Aurélie Bérard | gavroche | 04/06/2013
Société / Actu  

Koh Chang, eldorado de l'immigration cambodgienne

Située à 60 km à vol d’oiseau de la frontière cambodgienne, l’île de Koh Chang emploie des milliers de Cambodgiens, avec ou sans contrat de travail. Certains réalisent leur rêve d’une vie meilleure, d’autres survivent dans des conditions précaires. 

Le village s’anime peu à peu. Les hommes rentrent du travail et retrouvent le terrain de volley-ball. D’autres sortent les coqs des cages et les lancent dans un petit combat amical. Certains se préparent à repartir travailler, n’hésitant pas à cumuler deux emplois dans la même journée. Les enfants, eux, tentent de faire tomber les fruits d’un arbre, ou s’entraînent à cracher le feu. Dans ce village, qui ressemble d’ailleurs plus à un bidonville, ne résident que des Cambodgiens. Cet amas de constructions faites de bois et de tôles n’a aucune existence officielle, mais croît chaque année de manière régulière. Il abrite aujourd’hui deux cents familles, soit un bon millier de personnes, arrivées pour la plupart dans les cinq dernières années. 

La maison de Nôm est située sur l’artère principale. Elle fut l’une des premières, il y a dix ans, à poser ses valises ici. « A l’époque, il n’y avait que deux maisons. Maintenant, c’est un vrai village cambodgien ! Moi par exemple, j’ai trois sœurs et un frère qui habitent ici. » Le terrain appartient à un  notable de l’île. Chaque famille lui paye un loyer pour la location du terrain et pour l’accès à l’électricité et à l’eau. «  Mais les maisons nous appartiennent, explique Nôm. On les construit nous-mêmes, comme on peut. J’aimerais bien en avoir une plus belle, mais je n’en ai pas les moyens. Ce n’est pas grave, au Cambodge, ce serait pire. Ici au moins, j’ai un bon travail, avec un salaire bien supérieur à ce que je pourrais gagner au pays. Je suis masseuse et je peux toucher jusqu’à 1600 bahts par jour en haute saison. Mes enfants vont à l’école et auront un bel avenir. »

Une main d’œuvre à disposition

Chaque année, Koh Chang attire de plus en plus de migrants. Ils sont visibles partout : à la caisse des petits supermarchés, aux fourneaux et au service des restaurants, au ménage dans les hôtels ou encore sur les chantiers de construction. Bien souvent, ils ne parlent que très peu le thaï, et encore moins l’anglais. Pour Koh Chang, où le tourisme croît d’année en année, c’est incontestablement une opportunité : ils répondent aux besoins importants de main d’œuvre, surtout non qualifiée. « C’est vraiment facile de trouver du staff cambodgien », affirme le propriétaire d’un restaurant qui tient à rester anonyme. La moitié de son personnel est cambodgien. « S’il n’y a personne de disponible sur l’île, explique-t-il, ils font venir un frère ou une sœur. Il suffit de demander ! Et en plus, on peut les payer moins cher… » 

Si les Cambodgiens, eux, accourent ici, c’est avant tout parce que la frontière se trouve à seulement 60 km à vol d’oiseau. Koh Chang représente l’espoir d’une vie meilleure à portée de main, la perspective d’opportunités professionnelle et financière. Rappelons qu’au Cambodge, 30% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, avec un revenu annuel moyen de 760 dollars, contre 4 210 dollars en Thaïlande (1). Na, une jeune femme de 21 ans, est arrivée ici il y a 7 ans. Elle avait 14 ans. « J’ai dû quitter mes parents car ils n’avaient pas les moyens de s’occuper de moi. Ils ont comme seul revenu ce que leur rapporte leur champ de riz, c’est-à-dire pas grand chose. L’un de mes frères était déjà installé à Koh Chang. C’est lui qui m’a fait venir ici. J’étais jeune, je ne sais plus comment on a passé la frontière, mais je suis arrivée ici sans encombres. »

Comme Na, tous viennent ici de manière illégale. Sans aucun papier. Rien de plus facile a priori. A n’importe quel poste frontière, les candidats sont abordés par un chauffeur de taxi prêt à les faire passer de l’autre côté. Pour venir à Koh Chang, la plupart passent par Koh Kong. Sy, par exemple, est arrivée ici en 2009. « J’ai pris un bateau à Sihanoukville, direction Koh Kong. C’était un bateau de marchandises. Le capitaine étant un ami de ma famille, je n’ai eu aucun problème pour embarquer. Une fois à Koh Kong, un chauffeur de taxi m’a proposé de m’emmener jusqu’à Koh Chang pour 2000 bahts. J’ai accepté. J’avais pour consigne de ne pas parler et de ne pas bouger. Aux check-points, le chauffeur a parlé aux policiers en thaï, je n’ai pas compris ce qu’ils disaient. On ne m’a jamais demandé mes papiers. Je suppose qu’il m’a fait passer pour sa femme ou sa sœur. » Depuis 2009, les tarifs ont un peu augmenté. Nam, un Cambodgien de 32 ans, est arrivé sur l’île il y a trois mois et demi. « J’habite Phnom Penh, explique-t-il. Là-bas, je ne trouvais pas de travail. J’ai entendu parler de Koh Chang, alors j’ai décidé de venir, même si je ne connaissais personne ici. Je suis d’abord allé jusqu’à Koh Kong. Là-bas, un homme m’a proposé de m’emmener jusqu’ici pour 3000 bahts. Je suis monté dans un mini-van, où attendaient déjà sept ou huit Cambodgiens. Nous n’en sommes redescendus qu’à Koh Chang. » Une fois sur place, Nam n’a eu aucune difficulté à trouver un emploi. « Je travaille dans la construction, explique-t-il. Tout de suite j’ai rencontré des Cambodgiens qui m’ont trouvé un boulot. Je travaille avec six autres de mes compatriotes sur la construction d’une maison. Le patron est Thaïlandais. Il nous paye 280 bahts la journée de 10 heures. C’est moins que le salaire légal, mais beaucoup plus que ce que je pouvais toucher au Cambodge. » 

Enfer ou paradis ?

Profiter des Cambodgiens qui n’ont pas de papiers semble être monnaie courante. Neï, lui, est électricien, au chômage depuis plusieurs semaines. A 29 ans, il n’a ni passeport, ni permis de travail. « J’ai perdu mon permis de travail en rentrant au Cambodge il y a plusieurs mois, et depuis je n’ai pas pu pas le récupérer, se lamente-t-il. Mon ancien patron ne voulait pas m’aider à réaliser les démarches administratives. Car cela lui permettait de me payer 100 bahts de moins que les autres. » Tii (2), lui, a reçu l’aide de son employeur. « Je travaille dans un restaurant depuis l’année dernière. Mon patron m’a aidé à faire mon passeport et mon permis de travail. Il m’a même avancé l’argent. Car cela coûte cher, 15 000 bahts tout compris. Mais depuis, il garde mon passeport. Il ne veut pas me le rendre. » Ce genre de cas se multiplient en Thaïlande : sans passeport, les Cambodgiens ne peuvent plus voyager et donc quitter leur travail. C’est aussi un moyen de pression au quotidien. « Je sais que je dois me tenir à carreau, explique Tii. Je ne réclame pas de pauses, pas d’augmentation de salaire. S’il me demande de rester travailler mon jour de repos, je sens que je n’ai pas le choix. »

Malgré tout cela, Koh Chang reste l’eldorado de bien des Cambodgiens. La terre de toutes les possibilités. Tii, par exemple, compte tout de même rester ici. Sy aussi. « J’avais un travail au pays, dans mon village. J’épluchais les crevettes dans une usine. Il y a du travail au Cambodge. Mais le problème, c’est que nous n’avons aucune perspective d’évolution, témoigne-t-elle. Ici, à Koh Chang, j’ai pu devenir cuisinière. On rencontre des gens de toutes les nationalités. La vie est plus légère, plus belle. Cela n’a pas été facile au début, j’ai du me battre pour trouver un bon travail avec un bon salaire. Mais, finalement, j’ai réussi à me faire ma place, et aujourd’hui je suis bien ici. J’ai rencontré un Français avec qui je vis. J’ai aussi pu réaliser mon rêve : ouvrir mon propre restaurant. » Opportunité financière, et donc confiance dans l’avenir. Nôm, notre masseuse pionnière sur l’île, est fière de nous présenter ses enfants : « J’en ai quatre. Ils parlent tous le thaï couramment. Ils ont obtenu l’autorisation de rester dix ans en Thaïlande pour faire leurs études. Ils ont aussi leur propre carte de sécurité sociale. Que demander de plus ? » Pour rien au monde, Nôm, tout comme Sy, Tii et tous les autres, ne retourneront vivre au Cambodge. 

(1) World Food Programme

(2) Nom d’emprunt

A Lire Aussi
CHRONIQUES DE SUKHOTHAI: Maman, le grand bateau…
LA THAÏLANDE EN 2019: Les «seniors» thaïlandais, un «marché» trés attractif
THAÏLANDE: La jeune saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun obtient le statut de réfugiée
LA THAÏLANDE EN 2019: L'Eastern Economic Corridor, royaume de la 5G
POLITIQUE: L'ancien député Thierry Mariani rejoint Marine Le Pen
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
(0)
Soyez le premier à nous faire part de votre réaction !
Que faire ce week-end à Bangkok?

Chaque vendredi, retrouvez les
spectacles, concerts, films, évènements
du week-end à ne pas manquer.

Voir la newsletter du 11/01 au 18/01



Retrouvez-nous sur Facebook
10 Dernières Petites Annonces
Dernières bonnes adresses
P'TIBOUTS
THAILANDE / BANGKOK CrÈches
 
CENTURY 21 Sweet Home
Thailand / Bangkok Agences Immobilieres
 
VOVAN & ASSOCIÉS
THAÏLANDE / BANGKOK Avocats
 
VOVAN ET ASSOCIÉS
Thailande / HUA HIN Avocats
 
TROCADELYO LS (MYANMAR) CO.,LTD.
Myanmar / Yangon Avocats
 
LE LIVRE DU MOIS
booked.net
bons plans de la semaine

Nous sélectionnons pour vous les meilleures offres et promotions du moment

Tous nos BONS PLANS

Tourisme
TOURISME: Le parc de Lumpini retrouve son festival annuel du tourisme le 23 janvier - Gavroche
TOURISME: Des étudiants français en soutien d'une école hôtelière à Mae Sod - Gavroche
BANGKOK EN 2019: Adieu au Dusit Thani ! Il fermera le 5 janvier - Gavroche
THAÏLANDE : A Koh Samui, refusez les taxis sans compteurs ! - Gavroche
TOURISME: 35 millions de visiteurs en Thaïlande en 2018 - Gavroche
Dernières Offres d'Emploi
11/01/2019
Lieu: thailande
 
 
07/01/2019
Lieu:
 
 
03/12/2018
Lieu: koh samui
 
 
17/11/2018
Lieu: A domicile
 
 
01/11/2018
Lieu: Bangkok et Hanoi
 
 
Programme Tele TV5
Dernières Annonces Immo
Recherche maison ekamai ou ari
Recherche maison à louer pour ouverture restaurant Jardin s...
- 17/01/2019
 
 
Vends maison pranburi
Pranburi proche tous services / mer à 15 km / montagnes et...
- 10/01/2019
 
 
2 pièces - colocation à bangkok

Colocation, libre durant mon absence, je propose mon 2 pi...

- 07/01/2019
 
 
Conseils d'Expat
FINANCE: Top 3 des raisons d’investir dans l’immobilier pour préparer sa retraite.>>
Thaïlande : Mieux vaut-il louer ou acheter lorsque l’on est expatrié ?>>
IMPORT / EXPORT : quelle fiscalité pour les sociétés thaïlandaises ?>>
Vivre à l’étranger en tant qu’expatrié peut-il avoir un impact sur votre régime matrimonial ?>>
Publication en ligne : un guide indispensable pour investir en Birmanie>>
ags-four-winds-2
samitivej-jul18
crown-relocations
wrlife
bangkok-hospital
ata-office
bumrungrad
amar
yves-joaillier-3
ftcc
dfdl
oif-fev14
ata-car