Richard Werly | Gavroche | 15/02/2012
Reportage  

Thaïlande : CAHIER SPECIAL INONDATIONS « La structure fondamentale de l’économie du pays n’a pas été affectée »

L’économie thaïlandaise balayée par les flots ? Selon le nouveau gouverneur de la Banque centrale, Prasarn Trairatvorakul, le pays a la capacité de rebondir après les inondations et les clichés alarmistes sont démentis par les statistiques. À condition toutefois que le gouvernement mette en place une politique à long terme de management des inondations.

La confiance des investisseurs dans le royaume est-elle durablement affectée ?

Prasarn Traiatvorakul : Je ne le crois pas. Nous avons révisé à la baisse nos prévisions de croissance pour 2011, de 4,1% à 2,6 %, mais nous misons toujours sur 4,2% pour 2012. La confiance des milieux d’affaires n’est pas ébranlée en soi. Le pays garde des attraits économiques incontestables. Ce qui inquiète, c’est la désorganisation, le manque d’anticipation, bref, les problèmes au niveau de l’Etat. Sept parcs industriels ont été inondés, 20% de la production nationale se retrouve affectée. Est-ce grave ? Oui. Est-ce un handicap durable ? Je ne le pense pas. Certains secteurs économiques clefs, comme le tourisme, vont notamment repartir assez vite. Le défi, c’est le long terme. La Thaïlande arrivera-telle à convaincre les investisseurs qu’elle va tirer les leçons de cette crise mal gérée des inondations ? Tout va dépendre de la réponse que nous apporterons.

Le baht va-t-il perdre du terrain ?

Je ne vois pas pourquoi. Notre monnaie est très stable et les problèmes que nous rencontrons sont sans commune mesure avec la crise de la dette qui secoue l’Europe, l’effet Fukushima au Japon ou les problèmes d’endettement aux Etats- Unis. L’an dernier, les mouvements de capitaux vers la Thaïlande ont encore été très importants. D’une façon générale, notre pays est jugé attrayant et de plus en plus de gens ou d’entreprises veulent s’y installer. Notre atout majeur est là : la Thaïlande inspire confiance. Et les inondations n’ont pas tout à fait altéré cette image. Certes, le gouvernement a eu beaucoup de peine, mais la télévision a montré, en même temps, que la vie continuait, que les gens ont fait leur possible pour s’entraider, qu’il n’y a pas eu de pillages. C’est une réalité : la Thaïlande démontre, crise après crise, qu’elle est un pays stable.

La crise européenne est selon vous plus inquiétante pour l’économie thaïlandaise ?

Les difficultés du Japon, de l’Europe et des Etats- Unis sont des menaces bien plus sérieuses. Une priorité doit en découler : nous devons nous appuyer de plus en plus sur le développement du commerce intra-régional, en particulier au sein de l’ASEAN, et sur l’expansion de notre marché domestique. Aujourd’hui, la consommation intérieure représente 55% du PIB. Il nous faut augmenter ce ratio. Une autre preuve de notre solidité financière est la situation de nos banques. Le « Tier ratio » (ratio de fonds propres « durs ») de nos banques est en moyenne de 11%, alors que l’UE s’efforce péniblement de faire atteindre à ses banques un Tier ratio de 9% ! Nous avons tiré les leçons de la crise financière asiatique. Notre dette publique représente 40% de notre PIB, contre plus de 100% dans la plupart des pays de l’UE. Les inondations représentent un risque naturel contre lequel il est très difficile de se prémunir. Nous sommes en revanche bien protégés contre les risques systémiques en provenance des marchés financiers.

Faudra-t-il indemniser les opérateurs industriels lésés par les inondations ?


Bien sûr. Il va falloir très vite se réunir et obtenir une évaluation complète des dommages. Il faut aussi que ces entreprises fassent le point avec leurs assurances. Les banques privées doivent être conviées, pour garantir des lignes de crédit afin de financer les réparations et les investissements. Des exemptions fiscales devront sans doute être considérées pour permettre à ces entreprises de redémarrer dans de bonnes conditions. Il va y avoir une déperdition d’actifs pour les entreprises endommagées et affectées. Cela aura des conséquences sur les bilans des banques. Mais il est encore trop tôt pour y voir clair. Cela dit, la main d’oeuvre est prête aussi à faire des sacrifices. C’est cette flexibilité qui nous sauvera. Le chômage aujourd’hui, dans le pays, est à moins de 1%. Nous sommes quasiment en situation de plein emploi. Je ne vois pas de blocage grave. La Thaïlande demeure une économie très dynamique.

Propos recueillis par RICHARD WERLY

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