Reconnaissons d'abord les faits : une fois de plus, la Thaïlande a fait mentir les scénarios les plus pessimistes. Le pays, ensanglanté par la révolte des « Rouges », n'a pas sombré dans la violence. Le gouvernement, clairement de plus en plus placé sous la haute surveillance de l'armée, a continué de gouverner. Les investisseurs étrangers, eux, n'ont pas pris peur. Les touristes non plus. 2010 n'a pas été l'année de tous les échecs pour l'ancien royaume de Siam. Le pays, dopé par la croissance économique de toute la région, a repris son rythme de croisière. Avec toutes les zones d'ombre qu'on lui connaît...
2011, dans ces conditions, se présente plutôt bien. La crise économique persistante aux Etats-Unis et en Europe fait à l'évidence le jeu de l'Asie. Les flux touristiques, en provenance des pays du Golfe, de Chine ou d'Inde, sont largement de nature à compenser les possibles défections des touristes occidentaux. Le bilan des banques thaïlandaises, par ailleurs, est nettement plus sain que celui des établissements financiers européens ou américains. Le séisme de 1997-1998, rappelonsle, a servi de leçon à toute l'Asie du Sud-est. L'endettement extérieur demeure sous contrôle. Les rentrées fiscales s'améliorent (du moins si l'on en croit les statistiques) et la « bulle » immobilière supposée tant de fois éclater ne montre pas de signes évidents de fatigue. Les rails d'une croissance soutenue sont posés.
Le défi, par conséquent, sera politique. Or là, la donne est beaucoup plus compliquée. Surtout si une campagne électorale digne de ce nom survient, avec ce que cela suppose de débats contradictoires et d'attaques en règle contre les atteintes aux libertés couvertes, ou assumées, par le gouvernement Abhisit. On voit mal en effet comment le scrutin pourrait se profiler sans que les vérités cachées par le pouvoir commencent à sortir. Une discussion mérite au moins d'avoir lieu, dans un pays qui a la chance de ne pas être confronté à d'inquiétantes menaces extérieures, sur l'envolée incontrôlée des dépenses militaires. Les enquêtes conduites par les organisations de défense des droits de l'homme sur la répression « anti-rouge » dans le nord et le nord-est du pays exigent des réponses précises plutôt que des dénégations officielles. Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva devra tenir ses promesses démocratiques et donc descendre du piédestal que constitue l'Etat d'urgence. L'effervescence politique reviendra au premier plan.
Que se passera-t-il alors ? La réponse dépendra de différents facteurs que l'on peut présenter, en ce début d'année, comme autant de voeux pour le pays, sa population, et la communauté étrangère qui y réside.
Le premier voeu, simple, est que les politiciens thaïlandais de tous bords prennent conscience du caractère toujours explosif de la situation. Rejeter la férule de l'armée et la répression menée par le clan du Premier ministre Abhisit est une chose. Mais cette condamnation doit être assortie d'un avertissement aux Rouges et à leurs partisans : ne tombez plus dans le panneau de la violence, gardez vos distances avec la faction la plus fidèle à Thaksin Shinawatra, bétonnez vos arguments socioéconomiques. Exigez des réponses plutôt que d'invectiver le gouvernement et, derrière lui, le système tout entier qu'il représente.
Deuxième voeu : que des observateurs internationaux, en amont et durant le scrutin, puissent travailler et témoigner de la réalité démocratique. Les affrontements sanglants du printemps 2010 justifient la présence étrangère, non pour mettre les élections thaïlandaises sous tutelle, mais pour dire ce que les organisations locales taisent par peur. La voie du nationalisme étroit qui consisterait à rejeter toute soi-disant « interférence » internationale serait de bien mauvais augure.
Un troisième souhait enfin : que le civisme s'empare de la population thaïlandaise, et notamment de sa classe moyenne, à Bangkok comme en province. L'exemple du formidable travail effectué aux Etats-Unis par les partisans de Barack Obama, en termes de dissémination d'informations, de détermination et de contrepropositions, est éloquent. L'année 2011 sera, pour la Thaïlande, une année-vérité, y compris sur des sujets toujours tabous comme l'âge du monarque ou sa succession. Il est important, primordial, qu'une volonté de transparence et de participation s'enracine dans le pays. Et, avec elle, que la demande d'une justice équitable pour les meneurs « rouges » toujours emprisonnés soit brandie sans acrimonie.
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Gavroche
02/02/2011
Société
2011, année-vérité pour la Thaïlande
L’Etat d’urgence a été levé, des opposants « rouges » libérés. Les élections législatives devraient avoir lieu en fin d’année. L’économie est repartie. Faut-il, pour autant, tout oublier ?
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