Richard Werly | Gavroche | 10/08/2009
Société  

ASIE DU SUD-EST Crise : les quartiers chauds, boussole économique

Lassés des cours de bourse ? Décus par les experts ? Peu portés sur l’observation du panier de la ménagère ? Un peu plus de temps à sillonner les quartiers chauds des grandes métropoles mondiales pourrait bien permettre d’en savoir plus sur la conjoncture économique.
Et si la fréquentation des trottoirs de Bangkok, Manille, Berlin, Los Angeles ou Shanghai permettait - aussi - de mieux entrevoir la réalité et l’impact des crises ? Cette théorie iconoclaste, il est vrai idéale pour justifier les errements nocturnes des hommes d’affaires en goguette, est maintenant brandie par de très sérieux éditorialistes financiers.
L’un d’entre eux affirme même qu’il n’y a pas mieux que les courtisanes des trottoirs de nos grandes métropoles pour évaluer, en temps réel, la gravité du séisme. Son raisonnement ? Les professionnels - garçons et filles - ou occasionnels du sexe n’ont pas d’autre choix que de s’adapter au niveau de fortune du client. De sorte que lorsque celui-ci varie, le reste suit.

Ceux qui me lisent ici vont évidemment s’empresser de penser à nos capitales asiatiques. Et à leurs quartiers chauds riches en « conjoncturistes » aux charmes avantageux. Mais l’affaire ne se limite pas à l’Extrême-Orient. Fin mars, la maison close berlinoise «Pussy Club» a inauguré une nouvelle formule «discount» pour conserver ses clients: un forfait à 70 euros incluant filles, boissons et nourriture à volonté. En lieu et place du précédent système facturant 50 euros chaque prestation galante d’une demi-heure. A quelques heures de voiture, plusieurs «auberges de charme» de la région de Pilzen, en République Tchèque, très fréquentée par les Allemands, ont aussi du fermer leurs portes. Leurs tarifs n’étaient plus à la portée des… bourses germaniques.

Mieux, affirme cet expert malin dont je ne retrouve pas le nom, l’observation économique et financière sur les trottoirs nocturnes encombrés ne se limite pas au prix de la passe. Un entretien, même rapide, avec celui ou celle que vous avez choisi pour passer un moment peut s’avérer riche d’informations. Les prostitué(e)s, chose fréquente, nourrissent souvent leur famille. Les prix pratiqués dans les grandes surfaces, et le fameux « panier de la ménagère » sont leur lot quotidien, une fois sorti(e)s du lit, en début d’après-midi. Ils ou Elles ont en plus l’art d’écouter sur l’oreiller leurs clients s’épancher sur leurs soucis. Sans parler du caractère «global» de leur commerce mondialisé. Un chef d’entreprise peut parler de la situation de ses clients. Un analyste écrit sur tel ou tel secteur, dans tel ou tel pays. Les professionnel(le)s des câlins, eux, travaillent au long cours. Avec toutes les nationalités. Toutes les professions. Toutes les classes sociales.

Bon, je m’arrête là avec cette théorie dont il serait bon, pour alimenter le débat, d’avoir quelques exemples. Même si je n’ose pas, ici - peur du jeu de mots oblige - à vous inciter à utiliser vos plumes pour nous répondre… Car il y a un second sujet, non dénué de lien avec le précédent, que j’aimerais aborder. Il a été brillamment évoqué, dans «Lettre d’Asie», sa chronique hebdomadaire du Monde, par ma consoeur Sylvie Kauffman sous le titre prometteur «Fantasmes d’Orient».

De quoi s’agit-il ? Du pouvoir de séduction des femmes asiatiques sur les Occidentaux à travers les siècles. Un livre, «The East, the West and Sex», du journaliste américain Richard Bernstein, vient de paraître sur le sujet. Avec un argument central: «La quête sexuelle de l’Européen en Orient, écrit-il, est un aspect du dynamisme occidental, de l’esprit d’aventure européen comparée à la relative passivité des Asiatiques. L’Occident a toujours été animé par son désir de connaître l’Orient alors que l’Orient avait très peu d’intérêt pour l’Occident. (Dès lors), une liaison avec une Asiatique fait partie de l’aventure.»

Je n’ai pas lu ce livre. Mais je vais le commander d’urgence. Tout comme je vous recommande la lecture du papier de Sylvie Kauffman, dont le regard s’est acéré au gré de sa fréquentation assidue des milieux expatriés et diplomatiques à Singapour, où elle réside depuis quelques années. Une phrase notamment mérite d’être méditée: celle sur le problème des femmes occidentales célibataires, «bardées de diplômes» et expatriées en Asie. «Si l’économie tient généralement ses promesses, une grosse déception les attend, en revanche, dans la sphère amoureuse, écrit ma consœur. Là, rien n’émerge, sinon la perspective d’innombrables « ladies nights » (…) Car ne craignons pas de généraliser: aux yeux des Asiatiques, les Occidentales passent pour d’inquiétantes pétroleuses trop grandes et trop en chair, obsédées du fitness et du Power Plate, élevées dans une dangereuse atmosphère d’égalité des sexes.»
Là, vraiment, je crois qu’il y a matière à commentaire et réactions. Au féminin comme au masculin…
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