Richard Werly | Gavroche magazine | 01/02/2008
Société  

THAILANDE - LE MIROIR ELECTORAL D'EST DE NOUVEAU BRISE

Les récentes élections législatives, en accordant la victoire aux partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, renvoient chaque camp politique dans ses buts. Plutôt que de confirmer une nouvelle donne, le scrutin a consolidé les positions de chacun, la méfiance des uns envers les autres et la fluidité d'un système où l'alternance et les urnes ne font de toute façon pas bon ménage.
Ainsi, rien n'a changé. Ou presque. Un an après le coup d'Etat de septembre 2007, les récentes élections législatives thaïlandaises ont de nouveau dressé le portrait d'une société prise au piège d'une donne politique figée. Le parti démocrate, revenu sur le devant de la scène, n'a pas réussi son pari de prendre les rênes du pays, comme les militaires réformateurs l'espéraient sans doute. La vedette, au bout des urnes, est revenue à ces politiciens d'un autre âge que sont Samak Sundaravej ou Banharn Silpa-Archa. Des noms indéfectiblement liés aux pires travers de la politique thaïlandaise: autoritarisme, vénération de l'ordre, corruption, népotisme. Le «pays du sourire» reste décidément rétif aux changements d'hommes et de conception du pouvoir.

La vérité de cette élection est que la politique en Thaïlande continue d'être perçue sous l'angle des gains immédiats. N'est pas élu celui qui dessine l'avenir, mais celui qui a les pieds bien enfoncés dans le présent et le passé. La classe des élus, perçue comme une caste dont il faut tant bien que mal s'accommoder, ne mérite pas, aux yeux d'une grande partie des électeurs, qu'on investisse sur elle du temps, et surtout de l'espoir. «Elisons-les, puisque nous sommes obligés» : tel a été, cette fois encore, le sous-titre de cette bataille annoncée un peu vite comme le prélude à une «renaissance démocratique». Qui n'a pas, dans son entourage proche d'amis thaïlandais, été stupéfait par le peu d'enthousiasme à élire un Parlement pourtant destiné à sortir le pays de l'opprobre du putsch? Le poids des coups d'Etat à répétition de l'histoire thaïlandaise contemporaine se mesure aussi à ce type d'attitudes. L'armée, de toute façon, n'est-elle pas prête s'il le faut à ressortir de ses casernes?
a spécificité thaïlandaise est d'accepter sans violence ces allers-retours au sommet du pouvoir. Il y aurait pourtant de quoi rager! Qui peut, par exemple, croire un instant que Samak Sundaravej, politicien coulé dans le moule de l'extrême-droite et du populisme, est l'homme qu'il faut au pays pour affronter les défis d'une mondialisation toujours plus complexe? On imagine, dans le secret de leurs clubs ou de leurs golfs, les technocrates thaïlandais éclairés ressasser leur rancoeur depuis que les urnes ont parlé. Mais la force de l'ancien royaume de Siam est d'être, par le mélange de sa culture, de la religion et de la monarchie, immunisé contre les fractures ouvertes. L'électorat du Nord et du Nord-Est, acquis à Thaksin et à ses illusions, ne sera jamais, aux yeux de ces élites, soluble dans la démocratie et la modernité. «Laissons-les donc voter, puisque les généraux garderont à l'oeil les futurs élus», entend-on presque sur les greens. Le miroir électoral thaïlandais renvoie du pays l'image d'une démocratie plus que jamais sous surveillance.

Cette indifférence relative aux résultats électoraux a ses avantages: elle s'est avérée, au fil de l'histoire récente, un excellent vaccin contre les abus. Imaginez un pays à l'échine moins souple: les victimes des putschs militaires s'y compteraient par centaines, et les Thaksin Shinawatra y seraient autrement sourcilleux de leur sécurité, une fois installés aux commandes. La fluidité du système thaïlandais - sa grande force démocratique pourrait-on presque écrire - n'est pas dans les isoloirs mais dans l'acceptation généralisée d'un destin politique à durée déterminée, d'une alternance «hors les urnes». Un slogan comme «changer la vie» ou «osons la rupture», pour reprendre des termes employés en France, n'a pas de sens ici. Etre élu, c'est risquer d'être destitué. La seule vérité politique, en Thaïlande, est celle du fief : plus votre base est solide, plus vous êtes indéboulonnable. Qu'importe vos actes en somme. Banharn, Samak et consorts en savent quelque chose. Leur sillon n'a produit, politiquement, que des fruits guère appétissants. Mais la terre, bien arrosée, y reste électoralement fertile.

Fluidité, oui: car celui qui élit acceptera demain, sans ciller, de voir destituer celui qu'il a élu, une fois passée l'heure houleuse des manifestations. La Thaïlande a, paradoxalement, l'échine politique bien plus souple que nombre de démocraties formelles, tel un caméléon du suffrage universel. L'armée veille? Le Parlement sera pro-Thaksin, mais tout de même bien rempli de candidats adoubés par les militaires. Tout est fait pour que subsiste cet équilibre des pouvoirs de l'ombre bien plus important que celui de la chambre des députés.

C'est cela, au fond, que l'ancien Premier ministre destitué affairé aujourd'hui à gérer un club de foot anglais n'avait pas voulu comprendre: trop rigide, parce que trop convaincu de son propre génie, et trop avide de pouvoir pour lui et les siens, Thaksin Shinawatra était un bien plus piètre politicien que Banharn Silpa-Archa, ce «parrain» provincial de Suphanburi. L'un croyait en lui et dans les forces internationales de l'argent. L'autre a toujours accepté de miser son pouvoir, et de le faire durer, selon les règles ambiguës du Royaume. L'un se pensait prophète. L'autre se veut juge de paix, facilitateur, garant de la paix sociale dans ces terres de la Thaïlande centrale. Le premier était un danger pour la démocratie. Le second, sans cesse réélu, n'y croit pas un instant. Ceci explique cela.


Chaque mois, retrouvez une analyse politique sur la Thaïlande ou l'Asie du Sud-Est:

- POUR EN FINIR AVEC LE MIRACLE CHINOIS
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
(0)
Soyez le premier à nous faire part de votre réaction !
ABONNEMENT
bons plans de la semaine

Nous sélectionnons pour vous les meilleures offres et promotions du moment

Tous nos BONS PLANS

Newsletter

Chaque vendredi,
retrouvez les spectacles,
concerts, films, evenements
du week-end
a ne pas manquer.


Dans la même rubrique
38 divisé par deux = j’sais pas !
Plurilinguisme (partie 3) L’impact du facteur socio affectif
Mettre des mots sur les maux
Trois questions à Gilles Cretallaz
Une radio spéciale bambinos
Prévisions aujourd'hui

Click for Bangkok, Thaïlande Forecast

Vie Pratique
nos bonnes adresses
guide de l'expat
guide du voyageur
Programme Tele TV5
upmost-lemonaco
ani-s
decathlon-131211
samitivej
dfdl
facebook
guide-ecotourisme