

Richard Werly
Correspondant pour les affaires européennes du Temps (Genève). Ancien correspondant à Bangkok et Tokyo.
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
(0)
Soyez le premier à nous faire part de votre réaction !
ABONNEMENT
bons plans de la semaine

Nous sélectionnons pour vous les meilleures offres et promotions du moment

Tous nos BONS PLANS

Newsletter

Chaque vendredi,
retrouvez les spectacles,
concerts, films, evenements
du week-end
a ne pas manquer.


Dans la même rubrique
38 divisé par deux = j’sais pas !
Plurilinguisme (partie 3) L’impact du facteur socio affectif
Mettre des mots sur les maux
Trois questions à Gilles Cretallaz
Une radio spéciale bambinos
Prévisions aujourd'hui

Click for Bangkok, Thaïlande Forecast

Vie Pratique
nos bonnes adresses
guide de l'expat
guide du voyageur
Programme Tele TV5
upmost-lemonaco
ani-s
decathlon-131211
samitivej
dfdl
facebook
guide-ecotourisme