Par Richard Werly, correspondant pour les affaires européennes du Temps (Genève). Ancien correspondant à Bangkok et Tokyo.
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Les Européens le savent trop bien: cumulée avec la volonté de changement politique du peuple américain illustrée par l’affluence électorale lors du scrutin présidentiel de novembre dernier, le charisme de Barack Obama est un atout-maitre pour la politique extérieure des Etats-Unis.
Désormais aux commandes de la première puissance mondiale, l’ex sénateur de l’Illinois, plus métissé que n’importe lequel des politiciens de son pays du fait de ses origines raciales et de son parcours (enfance en Indonésie, études à Hawaii…) est, au moins en théorie, l’exact opposé du texan George Bush qui ne savait même pas, avant d’être élu en 2000, le nom du premier ministre Indien de l’époque. Un vent d’ouverture va incontestablement souffler ces prochains mois sur la Maison-Blanche et la nouvelle administration américaine.
L’Asie du Sud-est, sous influence économique et militaire américaine, est donc concernée au premier chef. Barack Obama, d’ailleurs, a plusieurs fois promis d’effectuer l’un de ses premiers voyages officiels en Indonésie, pour retrouver les traces de son enfance passée à Djakarta aux côtés de sa mère anthropologue. Un tel geste, s’il se confirme, prendrait à coup sur l’allure d’une tournée régionale pour laquelle les candidats aux premières escales présidentielles ne manqueront pas. La Chine, le Japon et la Corée du sud - deux pays où les Etats-Unis entretiennent d’importantes bases militaires - arrivent évidemment en tête de liste. Mais d’ici là, Bangkok s’imposera sur la carte de la nouvelle vision stratégique américaine avec le sommet de l’Asean prévu fin février. Même si, compte tenu des doutes qui flottent encore sur la réunion et son format, la présence de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton demeure incertaine.
Le plus important, toutefois, ne réside peut-être pas dans les couloirs diplomatiques, mais dans la perception asiatique de cette nouvelle Amérique en gestation. A l’heure où partout, les démocrates de la région subissent les après-coups d’élections contestées (Thaïlande), de mauvaise gouvernance (Malaisie), de séparatismes toujours meurtriers (Thailande, Philippines) ou de scandales de corruption à répétition (Taïwan, Corée du sud…), le changement intervenu à Washington offre un message d’espoir politique d’un genre nouveau.
L’utilisation massive, par l’équipe de la campagne Obama, de l’internet pour convaincre les électeurs et obtenir leur soutien, est un premier exemple de ces nouvelles pratiques. Le recours abondant à l’image en est une autre. Le soin apporté par ce dernier à la constitution d’une « dream team », une équipe gouvernementale de rève composée des meilleurs au-delà des clivages du parti démocrate est aussi prometteur. La solidité des institutions américaines d’une part, et l’ingéniosité politique du nouveau président d’autre part, montrent la ressource du système démocratique dans lequel beaucoup d’Asiatiques ont, au vu des convulsions actuelles, perdu confiance.
L’autre changement apporté en Asie du Sud-est par l’entrée en fonction de la nouvelle administration américaine est la nécessité pour celle-ci de retisser des liens, au-delà de la seule solidarité militaire. George W. Bush, pour faire bref, estimait que ses alliés asiatiques le suivraient faute de choix. La guerre contre la terreur décrétée en Afghanistan était après tout aussi la leur: surtout dans des pays tels que l’Indonésie, la Thaïlande ou les Philippines, aux prises avec l’intégrisme islamique et ses ramifications terroristes. Tandis que le Japon et la Corée du sud, prisonniers de l’épouvantail nord-coréen, n’ont de toute façon pas d’autre alternative que de coller au plus près à Washington pour dissuader Pyongyang de poursuivre sa surenchère nucléaire…
Barack Obama, lui, a d’autres cartes en main. A commencer par l’atout économique. Vue la crise actuelle, illustrée par la plongée vertigineuse des commandes occidentales en Chine et la baisse consécutive des tarifs de fret maritime entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis, toute initiative pour relancer la croissance américaine sera bien accueillie en Extrême-Orient. La nouvelle administration, en somme, est condamnée à jouer dans la région le rôle de sauveur de millions d’emplois et d’industries, même si les dirigeants japonais ou chinois vouent en privé aux gémonies les banquiers américains qui ont englouti leurs placements dans leurs montages scabreux. Par définition, l’Asie n’a pas d’autre choix aujourd’hui que d’afficher un front commun, au moins à moyen terme, avec son plus gros client dont l’économie est plus flexible et réactive que celle de l’Union Européenne.
Le corollaire est que Washington, affairé à tirer les leçons du krach, va devoir écouter. Et consulter. A une administration Bush convaincue de son bon droit et décidée à l’imposer coute que coute au reste de la planète, succède un cabinet qui a besoin d’alliés, notamment dans ce poumon économique qu’est l’Asie orientale. Cela ouvrira donc aussi une fenètre d’opportunités aux démocrates asiatiques, soucieux de moderniser leurs institutions et de consolider l’Etat de droit. Empétrée comme elle l’est dans ses difficultés et sa mauvaise réputation héritée des années Bush, l’Amérique a autant besoin d’alliés solides que de relais prometteurs pour l’avenir dans des pays d’Asie du nord-est et du sud-est, clés pour sa sécurité et sa prospérité. L’Obama-mania devra bien sur s’accomoder de l’incontournable « realpolitik » qu’est la défense des intérêts stratégiques américains. Mais des brèches bénéfiques risquent de s’ouvrir dans les murs de la forteresse amérique.
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Gavroche
04/02/2009
Société
L'année Obama, en Asie aussi
L’entrée en fonction du nouveau président américain aura des conséquences en Asie du sud-est. Les démocrates asiatiques feraient bien de regarder du coté de Washington.
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