Les apparences peuvent être fort trompeuses. Prenez deux institutions-clefs en charge du destin économique du royaume. D’un côté, le Board Of Investment (BOI), dont le siège jouxte, sur Viphavadi Rangsit Road, l’imposant building de PTT, la société pétrolière nationale. De l’autre, la Banque de Thaïlande (BOT), dont les bâtiments bordent la rivière Chao Praya dans le lointain quartier de Samsen. Pour le BOI: une vue plongeante sur l’un des autoroutes les plus fréquentés du pays. Pour la BOT: le spectacle tranquille des devantures de vieux magasins chinois ou, mieux, de lourdes barges tractées hors de la capitale…
La Thaïlande moderne côté pile, la Thaïlande traditionnelle côté face? Raté. Car dès la réception franchie, l’impression s’inverse radicalement. Tandis qu’au BOI, pourtant chargé d’attirer la fine fleur des investisseurs internationaux, tout fleure bon le côté désuet des années 80 et leur rigueur toute relative, la BOT, elle, affiche d’emblée sa puissance et sa rigueur. Meubles modernes aux lignes épurées, couloirs pavés de marbre noir, grandes baies vitrées donnant sur la rivière… la banque centrale joue avec succès la carte de l’austérité. Comme pour montrer que, dix ans après la crise financière asiatique de 1997-1998, l’heure des équipées boursières folles et des records d’endettement en devises appartient bel et bien au passé.
La différence de ton entre les deux institutions se poursuit au fil des publications éditées par l’une et l’autre, et des discours de leurs responsables. Au Board of Investment, les slogans creux continuent de régner en maîtres. «Pourquoi la Thaïlande est-elle un paradis pour les investisseurs?» interroge, sur fond d’une photo nocturne des gratte-ciel illuminés de Wireless Road, la dernière brochure promotionnelle en date. Le contenu est à l’unisson: la Thaïlande étant tour à tour présentée comme l’une des économies mondiales les plus dynamiques, et une «plate-forme stratégique en Asie», où le secteur privé est le «moteur de la croissance». Les poncifs, évidemment appuyés sur des statistiques glanées au fil d’enquêtes supposées fiables, courent ensuite de page en page.
Stratégie inverse à la Bank of Thailand, où le visiteur est accueilli, non par quelques dépliants publicitaires laudateurs, mais par l’édition du jour du Financial Times et de l’Asian Wall Street Journal. Pas de réceptionniste négligente et à moitié endormie non plus: le pas des employés est pressé. Les femmes, étonnamment majoritaires à l’étage occupé par la gouverneure, Tarisa Watanagase, semblent toutes affairées. Et les prédictions respirent d’emblée la prudence et la fiabilité: «Aucune politique fiscale, ni aucune politique monétaire ne peut remplacer dans l’immédiat le rôle moteur des exportations dans notre économie, explique cette dernière, nommée en 2006. Au mieux, notre prévision de croissance annuelle sera nulle cette année. Mais une décroissance ne peut pas être exclue.» . Point de slogans tape à l’œil. Mais des faits, des chiffres, et ce brin de lucidité qui fait la fiabilité.
Il serait évidemment ridicule de tirer d’une seule visite des leçons définitives sur ces deux bras armés de la réussite économique thaïlandaise des vingt dernières années. Mais l’on me permettra tout de même de faire quelques remarques sur l’apparent aveuglement du Board of Investment. Est-il normal qu’en ces temps de révolution technologique verte internationale, le principal organisme de promotion économique du royaume à l’étranger n’ait pas un programme spécifique destiné à ce type d’industries? Et quid d’une étude, justement, sur le rétablissement économique du pays après le séisme financier survenu voici une décennie? Le fait qu’une agence de l’université Thamassat soit chargée des relations publiques du BOI n’a semble-t-il pas mis fin aux approximations. Je serai heureux, ici, de connaître l’avis d’entrepreneurs, ou des responsables économiques étrangers habitués à fréquenter l’immeuble de Viphavadi Rangsit Road.
J’y vois, pour ma part une évidence, qui n’est pas sans expliquer la relative stabilité du baht et du pays, dans un contexte politique aussi tumultueux: le vrai cockpit économique de la Thaïlande n’est plus seulement, comme avant, du côté des grands parcs industriels et des conglomérats. Il est aussi occupé par des économistes et financiers discrets, d’autant plus sûrs de leurs chiffres que la crise de 1998 a sonné le glas de l’aventurisme au sein des grandes banques privées. C’est, somme toute, une excellente nouvelle.
Richard Werly
|
Gavroche
01/04/2009
Société
Deux Thaïlande face à la crise financière
Il y des institutions qui changent. D’autres pas. Une visite récente au Board of Investment, puis à la Bank of Thailand, montre que l’Institut d’émission a, de très loin, bien mieux retenu les leçons de la crise de 1998.
|
|












