Emmanuelle Michel | Gavroche | 29/09/2010
Politique  

Thaïlande : Dans les campagnes, les Chemises rouges attendent leur heure

Habitants du village de Nong Bua Kham Moon, près de Khon Kaen (E.M)
Habitants du village de Nong Bua Kham Moon, près de Khon Kaen (E.M)
Les membres du mouvement anti-gouvernemental espèrent pouvoir se réorganiser malgré la surveillance des autorités.
Le long du chemin principal, des drapeaux rouges ornent les arbres. Les habitants du village de Nong Bua Kham Moon les ont accrochés quelques jours plus tôt, pour la crémation de Thawil Khamoon, 36 ans. Partisan des Chemises rouges, l’homme a été tué à Bangkok le 19 mai, lors de l’intervention militaire qui a mis fin au mouvement qui paralysait le centre-ville depuis deux mois. Les affrontements entre l’armée et les manifestants ont fait 90 morts au total, et près de 2000 blessés. Plusieurs centaines de personnes étaient venues des alentours pour assister à la cérémonie. Le village se trouve à 20 kilomètres de Khon Kaen, l’une des principales villes de l’Isan, vaste région rurale du Nord-est de la Thaïlande. Un tiers de la population y vit. Une écrasante majorité soutient les Chemises rouges. De retour chez eux, les exmanifestants, pour la plupart agriculteurs, attendent de pouvoir commencer à planter le riz. La saison des pluies est en retard, les rizières qui s’étendent à perte de vue complètement desséchées. La mère de Thawil est partie à Bangkok, à dix heures de route, chercher la compensation financière promise par la famille royale. Elle avait envoyé son fils manifester avec une vingtaine d’autres villageois. Les 190 familles du hameau s’étaient cotisées pour les soutenir. Un livre de comptes recense scrupuleusement les sommes versées par chacune. Souvent moins de 100 bahts.

La région est l’une des plus pauvres du pays, même si les maisons sont en dur et disposent de l’électricité. Saiyan Balan, 45 ans, a fait plusieurs allers-retours pour aller manifester à Bangkok en avril et en mai. Il était parmi les derniers manifestants à être évacués. Le temple où il s’était réfugié a été visé par des tirs. Six personnes sont mortes. Il est encore estomaqué par le déchaînement de violence. « Cela n’aurait pas dû se terminer comme ça. Je n’aurais jamais pensé que le gouvernement nous traiterait comme des ennemis de ce pays », explique le riziculteur dans le dialecte local, proche du laotien. Le recours à des tireurs d’élite a particulièrement frappé les esprits. « Je suis déçue que nous n’ayons rien pu changer, alors que des gens étaient venus de tout le pays pour manifester », soupire Boonlem Homchainong, assise sur le sol en ciment de sa petite épicerie. La mère de famille a dépensé toutes ses économies dans l’aventure, l’équivalent de 1000 euros. Elle n’avait jamais mis les pieds à Bangkok. Encore émerveillée par le luxe de la capitale, elle ne garde pourtant pas de rancune envers les citadins aisés. « Je ne suis pas jalouse de leur argent. Je veux juste que le gouvernement fasse plus attention aux intérêts des fermiers, qu’il prenne chaque voix en compte, au lieu de nous écraser comme des insectes », souligne-t-elle.

Les Chemises rouges n’ont obtenu ni la dissolution du Parlement, ni les élections qu’ils demandaient. La frustration est accentuée par la fermeture de centaines de médias pro-rouges. Télévisions, radios, sites web incitaient à la violence, d’après le gouvernement. Mais pour Sommai Suihajan, la soeur de l’épicière, les grands médias se sont clairement rangés du côté du pouvoir. « Je ne les supporte plus, j’ai envie de casser ma télévision ! Ils nous bâillonnent. Si nous avions nos propres médias, le gouvernement serait forcé de nous écouter », enrage la vendeuse de citrons verts. La plupart des villageois ne s’étaient jamais intéressés à la politique avant le début du mouvement des Chemises rouges, il y a quatre ans. Tous affirment qu’ils sont prêts à manifester de nouveau. Mais ils s’avouent désemparés par le manque de leaders. Les principaux meneurs se sont rendus aux autorités le jour de l’intervention militaire. Dans la ville de Khon Kaen, les activistes locaux font profil bas. Craignant une chasse aux sorcières, ils fuient la presse et préfèrent garder l’anonymat. Dans l’arrière-cour d’un monastère bouddhiste, à l’abri des regards, l’ancien animateur d’une radio « rouge » affirme avoir reçu des mises en garde de la part des autorités. L’état d’urgence, toujours en vigueur dans vingt-trois provinces, y compris Bangkok, autorise les arrestations sans motif d’inculpation. Vingt-deux personnes seraient actuellement détenues sans accusation formelle, selon la police thaïlandaise. « Mon téléphone est sur écoute. Nous ne pouvons pas nous réunir avec les autres dirigeants », explique-t-il.

Dans sa maison cossue, un ancien haut responsable administratif, allié des Rouges, craint des assassinats politiques. « Nous attendons notre heure. Il va être difficile de réorganiser le mouvement, mais notre combat n’est pas terminé », confie-t-il. Le 9 juin dernier, un leader local a été tué par balles dans une autre grande ville de la région, dans des circonstances encore non élucidées. La veille, le gouvernement avait prolongé l’état d’urgence pour un mois. Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva a souligné qu’il restait ouvert à l’idée d’élections anticipées, mais il estime que la Thaïlande a d’abord besoin d’une période de stabilisation.

EMMANUELLE MICHEL
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DAVID24 2010-10-16 04:32:30
le vent se leve et ca va faire mal
le gouvernement putchiste de Bangkok sifflotte aux terrasses des cafes avec les farangs investisseurs. Ils n imaginent pas ce qui les attend . L Isaan se prepare chaudement ...
Tabod 2010-10-12 16:01:40
Il ne peut en être autrement
Quand on lit l'article et qu'on se rend compte que le manifestant a dû mettre de sa poche plus de 50 000 THB pour aller manifester, on comprend ce qu'il doit ressentir. Heureusement que gavroche remet un peu les choses en place.
jeffdepangkhan 2010-10-08 17:54:07
A Roi-Et la même!!!
J'habite a 50 bornes de Roi-Et,dans un village isan et ceci depuis douze ans,et l'amertume est grande ici,la mousson se tarie mais les larmes de mes voisins sont de plus en plus amères,ils ont ete voles,spoliés,mais la revanche et tous les jours au "bistrot" du coin,ils ne pensent qu'a la revanche,alors qu'ils ne voulaient que l'équité.....ce n'est surement pas terminé!!!
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