Richard Werly | Gavroche | 28/07/2009
Société  

Pour un « New Deal écologique » asiatique

Toutes les études le démontrent. L’Europe et les Etats-Unis ne pourront pas seuls faire prendre à la planète le virage économique nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique. La Chine et l’Asie orientale ont aussi des devoirs.
Les uns parlent déjà du « miracle vert » chinois. Les autres s’inquiètent plutôt des exigences de Pékin à quelques mois de la cruciale conférence de Copenhague qui, en décembre, sera organisée au Danemark pour trouver un accord international contre le réchauffement climatique destiné à remplacer l’actuel protocole de Kyoto.

Les premiers citent, à l’appui de leur enthousiasme, l’ambitieux programme de développement des énergies propres lancé par la Chine, et la décision des autorités d’y faire grimper la part du nucléaire de 2% à 8% de sa consommation électrique d’ici à 2030. Les autres pointent la condition exigée par la Chine pour se rallier à un traité international : que les pays « riches » baissent, eux, de 40% leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Alors que l’UE, leader en la matière, n’a pour l’heure accepté qu’une réduction de 20% de ses émissions, promettant 30% en cas d’accord à Copenhague.

Cette bataille de chiffres et de promesses reflète l’importance cruciale de l’Asie dans le débat sur le climat, inextricablement lié à la sortie de la crise économique mondiale. Impossible, en effet, d’imaginer un redressement durable de nos économies, et une nouvelle ère de croissance mondiale retrouvée, sans un tournant radical dans les pratiques industrielles et énergétiques des pays riches et des grandes nations émergentes. L’Union Européenne, après avoir pris en décembre 2008 l’engagement des «trois vingt d’ici 2020» (moins 20% d’émissions de CO2, plus 20% d’énergies renouvelables, plus 20% d’économies énergétiques) ne se dispute pas pour rien, aujourd’hui, sur les sacrifices nationaux à consentir. L’avenir d’industries aussi cruciales que l’automobile, mais aussi celui de l’agriculture intensive très consommatrice de dérivés du pétrole, dépendra des efforts et des investissements consentis ces prochains mois.

La Chine, mais aussi l’Asie du Sud-Est ne sont pas épargnées par ce défi et par cette urgence. D’où la nécessité de relancer, dans les capitales comme Bangkok, Djakarta, Manille ou Kuala Lumpur, un débat nourri sur le réchauffement climatique et la manière de le combattre. Il n’est pas normal qu’en dehors des efforts chinois et des plans présentés l’an dernier au G8 d’Hokkaido par le Japon, les seuls efforts notables soient ceux de la Corée du Sud, où le gouvernement central a décidé d’injecter plus de vingt milliards de dollars dans une sorte de « new deal » pour les technologies vertes.

Le fait de compter en son sein quelques-unes des plus grandes métropoles mondiales devrait inciter l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à prendre le taureau par les cornes et à commanditer à son tour des rapports. D’autant que les efforts planétaires actuels pour limiter le réchauffement climatique à moins de deux degrés celsius d’ici à 2020 sont déjà battus en brèche par les experts, pour qui un tel plafond n’empêchera pas certaines tragédies annoncées de se matérialiser.

La relance d’un tel débat - et c’est là que la politique économique s’en mèle - ne doit pas être l’apanage des mouvements écologistes que les gouvernements de la région traitent comme des contestataires au lieu de voir en eux des partenaires. Elle doit, en Thaïlande par exemple, s’accompagner de chiffres et d’opportunités industrielles ou rurales de nature à alimenter les efforts de relance de l’administration Abhisit. La Chine, pour reprendre cet exemple, produit déjà 16% de son énergie à partir de barrages hydroélectriques. Elle deviendra en outre sous peu l’un des premiers marchés au monde pour les parcs éoliens, ainsi que l’un des premiers fabricants planétaire de cellules solaires. Que restera-t-il, alors, pour les autres «tigres» de l’Asean si les technologies chinoises se mettent à déferler vers le sud à prix modique? Peut-on, en Indonésie, en Malaisie ou au Vietnam, rester spectateur du plan massif d’investissement chinois dans les énergies renouvelables, pour lesquelles de 150 à 200 milliards de dollars devraient être débloqués par Pékin?

L’Asie du Sud-Est a besoin d’un «New deal» écologique tout autant que ses grands voisins chinois et indiens. Et elle doit l’appréhender, non comme une obligation imposée par un Occident historiquement pollueur, mais comme un moyen d’accomplir un saut qualitatif majeur en termes d’infrastructures industrielles et énergétiques. Un récent rapport de l’institut Mc Kinsey consacré à la Chine montre, chiffres à l’appui, que l’usine du monde peut devenir demain le laboratoire mondial du développement durable. Dans ce contexte, des pays comme la Thaïlande, à leur échelle, doivent se préparer aussi à jouer ce rôle d’atelier, pour se propulser à leur tour au premier rang des futures «économies faibles en carbone».
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