Richard Werly | Gavroche magazine | 01/05/2008
Société  

POUR EN FINIR AVEC LE MIRACLE CHINOIS

Et si les appels au boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin cachaient autre chose que la volonté de défendre les droits de l'homme et ceux du peuple Tibétain? Et si la Chine conquérante était devenue, par ses méthodes et ses succès économiques, de plus en plus insupportable à la communauté internationale? La question, à la veille des JO, mérite d'être posée.
Le titre de cet article est celui d'un livre destiné à faire du bruit à la veille des Jeux Olympiques de Pékin qui s'ouvriront le 8 août 2008 à 20 heures, symbole des chiffres oblige. «Pour en finir avec le miracle chinois» (Editions Picquier) est une plongée de trois cents pages du journaliste de l'Agence France Presse Philippe Massonnet dans les méandres du pouvoir de cette Chine qu'il connaît si bien. Un autre titre aurait pu être «L'empire mis à nu» ou «Autopsie d'un mensonge». Car la puissance chinoise que nous raconte ce vétéran des congrès du Parti Communiste a des soutes bien peu reluisantes. Le navire, sous sa plume en forme de scalpel, a des allures de Titanic.

La sortie de l'ouvrage est évidemment calculée. Tout le monde ou presque, en ce printemps, s'interroge sur le déroulement des JO de Pékin. Les médias font leurs choux gras des aventures à travers le monde d'une flamme olympique protégée par des policiers chinois en survêtement bleu. Les images de la répression, au Tibet et dans les provinces adjacentes, sont rediffusées en boucle à chaque fois ou presque que les Jeux sont évoqués. L'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit a promis à la tribune du Parlement européen de «foutre le bordel à Pékin». Bref, la tension s'est installée. La belle assurance chinoise n'est plus de mise. Tous les reportages en provenance de Chine attestent des crispations du pouvoir, et de la méfiance croissante - voire plus - envers les étrangers présents dans la capitale.

Sur tout cela, cette chronique ne peut rien apporter de plus. Les événements parleront d'eux-mêmes. Les points de vue, entre partisans de pressions accrues en faveur des droits de l'Homme, et défenseurs d'une certaine «neutralité» sportive sont étalés devant tous les micros. Plus intéressant, en revanche, est de mettre cette bouffée de fièvre anti-chinoise en perspective. Ce qui surprend n'est pas, en effet, la fébrilité et la répression des autorités de Pékin, mais l'absence de soutiens internationaux fermes au pouvoir chinois. Certes, plusieurs gouvernements, dont celui des Etats-Unis, se sont prononcés contre le boycottage des Jeux. Certes, les gouvernements asiatiques sont restés silencieux. Mais où sont passés les thuriféraires du miracle économique chinois? Qui prend le parti du président Hu Jintao? Où sont, en un mot, les «pro-Pékin»?

Je pose la question car elle devrait, en théorie, ne pas l'être. Au vu du nombre de compagnies étrangères affairées à commercer avec la Chine, au vu du déferlement des produits chinois - bon marché - sur les étals des supermarchés du monde entier…, les réactions nuancées devraient être bien plus nombreuses. N'est ce pas «l'usine du monde» que l'on accuse de tous les maux? Cette usine dont nos économies ont tant besoin? Cette usine sans laquelle, demain, nous ne pourrions soudainement plus nous approvisionner en composants informatiques, vêtements, jouets, etc.
Regardez autour de vous. Posez la question. Qui a envie, aujourd'hui, de défendre la Chine? Je ne parle pas du boycottage des JO qui, en soi, est l'objet de débat. Je parle du gouvernement chinois dont les moyens, rappelons-le, sont devenus en quelques années exorbitants. Les meilleurs - et les plus chers - consultants internationaux affluent à Pékin ou Shanghai. Les bons du trésor américain s'entassent dans les réserves de la Banque centrale chinoise. On imagine donc, cachés dérrière les plus hauts responsables chinois, des milliers de lobbyistes, d'entremetteurs, ou simplement de clients de cet immense pays prêts à monter au créneau pour défendre le bien fondé de sa politique. Or rien de tel, ou presque. Comme si les coups de boutoirs portés contre la Chine en satisfaisaient en réalité bien plus qu'on ne le dit.

Alors je m'interroge? La puissance chinoise peut-elle tenir et s'installer dans le paysage international moderne si son acceptation, dans le monde, est aussi fragile? N'assiste-on pas, à l'occasion des JO, à la première poussée de fièvre anti-chinoise qui sera, à coup sûr, suivie de beaucoup d'autres? C'est un scénario catastrophe. Mais je le trouve intéressant. Car il repose sur des réalités plus évidentes en Europe qu'en Asie. Les délocalisations d'entreprises en Chine, par exemple, sont immensément impopulaires. Les consommateurs, avides de produits bon marché «made in China», pestent contre leur mauvaise qualité trop fréquente. Le monde se sait «intoxiqué», drogué à la machine industrielle chinoise qui lui fournit à peu près tout. Il ne peut plus s'en passer car il ne veut plus - et ne peut plus - payer. Mais jusqu'à quand cela va-t-il durer? Cette drogue qu'est le «made in China» va-t-elle continuer d'être consommée si de plus en plus d'overdoses sociales, humaines, naturelles sont provoquées par la destruction des ressources, la pollution en provenance de Chine, la course aux minerais et autres matières premières?

Un jour, la Chine s'éveillera», avait prédit avec justesse dans les années 70 l'homme politique et écrivain francais Alain Peyreffite. En ajoutant «Alors, le monde tremblera». Bien vu. Mais maintenant, la bataille des Jeux Olympiques pourrait nous offrir l'occasion de renverser les rôles. Et si un jour, le monde se réveillait? Et qu'alors, la Chine se mettait à trembler...
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