L’indice de confiance des consommateurs vivant en Thaïlande est passé de 72,2 en septembre à 62,8 en octobre. Selon l’université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC), il s’agit là de son plus bas niveau depuis dix ans. De même pour les indices de confiance en termes de possibilités d’emploi et de revenus futurs. Selon le Bangkok Post, ces mauvais chiffres seraient directement liés aux inondations, mais aussi à la baisse des prévisions de croissance du pays et l’augmentation du coût de la vie. « Les inondations vont causer des dommages estimés de 300 milliards à 400 milliards de bahts pour l’économie thaïlandaise », affirme le directeur du Centre de prévision économique et des affaires de l’UTCC, Thanawat Ponwichai.
S’il est encore trop tôt pour mesurer et quantifier l’impact économique de ces inondations, les experts financiers parlent déjà d’une baisse significative du taux de croissance du royaume, faisant passer celui-ci sous la barre des 2%. La Banque centrale, jusqu’ici très prudente, a officiellement annoncé tabler sur 2,6% de croissance. Sept zones industrielles, représentant à elles seules 18% de la capacité de production du pays, ont croupi sous les eaux durant des semaines dans la région d’Ayutthaya, mettant sur le carreau 500 000 employés. Plus de 30 000 entreprises et commerces ont dû momentanément fermer leurs portes sur l’ensemble du territoire. Les experts estiment que la propagation des eaux au cœur de Bangkok aurait pu engendrer une détérioration de 40% du PIB. De nombreuses entreprises japonaises comme Sony, Pioneer, Toshiba ou Fujitsu ont vu leurs usines inondées. La chaîne de montage de Honda, qui représente à elle seule 6% de la production mondiale du groupe, n’y a pas échappé. La Thaïlande, à l’origine du quart de la production mondiale de disques durs, a réussi à susciter la plus grande inquiétude au siège d’Apple, qui accuse le coup d’une rupture de stock à la veille des fêtes de Noël. Toyota a fermé ses trois sites de production. Nikon a cessé son activité de fabrication depuis début octobre et Canon vient de revoir ses prévisions à la baisse en raison du taux élevé du yen et des inondations thaïlandaises. « Je crois que les Japonais seront capables de rebondir assez vite, même si au départ ils estimaient cette crise pire que celle ayant suivi le tremblement de terre au Japon de mars dernier, pense Paul Dumont, président de la section Thaïlande des Conseillers au commerce extérieur. Mais pour les autres, rien n’est moins sûr. » Si les secteurs informatique, électronique et automobile ont été les premiers touchés, le mal s’est ensuite propagé aux secteurs secondaire et tertiaire.
Avec 10 938 entreprises ayant dû fermer temporairement à la périphérie de la capitale, 660 000 salariés se sont retrouvés sans travail. La facture financière est officiellement évaluée à moins de 3 milliards d’euros, mais le nouveau plan d’aide à la reconstruction du gouvernement prévoit une enveloppe de 7,3 milliards d’euros, rien que pour les PME. La Chambre de commerce et d’industrie, plus réaliste, parle d’un coût pour le pays d’environ 9 milliards d’euros. Lourde facture également côté tourisme, puisque le pays pourrait bien perdre 1,7 million de ses voyageurs internationaux. L’Office du tourisme thaïlandais (TAT) tente de sauver les meubles en lançant sur son site une vidéo « rassurante », dont elle fait actuellement la promotion auprès de tous les médias étrangers.
Fuite des investissements ?
Si, à la suite de la crise financière asiatique de 1997 et les conflits politiques récurrents de ces dernières années, les investisseurs étrangers avaient su rester fidèles au royaume, difficile cette fois de prévoir quelle attitude ils adopteront face à cette crise d’un genre nouveau. Les nombreux cafouillages de gestion des eaux et de politique interne pourraient bel et bien leur faire prendre la poudre d’escampette. « L’insuffisance des dispositifs de prévention, les carences de gestion des flux, les retards de décision des autorités sont autant de paramètres qui pourraient bien se révéler handicapant sur la scène internationale, estime Paul Dumont. Il n’est ni question d’être alarmiste, ni de cacher la vérité, mais il est certain que cette crise laissera des traces sur le dynamisme économique et l’image du pays au niveau mondial », complète-t- il. « L’attitude des investisseurs dépendra de la rapidité avec laquelle le gouvernement mettra en application ses mesures de réhabilitation », ajoute Pascal Furth, chef de la Mission économique française en Thaïlande. « Si les eaux refluent rapidement, que le secteur industriel se réhabilite rapidement et que la confiance des investisseurs est restaurée, il est possible que la croissance du pays pour 2012 puisse se maintenir entre 4% et 5% », affirme de son côté Thanawat Ponwichai, le directeur du Centre de prévisions économiques et des affaires de l’UTCC. La Première ministre, Yingluck Shinwatra, parle elle d’une fourchette de 4,5% à 5%, grâce au plan de réhabilitation post-inondations proposé par son gouvernement. L’opposition démocrate estime les mesures de Yingluck trop « électorales » et qu’elle devrait « consacrer plus de dépenses aux aides accordées aux victimes de la catastrophe actuelle », selon les mots prononcés par Abhisit Vejjajiva, l’ancien chef du gouvernement battu par Yingluck aux législatives de juillet dernier, au moment où la crise pointait son nez.
GEORGIA DHIMOÏLAS
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Gavroche
14/02/2012
Reportage
CAHIER SPECIAL INONDATIONS L’indice de confiance plombé
En Thaïlande, le moral des consommateurs a atteint en octobre 2011 son niveau le plus bas depuis 10 ans. Ce résultat est lié aux inondations qui ont affecté le tissu économique du royaume.
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